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    À chaque assassin sa corde?

    2 février 2012 |Brian Myles, Hélène Buzzetti | Canada
    Le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu a soulevé hier une autre tempête en suggérant que les assassins devraient avoir une corde pour se pendre dans leur cellule.<br />
    Photo: La Presse canadienne (photo) Adrian Wyld Le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu a soulevé hier une autre tempête en suggérant que les assassins devraient avoir une corde pour se pendre dans leur cellule.
    Autres controverses du sénateur Boisvenu
    • Le sénateur Boisvenu n'en est pas à ses premières controverses. Il avait fait sourciller en mai 2010 quand il avait expliqué que la recrudescence des mères célibataires faisait en sorte que «la chasse n'est plus une tradition transmise de près en fils» et que «les jeunes de 14, 15, 16, 17, 18 ans n'ont plus le réflexe d'acheter une arme à feu». Cela avait pour conséquence «dramatique» l'augmentation des collisions mortelles entre les automobilistes et les chevreuils.
    • En novembre dernier, il s'en est pris au ministre québécois de la Justice, Jean-Marc Fournier, et a accusé le Québec d'être «soft on crime» à cause de son opposition au projet de loi C-10. À la même époque, il avait déclaré qu'il était normal que le Barreau s'oppose au projet de loi C-10 étant donné que son membership est composé à 80 % d'avocats de la défense. L'information était totalement fausse. Environ 1200 des 24 000 membres du Barreau (5 % du total) pratiquent en matière criminelle.
    Ottawa — Le sénateur conservateur Pierre-Hugues Boisvenu a soulevé une tempête hier en déclarant qu'à son avis, chaque personne condamnée pour meurtre au Canada devrait se faire installer une corde dans sa cellule pour lui donner la possibilité de se suicider. Le premier ministre Stephen Harper ne l'a pas rappelé à l'ordre pour autant, évoquant plutôt le passé douloureux du père de famille.

    «Moi je dis toujours dans le fond: il faudrait que chaque assassin ait le droit à sa corde dans sa cellule. Il décidera de sa vie», a déclaré M. Boisvenu à son arrivée au caucus du Parti conservateur, hier matin.

    M. Boisvenu était interrogé sur l'initiative d'un collègue visant à discuter d'avortement. Il a répondu que le gouvernement ne voulait pas rouvrir ce débat, pas plus qu'il n'avait l'intention de débattre de la peine de mort, même si 60 % des Québécois se disent favorables à sa restauration.

    «Moi, je suis contre la peine de mort. Mais dans les cas aussi horribles que [le meurtrier en série Clifford] Olson, est-ce qu'on peut avoir une réflexion à ce niveau-là? Des gens sur lesquels il n'y a aucune possibilité de réhabilitation, des gens qui ont assassiné des centaines, des dizaines de femmes. Je n'ai pas beaucoup de pitié pour ça.»

    Immédiatement, un tollé s'en est suivi, d'autant plus que l'article 241 du Code criminel stipule qu'est passible d'une peine de prison quiconque «conseille à une personne de se donner la mort» ou «aide ou encourage quelqu'un à se donner la mort, que le suicide s'ensuive ou non».

    «C'est épouvantable! Ce sont des propos haineux et méprisants qui sont absolument intolérables dans une société démocratique», s'est exclamée Danièle Roy, porte-parole de l'Association québécoise des avocats et avocates de la défense.

    Selon Me Roy, Pierre-Hugues Boisvenu pourrait être poursuivi en vertu de l'article 241. Me Roy, une criminaliste respectée, déplore qu'un représentant du gouvernement fédéral se permette de bafouer avec une telle insouciance le principe de la primauté du droit. «Pour le respect de la vie humaine, c'est zéro. C'est oeil pour oeil, dent pour dent. Au Canada, on ne répond pas à la violence par la violence. On y répond par la justice.»

    Le directeur général du Barreau du Québec, Claude Provencher, accorde une bien faible crédibilité au sénateur Boisvenu en matière de justice criminelle. «Il n'a pas l'expertise pour se prononcer sur des questions aussi sensibles», dit-il. Le Barreau est outré que le sénateur fasse encore l'apologie de la peine de mort, un châtiment cruel et inusité. «C'est un appel en faveur du retour à la barbarie. Quand on est un parlementaire rémunéré à même les fonds publics, on a un devoir d'éducation et d'information plutôt qu'un devoir de propagande et de désinformation.»

