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    Directive au SCRS - Permis de torturer

    Josée Boileau
    8 février 2012 |Josée Boileau | Canada | Éditoriaux
    Il y a déjà un moment que l'on soupçonne le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) de ne pas s'interroger très longuement quand il obtient des informations de pays ayant une sinistre réputation en matière de droits de la personne.

    Le SCRS ne tient vraiment pas à savoir si lesdites informations ont été obtenues sous la torture. Et si c'est le cas, pourquoi pas si ça peut contribuer à protéger des vies?, ont, depuis dix ans, candidement affirmé des représentants du SCRS, notamment lors de l'enquête menée en 2005 sur l'arrestation, l'envoi et la torture en Syrie du Canadien Maher Arar, soupçonné de terrorisme et qui a par la suite été blanchi de tout soupçon.

    De tels propos, tenus tant sous des gouvernements libéraux que sous celui de Stephen Harper, ont chaque fois soulevé un tollé qui obligeait les ministres responsables du SCRS à démentir, affirmant que des informations obtenues sous la torture n'étaient pas admissibles et que le SCRS le savait très bien. Une directive ministérielle sera même émise à cet égard en 2009.

    Aujourd'hui, l'argumentaire politique ne se cache plus sous de faux-semblants. Depuis 2010, une directive de l'actuel ministre de la Sécurité publique Vic Toews autorise officiellement le SCRS, «dans des circonstances exceptionnelles», à utiliser une information obtenue sous la torture si elle permet de protéger la vie ou la propriété — dont le ministre oblige par ailleurs le SCRS à faire une priorité. Aux Communes hier, les ministres Toews et Jason Kenney ont réitéré la nouvelle position: le Canada ne participe pas à la torture, mais il faut bien accepter ce que doit quand des vies canadiennes sont menacées.

    C'est là la tardive version harperienne de l'approche de l'administration Bush qui, dès les attentats du 11 septembre 2001 jusqu'à son départ en 2008, a manipulé sans scrupule les lois afin de légitimer la torture. Toujours au nom de l'obsession sécuritaire qui a, nous le savons maintenant, conduit à d'inadmissibles erreurs et d'effrayants abus, du côté américain, mais ici aussi.

    Il faut croire que M. Toews n'a pas lu le volumineux rapport sur l'affaire Arar, qui démontrait toutes les dérives de ces gens emportés par une idée fixe: la lutte contre le terrorisme. Et c'est bien pour cela que les lois et les Chartes existent: dans l'émotion, dans l'emportement, on trouve toujours à justifier les pires outrances. Une société de droit a pour rôle d'empêcher ces excès.

    La torture n'est pas acceptable de temps en temps, ou à petites doses, ou contre certaines personnes, ou parce qu'un tel est menacé, ou parce qu'on n'y prend pas directement part. Elle est inacceptable en soi, entièrement, partout, et dénoncée à ce titre dans la Convention de l'ONU contre la torture, dont le Canada est signataire. Elle prévoit même, mise en garde aux Vic Toews de ce monde, qu'«aucune circonstance exceptionnelle, quelle qu'elle soit», ne peut la justifier.

    La bande à Harper est dangereuse parce qu'elle se moque de nos engagements, de la justice et de la moralité. L'opposition ne doit pas relâcher sa dénonciation d'une approche aussi odieuse.












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