Lettres - La vendetta
En offrant la possibilité à un assassin de se suicider, il est évident qu'on l'incitera à commettre l'irréparable.
Devant ce dilemme orchestré par l'État, un criminel qui choisirait à l'inverse de rester en vie serait perçu comme un parasite, qui gaspille l'argent des contribuables en s'obstinant, envers et contre tous, à continuer d'exister. L'électeur honnête croirait alors détenir un droit de vie ou de mort sur une minorité criminelle, juste parce qu'il est aussi un «payeur de taxes».
On devine le risque de dérive. La rhétorique conservatrice s'empresserait de réduire la vie humaine à une question de coûts, et les mesures budgétaires supportées de tous encourageraient les fonctionnaires du milieu carcéral à convaincre les infâmes de faire le choix économique.
Fantasme de la droite ultrasécuritaire? Probablement pas. Le sénateur Boisvenu parle avec émotion, et l'absence de condamnation formelle du gouvernement témoigne davantage de sa sympathie pour l'homme et ses opinions que d'un véritable coup de sonde auprès de l'électorat.
Si la douleur causée par le drame explique le ressentiment de M. Boisvenu, on peut néanmoins dénoncer son manque de retenue. N'ayons pas peur des sentences et allons-y d'un aphorisme: si l'État dit qu'il est interdit de tuer, il est donc interdit pour l'État de tuer, sans quoi ce dernier se réserverait le droit de faire à un criminel exactement ce qu'il lui reproche. La justice n'est pas synonyme de vengeance et aucune loi ne peut légitimer la vendetta populaire, même si une majorité paraît l'appuyer. Nos institutions servent aussi de garde-fous, censés nous protéger de nos délires, collectifs et individuels. Et parmi ces délires se trouve celui de faciliter la mort d'autrui, par le crime, la loi ou le suicide.
***
Danny Lafrance - Montréal, le 3 février 2012
Devant ce dilemme orchestré par l'État, un criminel qui choisirait à l'inverse de rester en vie serait perçu comme un parasite, qui gaspille l'argent des contribuables en s'obstinant, envers et contre tous, à continuer d'exister. L'électeur honnête croirait alors détenir un droit de vie ou de mort sur une minorité criminelle, juste parce qu'il est aussi un «payeur de taxes».
On devine le risque de dérive. La rhétorique conservatrice s'empresserait de réduire la vie humaine à une question de coûts, et les mesures budgétaires supportées de tous encourageraient les fonctionnaires du milieu carcéral à convaincre les infâmes de faire le choix économique.
Fantasme de la droite ultrasécuritaire? Probablement pas. Le sénateur Boisvenu parle avec émotion, et l'absence de condamnation formelle du gouvernement témoigne davantage de sa sympathie pour l'homme et ses opinions que d'un véritable coup de sonde auprès de l'électorat.
Si la douleur causée par le drame explique le ressentiment de M. Boisvenu, on peut néanmoins dénoncer son manque de retenue. N'ayons pas peur des sentences et allons-y d'un aphorisme: si l'État dit qu'il est interdit de tuer, il est donc interdit pour l'État de tuer, sans quoi ce dernier se réserverait le droit de faire à un criminel exactement ce qu'il lui reproche. La justice n'est pas synonyme de vengeance et aucune loi ne peut légitimer la vendetta populaire, même si une majorité paraît l'appuyer. Nos institutions servent aussi de garde-fous, censés nous protéger de nos délires, collectifs et individuels. Et parmi ces délires se trouve celui de faciliter la mort d'autrui, par le crime, la loi ou le suicide.
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Danny Lafrance - Montréal, le 3 février 2012
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