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Gilles Duceppe est victime d'une injustice

Sébastien Bouthillier, Montréal  31 janvier 2012  Canada
Gilles Duceppe est accusé d’avoir utilisé des fonds parlementaires à mauvais escient.<br />
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Gilles Duceppe est accusé d’avoir utilisé des fonds parlementaires à mauvais escient.
Le Bureau de régie interne de la Chambre des communes du Canada transgresse les principes de justice naturelle en se saisissant de l'affaire Duceppe. L'ancien chef du Bloc québécois est accusé d'avoir utilisé des fonds parlementaires à mauvais escient.

Audi alteram partem, le droit d'être entendu et de se défendre contre les éléments de preuve déposés contre soi, constitue le premier principe laissé de côté par les députés membres du Bureau. Ils ont refusé que Gilles Duceppe, ou un député du Bloc le représentant, s'adresse à eux. Aussi, le principal intéressé et le public ignorent sur quels éléments précis discuteront les membres du Bureau.

«C'est l'individu comme tel qui va être jugé», le député conservateur Jacques Gourde a admis en ces mots au Devoir («Haro sur le Bloc», 27 janvier) son intention. Il sera cependant jugé par contumace.

Nemo judex in sua causa, nulle partie ne peut se faire justice à elle-même, représente le second principe bafoué dans cette affaire. Il garantit l'impartialité des juges.

Aujourd'hui pourtant, les «juges» de Gilles Duceppe sont aussi partie puisqu'ils agissent à titre de représentants des formations politiques reconnues à la Chambre des communes. Les députés des formations opposées au Bloc s'arrogent ainsi le droit de juger un ancien adversaire politique.

À l'égard de l'impartialité, un indice porte à penser que la cause semble déjà entendue pour les conservateurs. «Nous nous attendons à ce que le Bloc rembourse toute la somme qui aurait été reçue de manière inappropriée», a en effet déclaré un porte-parole du cabinet du premier ministre.

À la recherche des normes procédurales qui établissent le traitement équitable des parties en cause, la justice naturelle vise notamment à garantir l'apparence de justice et la prise en considération des seuls éléments pertinents lors d'un processus judiciaire.

Privilège parlementaire

Si l'affaire se déroulait ailleurs qu'au Parlement, la cour de justice pourrait veiller à l'application des principes, que la Charte canadienne protège à l'article 11 d), à supposer que M. Duceppe soit inculpé.

Toutefois, la Chambre des communes possède le droit exclusif de réglementer ses affaires internes. Elles échappent au contrôle judiciaire à cause du privilège parlementaire, la cour se limitant à reconnaître l'existence et l'étendue d'un privilège.

La Cour suprême a ainsi reconnu comme privilège le pouvoir disciplinaire du Parlement à l'endroit de ses membres.

Quel lien y a-t-il entre le privilège parlementaire et la Charte des droits et libertés? À trois reprises, la Cour suprême a confirmé qu'elles ont toutes deux une égale valeur constitutionnelle, mais que c'est le privilège parlementaire qui l'emporte (arrêts New Brunswick Broadcasting Co., Harvey et Vaid).

Il est intéressant de noter que Charte québécoise prévoit une application plus large des principes de justice naturelle (art. 23 et 56.1). Tandis que la Charte canadienne en restreint la portée à un inculpé devant un tribunal ayant juridiction en matière pénale, le texte québécois en élargit l'application à toute personne et étend la juridiction du tribunal aux matières civiles. Sa définition de tribunal englobe même les organismes exerçant des fonctions quasi judiciaires. Parole de Cour suprême, l'ancien député de Laurier-Sainte-Marie ne peut invoquer aucune loi pour exiger d'être traité équitablement par le Bureau de régie interne. Dans leur prise de décision, ses membres devraient néanmoins appliquer les principes moraux universels, qu'ils vantent fièrement comme valeurs de leur pays, plutôt que se rabattre sur leur intérêt du moment.

***

Sébastien Bouthillier, Montréal
 
 
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  • Loraine King - Inscrite
    31 janvier 2012 05 h 00
    Faux
    Sur le site web du bureau de régie interne :

    Ottawa – le 30 janvier 2012
    Le Bureau de régie interne a été informé des enjeux liés à l’utilisation des fonds de la Chambre des communes alloués à l’ancien chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe. Le Bureau invitera M. Duceppe à venir discuter de ce cas sous peu.