    Condamnation du bout des lèvres


    À la Chambre des communes, la chef intérimaire du NPD, Nycole Turmel, a interpellé le premier ministre. «Ce que le sénateur Boisvenu dit est illégal: on ne peut pas encourager les gens à se tuer.» Stephen Harper s'est porté à la défense de son sénateur. «Le sénateur a déjà retiré ses paroles. Ce gouvernement existe pour aider les victimes. La famille de M. Boisvenu a été victime d'un crime terrible. Ce gouvernement veut agir pour défendre de tels incidents à l'avenir.» M. Harper a déjà déclaré l'année dernière que «personnellement, dans certains cas [il] croi[t] que la peine capitale est appropriée».

    Le communiqué de presse de rétractation est parvenu en après-midi. «Dans une discussion à bâtons rompus, est-il écrit, le sénateur a émis publiquement un commentaire, qu'un proche d'une victime assassinée lui avait déjà fait, au sujet du sort souhaité aux tueurs en série [Robert] Pickton, Olson et [Paul] Bernardo. Le sénateur trouve son commentaire inapproprié. Il regrette ne pas avoir pu clarifier l'idée qu'il voulait exprimer sur les criminels en série. Il désire retirer publiquement cette déclaration.»

    En fait, à aucun moment pendant l'échange avec les journalistes le sénateur n'a-t-il mentionné qu'il rapportait l'idée de quelqu'un d'autre. Il proposait une corde pour «chaque assassin» et non seulement pour les meurtriers en série. Pendant la journée, le sénateur avait d'ailleurs répété ses propos en entrevue.

    Sur les ondes du 98,5 FM, il a déclaré: «Moi personnellement, dans des cas comme Olson, Pickton, des gens qui ont assassiné comme Pickton 45 femmes, j'ai dit qu'on pourrait peut-être leur laisser une corde dans leur cellule pour qu'ils aient le choix de vivre ou ne pas vivre. Est-ce au système de faire vivre pendant des années des gens qui n'ont aucune capacité de réadaptation? Donc, je parlais de cas exceptionnels et c'est comme si j'avais ouvert un débat sur la peine de mort!»

    La peine de mort ou moins d'immigrants

    Les propos du sénateur avec les journalistes ne se sont pas limités à cette réplique sur la corde. Quand on lui a demandé pourquoi la peine de mort était nécessaire dans des cas de meurtriers en série qui ne ressortent jamais de prison, le sénateur a évoqué «un élément économique». Il s'est empressé de donner l'exemple de la famille Shafia, condamnée dimanche pour le meurtre de trois soeurs et de la première épouse du mari polygame. «Vous savez, les Shafia, les trois qui seront emprisonnés vont coûter 10 millions à l'État canadien.»

    Devraient-ils être soumis à la peine de mort? «Moi, je pense qu'ils ne peuvent pas être réhabilités dans les valeurs canadiennes», a-t-il répondu. Il s'est demandé s'il ne vaudrait pas mieux les renvoyer dans leur pays d'origine, l'Afghanistan. Quand on lui soumet qu'ils y seraient peut-être aussitôt libérés, le sénateur concède que la situation n'est pas facile à trancher. C'est pourquoi, à son avis, l'immigration provenant de ce genre de pays devrait être resserrée.

    «C'est la première réaction qu'on doit avoir, une réaction de prudence. Ces gens-là qui arrivent de certains pays qu'on peut facilement identifier aujourd'hui — je pense à l'Afghanistan où le traitement de la femme est vraiment à mon avis féodal —, est-ce que ces cas-là doivent être traités avec parcimonie avec une enquête beaucoup plus poussée que quelqu'un qui vient de la France ou des États-Unis où il y a un respect de la femme beaucoup plus grand?»

    Le chef libéral par intérim a aussi déploré les propos du sénateur et demandé qu'on lui retire ses fonctions de porte-parole du gouvernement au Sénat en matière de justice. Il siège au comité étudiant le projet de loi C-10. «Il ne devrait pas être un porte-parole officiel du gouvernement», a dit Bob Rae. L'avocate Danièle Roy lui suggère, à titre personnel, de démissionner du Sénat. «C'est un homme très blessé, et à cause de ses blessures, il manque totalement d'objectivité et il tombe carrément dans l'appel à la violence», dit-elle. Le bureau de Stephen Harper a rejeté cette demande.

    Rappelons que la fille de M. Boisvenu a été violée et assassinée par un homme qui n'aurait pas dû se trouver en liberté. Son autre fille est morte dans un accident de la route.

    Le sénateur Jacques Demers a dénoncé son collègue. «Pour moi, personnellement, Jacques Demers, c'est inacceptable de penser de cette façon-là.» L'Association québécoise de prévention du suicide a aussi condamné les propos, car ils confortaient les suicidaires dans leur idée que lorsqu'on se sent inutile, mieux vaut s'enlever la vie.

    ***

    Avec la collaboration de Marie Vastel
     
     
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