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    Le «libre-choix» en matière de peine de mort

    Le sénateur Boisvenu s'excuse d'avoir utilisé le mot «corde», mais persiste dans l'idée d'offrir le choix aux meurtriers de se tuer en prison

    3 février 2012 |Hélène Buzzetti | Canada
    Le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu estime que les meurtriers irrécupérables devraient avoir le «libre-choix» de se suicider en prison et assure que la population est d'accord avec lui.
    Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu estime que les meurtriers irrécupérables devraient avoir le «libre-choix» de se suicider en prison et assure que la population est d'accord avec lui.
    Ottawa — Le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu, loin de s'excuser, persiste et signe. Il estime que les meurtriers irrécupérables devraient avoir le «libre-choix» de se suicider en prison et assure que la population est d'accord avec lui. Il regrette seulement d'avoir fait référence à un outil en particulier pour procéder. Deux meurtriers réhabilités déplorent le double langage d'Ottawa.

    «Les commentaires que j'ai eus de 500 personnes ou peut-être même 600, c'est qu'il y a eu exagération médiatique. Ensuite, ces gens-là disent que M. Boisvenu dit ce que les gens pensent», a déclaré le sénateur hier. Il précise que les gens qui lui écrivent «sont en majorité des victimes».

    Selon la députée du NPD Françoise Boivin, c'est bien la preuve que le sénateur ne s'est pas excusé. «Je trouve qu'il est en contradiction constante avec lui-même. Il s'excuse, il retire certains mots, mais en même temps, il essaye de nous convaincre qu'il reçoit beaucoup d'appuis pour ce qu'il disait. D'habitude, quand on sort ce genre d'argument, c'est pour prouver qu'on avait raison. Je pense qu'on a eu droit à sa véritable opinion.»

    Le ministre de la Sécurité publique, Vic Toews, a refusé de commenter l'affaire hier. «Passez une bonne journée», a-t-il ironiquement répondu aux journalistes qui l'interrogeaient. La Sûreté du Québec refuse de confirmer ou d'infirmer une information selon laquelle un suicidaire du Saguenay a porté plainte contre le parlementaire. L'incitation au suicide est un crime passible de 14 ans de prison selon l'article 241 du Code criminel.

    M. Boisvenu a provoqué une tempête mercredi en déclarant qu'à son avis, «chaque assassin [devrait avoir] le droit à sa corde dans sa cellule. Il décidera de sa vie». Par la suite, le sénateur a donné l'impression qu'il reculait en indiquant par voie de communiqué de presse que son commentaire était «inapproprié». Il a pourtant répété ce commentaire en fin de soirée sur les ondes de Radio-Canada, en précisant qu'il ne s'appliquait qu'aux meurtriers multiples.

    «Le terme de la corde n'était peut-être pas approprié. Je dirais, on devrait peut-être laisser à ces criminels-là le libre-choix entre être incarcérés toute leur vie ou pouvoir disposer de leur vie. On devrait leur laisser le libre-choix. J'aurais dû m'exprimer dans ce sens-là beaucoup plus que la notion de corde qui n'était pas appropriée. D'ailleurs, je me suis corrigé là-dessus», a-t-il expliqué à l'animatrice Céline Galipeau.

    Deux anciens prisonniers condamnés pour meurtres contactés par Le Devoir se sont dits profondément blessés par les commentaires du sénateur. C'est le cas de Gaston Bourdages, qui a même écrit à M. Boisvenu.

    «Monsieur Boisvenu, j'ai, en effet, TOUT ce qu'il faut dans mon histoire de vie pour installer une corde dans notre chambre à coucher à Denise [sa conjointe] et à moi», écrit M. Bourdages dans son message. L'ancien homme d'affaires avait été condamné en 1989 à sept ans de prison pour homicide involontaire de sa conjointe de l'époque. M. Bourdages a rédigé depuis un livre sur la difficulté de se savoir libre tout en ayant une mort sur la conscience. «Monsieur Boisvenue, je puis vous confirmer que VIVRE AVEC LA MORT DE L'AUTRE, c'est parfois une (je vous offre mes excuses pour le québécisme d'église) "câlisse" de job.»

    En entrevue, M. Bourdages explique que la sortie du parlementaire l'a ramené en 1989, à Orsainville. «N'ayant pas de corde, des fois, je pensais aux lacets...» L'homme dit qu'il a mis 20 ans à se remettre de son geste, qu'il qualifie d'«odieux». Pour cela, il a fallu qu'il accepte de rencontrer des victimes et de faire face à leur souffrance dans le cadre de programmes de justice réparatrice. «Ce ne sont vraiment pas des propos, de la part d'un personnage politique, qui expriment une foi dans un système de réhabilitation.»

    Pourquoi pas aussi les assistés sociaux?


    L'ex-avocat Michel Dunn, pour sa part, a fait 17 ans et demi de prison pour avoir assassiné son associé au Saguenay. Il est ressorti en 1995. Ironiquement, il est aujourd'hui coordonnateur du groupe Option vie, financé à 100 % par Ottawa, et dont la mission consiste à accompagner les personnes condamnées à la prison à perpétuité. Il a été joint hier alors qu'il se trouvait justement dans un pénitencier fédéral.

    «Quand les gens arrivent en prison, on leur dit exactement le contraire. On leur dit que oui, ça va mal dans leur vie, ils ont des remords, ressentent de la culpabilité, sont en détresse, mais on leur dit justement de ne pas fermer la lumière. Et là, j'entends mon gouvernement qui finance nos activités dire qu'il faut leur donner des cordes. Ça me fait de la peine parce que j'ai l'impression que le message n'est pas clair.»

    Il s'en prend à l'aspect revanchard de la proposition du sénateur. «Je n'ai pas d'argument. Moi, ma victime n'a pas eu de chance, elle n'a pas eu de deuxième chance. Et moi je suis en liberté. Ça n'a pas de sens non plus. Mais est-ce que me tuer va régler quelque chose? Si oui, ben faites-le.»

    Quand on lui demande si M. Boisvenu n'a pas raison de penser que cette solution serait plus économique que de garder éternellement en prison les criminels les plus crapuleux avec qui tout espoir de réhabilitation est vain, il demande où tracer la ligne. «C'est le droit à la vie dont il est question. Si je regarde ça froidement, oui, y'a des gens qui ne sortiront jamais de prison. Mais on va les tuer? Il y a des gens qui ne travailleront jamais dans la société, qui seront sur l'aide sociale pour le restant de leurs jours. On les tue aussi? Dans le fond, ça coûte cher aussi.»

    ***

    Avec La Presse canadienne
     
     
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