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Mariage gai - Pas de compromis possible aux yeux de Jean Chrétien

Ce sera le droit au mariage, rien d'autre, et il n'est pas question d'organiser un référendum à ce sujet

21 août 2003  Canada
North Bay - Qu'on se le dise: il n'y aura ni référendum pancanadien sur le mariage des conjoints de même sexe ni retrait de l'État du concept de mariage. Le mariage gai sera une décision du Parlement et s'appellera «mariage» et rien d'autre, a averti le premier ministre Jean Chrétien hier.

M. Chrétien réagissait ainsi aux propositions de certains de ses députés et sénateurs à la recherche de solutions mitoyennes pour réconcilier les partisans et les opposants au mariage des homosexuels. La sénatrice Céline Hervieux-Payette croit que le dossier est suffisamment délicat pour qu'il fasse l'objet d'un référendum. D'autres, comme la députée Karen Redman, proposent que le gouvernement fédéral se retire du mariage et n'offre plus que des unions civiles aux couples homosexuels comme hétérosexuels. Le mariage deviendrait la chasse gardée des Églises.

«Je ne suis pas friand de référendums», a expliqué M. Chrétien hier à l'occasion de la rencontre de son caucus à North Bay. «C'est problématique de soumettre le sort d'une minorité à la volonté de la majorité. C'est pour protéger les minorités que nous avons une Constitution et une charte des droits.» Il a ensuite ajouté: «Vous savez, il a fallu se battre, nous les francophones, pour garder notre langue. Si ç'avait toujours été une décision de la majorité de la population, peut-être qu'il n'y aurait plus de français au Canada.»

Le député de Lasalle-Émard et successeur annoncé de M. Chrétien, Paul Martin, croit lui aussi qu'il revient à la Chambre des communes, soit aux parlementaires, de se prononcer. «C'est là que la décision doit être prise.» Mme Hervieux-Payette n'était pas étonnée outre mesure de cette position. «Après tout, c'est lui, le chef», a-t-elle laissé tomber. Mais elle tient encore à son idée. De plus, elle n'est pas d'accord avec l'idée selon laquelle une minorité est automatiquement désavantagée en se soumettant à la règle de la majorité. «Aux États-Unis, les juifs ne forment pas la majorité, mais ils ont quand même une grande influence sur la politique étrangère du pays», illustre-t-elle. Elle fait en outre valoir que le «lobby gai» est très fort au Canada et qu'il arrive à convaincre un nombre plus grand de gens qu'il n'y a de gais et de lesbiennes au Canada.

Sur la question de l'union civile, M. Chrétien ne veut pas non plus se retirer du mariage qui, d'un point de vue constitutionnel, relève du gouvernement fédéral. «On devrait changer la Constitution pour faire cela, et transférer une responsabilité du gouvernement fédéral au gouvernement provincial n'est pas facile.» Il a répété, comme il l'avait fait hier, que ce n'était pas un dossier qu'il aurait voulu mener «à ce stade-ci de [s]a carrière» mais qu'il n'avait pas le choix de le faire.

Tout en appuyant la démarche choisie par son gouvernement, Paul Martin a laissé entendre cette semaine que le retrait du mariage par l'État pourrait être une solution. Lorsqu'on l'a interrogé sur la sortie de M. Chrétien, il a seulement indiqué ceci: «Quand on a un débat, on ne devrait pas exclure d'option.»

Le caucus libéral, qui se réunit jusqu'à ce midi à North Bay en vue de la rentrée parlementaire, est divisé sur la question du mariage des conjoints de même sexe. Toute la rencontre de l'après-midi d'hier a porté sur ce sujet, selon une députée. Selon un autre, Irwin Cotler, la discussion aurait surtout tourné autour de la recherche d'un compromis entre les deux camps. «J'ai appris dans la vie qu'il y a des façons très créatives de trouver des solutions. On pourrait appeler cela un mariage civil [civil marriage], avec tous les droits, les avantages et les obligations d'un mariage, a-t-il dit en anglais. Parfois, une simple caractérisation différente peut changer l'optique des gens.» (En anglais, l'expression «mariage civil» n'est pas fréquemment utilisée. On dit plutôt qu'on s'est marié à l'hôtel de ville, d'où le caractère nouveau de l'expression que M. Cotler propose.)

Par ailleurs, au moins deux députés n'ont pas apprécié le discours de la veille de Jean Chrétien, où il invitait ses députés à ne pas tomber dans le «piège» de l'Alliance canadienne en s'attaquant à l'activisme judiciaire, qu'il qualifiait d'argument-façade pour cacher une opposition à la Charte des droits et libertés. «Je ne vois pas cela comme tomber dans le piège de l'Alliance canadienne», s'insurge Pat O'Brien, un des députés ayant siégé au comité de la Chambre des communes qui s'est penché sur le mariage gai. «Pour beaucoup d'entre nous, c'est vraiment une question non partisane. Qu'est-ce que ça fait si j'ai appuyé une motion de l'Alliance canadienne en 1999 [qui réitérait la définition traditionnelle du mariage, motion pour laquelle une majorité de députés ont voté, y compris le gouvernement]? Je ne l'avais pas appuyée parce que c'était une motion de l'Alliance canadienne, je l'avais appuyée parce qu'elle correspondait à mes croyances fondamentales.»
 
 
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