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    Un autre «in and out» au Québec?

    Des candidats conservateurs québécois ont payé des appels effectués par le parti national sans savoir pourquoi

    1 mars 2012 | Hélène Buzzetti | Canada
    Le Parti conservateur de Stephen Harper a plaidé coupable en novembre dernier à des accusations de fraude électorale justement parce qu’il avait utilisé sa caisse électorale et celles de ses candidats comme des vases communicants lors de l’élection de 2005-2006, lui permettant dans les faits de dépenser plus que la limite légale.<br />
    Photo : Agence Reuters Le Parti conservateur de Stephen Harper a plaidé coupable en novembre dernier à des accusations de fraude électorale justement parce qu’il avait utilisé sa caisse électorale et celles de ses candidats comme des vases communicants lors de l’élection de 2005-2006, lui permettant dans les faits de dépenser plus que la limite légale.
    RMG sous enquête
    Le rayon de l’enquête déclenchée par Élections Canada sur les appels téléphoniques trompeurs effectués en marge du scrutin du 2 mai 2011 s’élargit, a révélé CBC News hier soir. L’organisation interrogerait des employés d’un centre d’appels basé à Thunder Bay, en Ontario, exploité par Responsive Marketing Group. La société a été embauchée par le Parti conservateur pour joindre les électeurs. Il n’est toutefois pas clair si les entretiens menés à Thunder Bay sont directement liés à l’enquête d’Élections Canada à Guelph. – Le Devoir
    Ottawa — Les dépenses électorales de certains candidats conservateurs du Québec à la dernière élection générale soulèvent des questions. Au moins une direction de campagne locale admet s'être fait demander par le bureau national du Parti conservateur de payer une firme d'appels sans en retirer quoi que ce soit en retour. Une autre s'interroge sur la valeur réelle de la dépense.

    La campagne de Bertin Denis dans Rimouski-Neigette-Témiscouata-Les Basques a versé 15 000,01 $ à la firme torontoise Responsive Marketing Group (RMG) pendant la dernière campagne électorale. Le hic? L'équipe conservatrice locale ignore à quoi a servi cet argent.

    «On a été un genre de boîte à malle pour financer ça, explique au Devoir le candidat conservateur défait, Bertin Denis. On n'a rien eu à dire sur les opérations de ça. Ils ne m'ont pas appelé et personne n'a été appelé. Je n'ai pas fait partie du sondage, on ne m'a pas consulté.»

    M. Denis explique que sa circonscription a été ciblée par le quartier général du Parti conservateur comme étant «prenable». Du coup, le PC a consenti à verser plus d'argent à la circonscription, soit 55 000 $. «On ne l'a pas payé [le contrat avec RMG], ajoute M. Denis. Le financement est venu du national et on a fait un chèque.» D'où cette notion de «boîte à lettres»: la caisse électorale de l'association de circonscription a seulement servi à faire transiter l'argent du national, selon Bertin Denis.

    Ghislain Pelletier, son agent officiel et à ce titre celui qui était responsable d'approuver les dépenses électorales de M. Denis, confirme la situation. «On nous avait fortement suggéré de prendre ça», explique-t-il au Devoir. Qui ça, «on»? «Le Parti conservateur. La compagnie nous envoyait la facture et je l'ai payée sur recommandation du parti.» RMG ou le Parti conservateur a-t-il fourni à la campagne locale des résultats de ces appels? «Absolument rien, madame. Si j'étais dans une entreprise privée, j'aurais demandé un rapport.» M. Pelletier, comptable de formation, dit avoir trouvé cette facture salée.

    Une autre association locale s'interroge sur la valeur du contrat d'appels fortement recommandé par le Parti conservateur: Chicoutimi-Le Fjord. Là aussi, le contrat a coûté 15 000,01 $. Le candidat, l'ancien journaliste Carol Néron, reconnaît qu'il ne sait pas vraiment ce qu'il en a retiré. «Moi, j'ai fait ma campagne de mon côté, je ne me suis pas vraiment occupé de cela.» A-t-il vu les résultats de cet important contrat d'appels téléphoniques? «On avait des rapports sur les intentions de vote, mais pas plus que ça. [...] Je ne peux pas vraiment dire si j'en ai eu pour mon argent ou pas.»