    Pour le reste, c'est vrai : inter pares, la démocratie, celle qui agace l'auteur : c'est le peuple par ses représentants qui est suprême. Le parlement a la primauté sur le roi, sur le gouvernement, sur la Cour (clause dérogatoire). M. Duceppe a fait le choix de se présenter à des élections, il fut assermenté, il fut député, l'égal des autres députés, comme je suis l'égale de M. Bouthillier. Le poste de député confère des privilèges qui vont au-delà de ceux des simples citoyens, comme la liberté d'expression à l'abri des poursuites dans l'enceinte des communes et l'utilisation de fonds publics. M. Duceppe répondra de ses gestes devant ceux qui furent ses pairs. Nos députés ne sont pas des juges; ils sont des égaux et M. Duceppe, contrairement à ce que M. Bouthillier écrit, rencontrera ses anciens collègues le 13 février.
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  • François Ricard - Abonné
    31 janvier 2012 06 h 04
    Justice et apparence de justice
    Le comité parlementaire, par souci d'impartialité et de justice évidente, aurait dû, par exception, permettre à un élu du Bloc de siéger avec eux lors de l'audition de M. Duceppe. Mais il semble bien que tous les partis en cause s'en tiennent à une interprétation littérale du règlement et refusent au Bloc et par le fait même à une bonne partie de l'électorat qui l'a appuyé, ce simple geste qui démontrerait qu'ils ont à coeur de faire justice de façon apparente et impartiale.
    Est-ce que l'on s'apprêterait à lyncher M' Duceppe comme l'Assemblée nationale l'a fait pour M. Michaud?
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  • Christian Feuillette - Abonné
    31 janvier 2012 07 h 23
    Coup monté
    Tout cela sent le traquenard et le coup monté. Quand on voit à la une des grands journaux un tel lynchage, juste au moment où Gilles Duceppe était perçu comme le nouveau sauveur du P.Q., on se dit qu'un tel scénario ne faisait vraiment pas l'affaire des Péladeau et Desmarais de ce monde...
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  • Gilles Delisle - Abonné
    31 janvier 2012 08 h 46
    Un procès "à la stalinienne" dans nos murs!
    Il est fort possible qu'on profite de l'occasion pour taper sur un souverainiste convaincu, maintenant " qu'on en tient un entre nos mains" comme dirait n'importe quel fédéraliste convaincu! Le danger d'un procès inéquitable envers M. Gilles Duccepte est réel, et les Québécois devraient suivre très sérieusement les tribulations canadiennes dans ce qui pourrait bien être un simulacre de justice.
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  • Charles F. Labrecque - Abonné
    31 janvier 2012 09 h 45
    La naïveté a ses limites
    Ne soyons pas dupes, le geste qu'a posé notre concitoyen dans la gestion de son parti a été longuement pensé. Faire payer les envahisseurs les frais nécessaires pour détruire le pays dans le but de se séparer du Canada était un rêve réelle. Aujourd'hui nous devons déplorer l'attitude de la chambre des communes d'avoir aussi longtemps négligé de vérifier ces frais de dépenses. Nous pouvons soupçonner aujourd'hui que ce retard était voulu dans le but de porter un coup fatal à ce parti bien encombrant pour plusieurs.
    Sans approuver ce geste, je dit qu'il est trop tard puisque le mal a été fait. ils leur restent qu'une solution et c'est le pardon dû à leurs négligences.
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  • jfrancois01 - Inscrit
    31 janvier 2012 10 h 26
    Théorie du complot!
    Dans son livre A Culture of Conspiracy, le politologue Micharl Barkun a relevé trois degrés dans la place que peut prendre l'« explication par le complot »
    -le « conspirationnisme d'événement » , où un complot est considéré comme étant la cause d'un événement isolé et où les comploteurs sont censés s'être concentrés sur un objectif restreint (par exemple, la mort d'une personne) ;
    -le « conspirationnisme systémique », où plusieurs événements sont rattachés à un vaste complot à plus long terme, imputé à une communauté qui chercherait à infiltrer progressivement les institutions en place (Juifs, Illuminati, etc.) ;
    -et enfin le « super-conspirationnisme » qui consiste à croire que toutes les conspirations réelles ou supposées, dans le monde et à travers l'Histoire, procèdent d'un vaste plan global voire cosmique.

    -Les théories du complot fournissent une logique unificatrice à des éléments apparemment disparates et non liés entre eux, ce qui est intellectuellement satisfaisant.
    -Les théories du complot donnent accès à une vérité cachée, ce qui est valorisant pour celui qui reçoit le message.
    -Les théories du complot identifient des coupables en tendant à interpréter tout événement ou conséquence d'un événement comme ayant été voulus
    -Les théories du complot donnent l'espoir de pouvoir changer les choses. Les psychologues humanistes font valoir que, pour les théoriciens de la conspiration, même si le complot est angoissant, il est consolant de croire que ces bouleversements seraient dus à une volonté, plutôt qu'à des facteurs échappant à toute volonté.
    Pour les autres
    1- On en saura plus le 13 février.
    2- S'il n'est pas "coupable" M. Duceppe aura tout le loisir de faire de la récupération de cette affaire. Ce sera l'arroseur arrosé et je suis certain que tous les séparatistes en feront leurs chou gras pour des mois à venir.
    3- C'est vraiment pas une affaire si importante, respirez par le
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  • Gorlof - Inscrit
    31 janvier 2012 13 h 50
    Se défouler
    Duceppe a fait toute sa carrière les fesses serrées,muselé par la rectitude politique.
    Il a maintenant l'occasion de se défouler.Qu'il le fasse et disant TOUT ce qu'il sait sur le fédéralisme canadian.
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  • sco100 - Abonné
    31 janvier 2012 23 h 43
    Quel droit?
    Lors d'une contravention aux règles de base d'une institution ou d'un organisme, la contravention et l'amende sont bien souvent signifiées en même temps. J'en ai un peu ma claque d'entendre tout le monde et son père brandir la présomption d'innocence ou le droit d'être entendu à tort et à travers.

    Des mécanismes d'appel existent dans tous les cas, mais qu'on puisse voir systématiquement des complots dans la simple application des règles quand une contravention à ces règles est portée à l'attention des responsables de leur application raisonnable me dépasse.
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