Politique antidrogue - C-10 n'est pas la solution, selon un comité international

Louise Arbour, ex-haute-commissaire au Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, est au nombre des signataires de la missive adressée au premier ministre Harper.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Jean-Pierre Clatot Louise Arbour, ex-haute-commissaire au Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, est au nombre des signataires de la missive adressée au premier ministre Harper.

Ottawa — Le Canada fait fausse route en suivant la méthode prônée par les Américains pour sévir contre la drogue, estime la Commission mondiale sur la politique des drogues dans une lettre envoyée au premier ministre et aux sénateurs hier afin de les convaincre de ne pas adopter les amendements proposés dans le projet de loi C-10.

Le groupe international rassemble de grands noms des domaines politique, économique et juridique — notamment l'ancienne juge à la Cour suprême Louise Arbour. Dans la missive, les experts somment les législateurs canadiens de prendre note des études internationales qui ont établi que durcir la loi en imposant des peines minimales, comme celles prévues dans C-10, ne permettait pas de réduire les taux de violence et de criminalité. Au contraire, cela ne fera que renforcer la mainmise du crime organisé sur le marché de la marijuana.

«Le Canada est sur le point de répéter les mêmes graves erreurs commises par d'autres pays, en continuant de suivre une voie qui s'est avérée immensément destructive et inefficace quant à l'atteinte de ses objectifs», arguent les membres de la Commission, qui regroupe en outre d'anciens présidents du Brésil, de la Colombie et de la Suisse.

Trafic de marijuana


Le projet de loi omnibus des conservateurs en matière de criminalité prévoit des peines minimales d'emprisonnement pour la possession et le trafic de plants de marijuana, s'échelonnant de six mois à un an selon le nombre de plants. La proposition législative est à l'étude au Sénat, mais la majorité conservatrice des deux Chambres a jusqu'ici refusé de plier et d'adoucir son projet de loi.

«À cette date tardive, nous espérons que le Canada choisira d'adopter une approche fondée sur des données prouvées quant au contrôle du cannabis, face à des preuves accablantes que la voie proposée par le projet de loi C-10 est destructrice, coûteuse et inefficace», note la Commission.

Le bureau du ministre de la Justice, Rob Nicholson, s'est montré intransigeant. «La Loi sur la sécurité des rues et des communautés vise en grande partie à lutter contre la source du trafic de stupéfiants: les narcotrafiquants. Les contrevenants que nous ciblons sont ceux qui exploitent la toxicomanie des autres pour leur profit personnel [...] Nous allons continuer à combattre le crime et à protéger les Canadiens», a-t-on répondu par courriel.

Mais la Commission mondiale suggère plutôt au Canada, à l'instar de recommandations publiées en juin dernier, de songer à réglementer et à taxer le cannabis. Une stratégie qui minerait l'emprise du crime organisé, qui protégerait la santé et la sécurité des Canadiens, et qui permettrait au gouvernement d'engranger des revenus grâce à la taxation.

La semaine dernière, une vingtaine d'anciens juges, de policiers, d'enquêteurs en matière de drogues et d'autres experts des États-Unis avaient eux aussi prévenu le Canada de ne pas suivre la politique de ses voisins du Sud, arguant que celle-ci s'était soldée par un «échec coûteux».
5 commentaires
  • Jeannot Vachon - Inscrit 1 mars 2012 08 h 19

    La guerre à la méchante drogue

    Cet article prouve que les Conservateurs sont aveuglés par l’idéologie dans leur guerre contre la méchante drogue marijuana.

    J’ai pensé à un scénario logique. Un jeune vend de la drogue parce qu’un ami lui a offert ce commerce lucratif. Il est novice dans le crime. Quand on va l’enfermer pendant 6 mois pour une peine minimale, il va côtoyer le crime organisé. 6 mois d’endoctrinement à entendre parler de criminalité sous toutes ses formes et de violence, à se faire des amis, des contacts, souvent aussi des ennemis, à apprendre la haine contre ses semblables, contre les autorités.

    En sortant, le monde du travail lui est fermé à 90% à cause de son dossier criminel mais en prison on lui a promis des emplois lucratifs dans le monde interlope et des trucs pour diminuer la possibilité de se faire prendre à nouveau.

  • Robert Laroche - Abonné 1 mars 2012 10 h 51

    L'objectivation de la situation au dessus de l'idéologie.

    Les processus d'objectivation sociale méritent d'être au dessus des idéologies.
    Pour ce faire les citoyenNEs eux même doivent sortir des conditionnements idéologiques qui limitent les capacités d'objectivation.

  • Sanzalure - Inscrit 1 mars 2012 12 h 31

    Les véritables intentions des conservateurs...

    «Au contraire, cela ne fera que renforcer la mainmise du crime organisé sur le marché de la marijuana.»

    Et voilà, elles sont là les véritables intentions du gouvernement Harper!

    Serge Grenier

  • NickGP - Inscrit 1 mars 2012 16 h 24

    De la sécurité d'emplois

    La prohibition fournis de la sécurité d'emplois béton à deux catégories de gens: Les policiers et le crime organisé. Pour le reste d'entre nous, c'est le problème réel.

    En attachant un risque à un produit dont la demande est extrêmement élevée, tout ce qu'on fait c'est gonfler artificiellement la valeur du dit produit pour ceux qui sont prêts à prendre le risques.

    Je comprend que l'idée est de rendre le risque si grand qu'il ne vaut pas la peine d'être encouru, mais c'est ignoré le mécanisme économique de base: plus on décourage de petit producteurs, plus le produit devient rare, mais la demande ne change pas. Le résultat est que le produit vaut plus et que c'est le crime organisé qui s'enrichit.

  • Carmen Labbe - Inscrite 15 mars 2012 19 h 09

    Méchante drogue

    Je ne suis pas d'accord pour qu'un jeune soit conduit en prison
    surtout pour de la marijuana. La prison est une très grande école du crime, un jeune va apprendre vraiment toutes sortes de mauvais crimes, des trucs et des trucs et plus, voir même se faire faire on sait quoi ( sexuellement ) ?
    Il y a sûrement un autre manière de pénitence, surtout qu'il peut être réhabilité, la loi C10 n' est pas la bonne solution pour les jeunes, ils vont devenir de vrai criminel.
    Une grand-maman en connaissance de cause.