    Dans les deux cas, la somme de 15 000,01 $ est considérable: Bertin Denis a dépensé au total 56 311 $ pour sa campagne et Carol Néron, presque 103 000 $. Le contrat avec RMG représente donc 27 % et 15 % respectivement de toutes leurs dépenses. Dans les deux cas, il s'agit de la plus importante sortie d'argent.

    Des 18 Québécois, 14 ont payé la même somme

    Personne n'allègue que RMG n'a pas fait de travail moyennant cette somme. La question est plutôt de savoir pour qui le travail a été fait: le Parti conservateur ou les candidats locaux? La Loi électorale interdit à un parti politique d'imputer à ses candidats des dépenses électorales qu'il a lui-même effectuées. Parti et candidats sont soumis à des plafonds de dépenses distincts.

    Le Parti conservateur a plaidé coupable en novembre dernier à des accusations de fraude électorale justement parce qu'il avait utilisé sa caisse électorale et celles de ses candidats comme des vases communicants lors de l'élection de 2005-2006, lui permettant dans les faits de dépenser plus que la limite légale. Cette pratique dite du «in and out» a valu au Parti conservateur et au Fonds conservateur quatre amendes totalisant 52 000 $. En 2011, le Parti conservateur n'a pas dépensé la limite nationale permise de 21 millions.

    Au total, 97 candidats conservateurs à la dernière élection fédérale ont utilisé les services de RMG pour faire des appels téléphoniques, dont 18 au Québec. Des 18 Québécois, 14 ont payé la même somme de 15 000,01 $. Deux autres ont payé 15 000 $, Larry Smith a consacré 5000,01 $ et Michel-Éric Castonguay, dans Montmorency-Charlevoix-Haute-Côte-Nord, a versé 1500,01 $.

    Le porte-parole du Parti conservateur, Fred DeLory, a indiqué que «certaines campagnes locales au Québec ont retenu les services de RMG. RMG a fait des appels pour identifier des sympathisants et les encourager à voter lors de l'élection». Il ajoute que «ces contrats ont été signés et payés par les campagnes locales».

    Certaines campagnes ont confirmé au Devoir que tel avait été le cas. Martin Lemire, l'agent officiel du candidat Pierre Paul-Hus dans Louis-Hébert, explique que le Parti conservateur avait envoyé la documentation et qu'il avait jugé que «c'était plus payant que d'engager des bénévoles». Il prétend ne pas avoir vraiment payé pour ce service. «On a reçu l'argent du parti et on a payé la facture. C'était du "in and out".» Il affirme que les données colligées par RMG ont été placées dans un programme national et que le jour de l'élection, les bénévoles de Louis-Hébert ont pu utiliser ce programme pour identifier les sympathisants et les encourager à aller voter.

    Plus tôt cette semaine, le Toronto Star a publié le témoignage de trois anciens employés de RMG qui ont fait des appels pour le Parti conservateur le 2 mai dernier avertissant les électeurs que leur bureau de vote avait été déplacé. La réaction des électeurs était si négative, parce qu'ils étaient renvoyés à l'autre bout de la ville, qu'une des employées avait averti son superviseur, la GRC et Élections Canada. Les employés ignorent si le Parti conservateur avait fourni les fausses informations délibérément ou par erreur.

    La firme RGM a été contactée hier pour déterminer avec qui elle avait signé des contrats (le parti ou les candidats), comment le montant facturé avait été établi, quelle était la nature des services offerts et si les résultats du travail avaient été communiqués aux candidats locaux. RMG n'a pas répondu, laissant plutôt planer la menace d'une poursuite.

    «Nous n'avons pas contrevenu à la Loi électorale et n'avons aucune connaissance qu'un de nos clients ait pu violer la Loi électorale. Tout article Internet ou imprimé qui inclut une quelconque suggestion de notre implication actuelle ou implicite serait diffamatoire. Nous répondrons à de telles affirmations calomnieuses avec toute la force la loi», a fait savoir le propriétaire de RMG, Stewart Braddick. M. Braddick est un conservateur de longue date, ayant travaillé pour Brian Mulroney, Mike Harris en Ontario ainsi que pour Tom Long et Belinda Stronach lorsqu'ils ont tenté leur chance à la chefferie de l'Alliance canadienne et du Parti conservateur, respectivement.
     
     
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