Sables bitumineux - Ottawa et l'industrie pétrolière parlent d'une même voix
Photo : Agence France-Presse
Vue nocturne des installations d’extraction de sables bitumineux à Fort McMurray, en Alberta.
Ottawa — Le gouvernement fédéral, le gouvernement d'Alberta et l'Association canadienne des producteurs pétroliers (ACPP) se sont associés pour développer une stratégie commune de communications afin d'améliorer l'image des sables bitumineux. À au moins une reprise, ils se sont rencontrés à Calgary pour harmoniser leur message.
Greenpeace a obtenu grâce à la Loi sur l'accès à l'information un résumé d'une réunion regroupant le président de l'ACPP (et ex-président de Shell Canada) David Collyer, deux vice-présidents de l'ACPP, l'ancien conseiller principal de Stephen Harper Bruce Carson, les sous-ministres albertains de l'Environnement et de l'Énergie ainsi que le sous-ministre fédéral des Ressources naturelles, Cassie Doyle. La réunion, tenue le 16 mars 2010, a duré près de six heures. Elle a eu lieu à Calgary dans les bureaux de l'Association canadienne des producteurs pétroliers.
Le but de cette rencontre était de discuter d'une proposition de l'ACPP pour «hausser le niveau de jeu» de l'industrie des sables bitumineux en matière de communications et de contacts avec la communauté. L'idée, est-il écrit dans ce résumé de rencontre, n'est pas seulement de «parler plus fort», mais de changer d'approche et «démontrer que nous nous attaquons aux défis et avons la bonne attitude». Les participants suggèrent de mettre sur pied un groupe de travail formel entre l'industrie et les deux ordres de gouvernement, mais le sous-ministre fédéral, M. Doyle, propose plutôt de faire avancer le travail accompli par le comité de sous-ministres déjà existant «avec des représentants des Ressources naturelles, des Affaires étrangères, Alberta Energy et de l'ACPP».
Plus particulièrement, il est écrit que M. Doyle a rappelé que le ministère des Ressources naturelles, le gouvernement du Canada et l'Association canadienne des producteurs pétroliers travaillent ensemble «depuis un certain temps» et qu'il «est maintenant temps de hausser le niveau de notre jeu». «Nous avons bâti une fondation entre l'ACPP et l'Alberta reposant sur les faits et les produits.»
Un second document obtenu par Greenpeace et émanant du gouvernement fédéral étaye pour sa part la stratégie fédérale pour mieux faire accepter l'industrie des sables bitumineux canadienne en Europe. Intitulé «Stratégie de plaidoyer paneuropéen sur les sables bitumineux» et daté de mars 2011, ce document liste les acteurs de cette question selon qu'ils sont des «alliés» ou des «adversaires». Les médias, les groupes environnementaux et autochtones ainsi que les industries offrant de la concurrence comme le biodiesel sont considérés comme des «adversaires», tandis que les entreprises énergétiques, les associations industrielles et l'Office national de l'énergie sont considérés comme des «alliés».
Le document explique comment il est nécessaire de repositionner le débat européen sur les sables bitumineux afin de faire accepter aux Européens le rôle des sables bitumineux canadiens dans la sécurité énergétique mondiale. On y note que l'Europe est une source importante d'investissements dans les sables bitumineux et que déjà, la Banque Royale et Scotland Statoil font l'objet de manifestations à cause de leur participation. On s'y inquiète du fait que la future Directive européenne sur la qualité des carburants, qui étiquetterait le pétrole provenant des sables bitumineux comme plus polluant que d'autres pétroles, «a le potentiel de nuire à l'industrie dans son ensemble» même si l'Europe ne constitue pas un marché pour ce produit.
«J'étais étonné», explique en entrevue Keith Stewart, le coordonnateur de la campagne sur le climat et l'énergie chez Greenpeace, qui a déniché les documents. «La coopération informelle est normale, mais d'avoir un programme de relations publiques conjoint entre l'industrie et le gouvernement dirigé contre les groupes considérés comme des adversaires n'est pas normal.»
Il s'étonne aussi que l'Office national de l'énergie soit considéré comme un allié, considérant qu'il s'agit d'un organe indépendant qui étudie l'acceptabilité des projets. L'oléoduc Northern Gateway allant de l'Alberta jusqu'à la côte pacifique fait d'ailleurs l'objet de consultations en ce moment même par l'Office. «C'est étrange que le gouvernement voie une agence indépendante qui doit écouter la preuve des deux côtés comme un allié dans une campagne visant à éliminer des lois environnementales dans un autre pays.»
Le ministère des Ressources naturelles n'était pas en mesure de répondre à notre demande de renseignements, parvenue trop tard en journée hier. Le ministre des Ressources naturelles, Joe Oliver, a fait une sortie en règle cet automne contre la Directive européenne sur la qualité des carburants en lui reprochant de ne pas s'appuyer sur des faits.
Le résumé de la rencontre de 2010 mentionne par ailleurs la nécessité «d'améliorer la participation des groupes non gouvernementaux [...] en invitant des groupes moins stridents».
M. Stewart explique qu'il s'agit d'une référence à la tentative du gouvernement d'inclure dans son initiative des groupes environnementaux — qu'il ne nomme pas. Lorsque ceux-ci ont réalisé qu'il s'agissait seulement de changer l'image de l'industrie et non ses pratiques, ils ont décliné l'offre, raconte-t-il. «C'est difficile d'avoir l'appui d'un groupe environnemental pour un programme de publicité et non un programme de meilleure réglementation.»
Greenpeace a obtenu grâce à la Loi sur l'accès à l'information un résumé d'une réunion regroupant le président de l'ACPP (et ex-président de Shell Canada) David Collyer, deux vice-présidents de l'ACPP, l'ancien conseiller principal de Stephen Harper Bruce Carson, les sous-ministres albertains de l'Environnement et de l'Énergie ainsi que le sous-ministre fédéral des Ressources naturelles, Cassie Doyle. La réunion, tenue le 16 mars 2010, a duré près de six heures. Elle a eu lieu à Calgary dans les bureaux de l'Association canadienne des producteurs pétroliers.
Le but de cette rencontre était de discuter d'une proposition de l'ACPP pour «hausser le niveau de jeu» de l'industrie des sables bitumineux en matière de communications et de contacts avec la communauté. L'idée, est-il écrit dans ce résumé de rencontre, n'est pas seulement de «parler plus fort», mais de changer d'approche et «démontrer que nous nous attaquons aux défis et avons la bonne attitude». Les participants suggèrent de mettre sur pied un groupe de travail formel entre l'industrie et les deux ordres de gouvernement, mais le sous-ministre fédéral, M. Doyle, propose plutôt de faire avancer le travail accompli par le comité de sous-ministres déjà existant «avec des représentants des Ressources naturelles, des Affaires étrangères, Alberta Energy et de l'ACPP».
Plus particulièrement, il est écrit que M. Doyle a rappelé que le ministère des Ressources naturelles, le gouvernement du Canada et l'Association canadienne des producteurs pétroliers travaillent ensemble «depuis un certain temps» et qu'il «est maintenant temps de hausser le niveau de notre jeu». «Nous avons bâti une fondation entre l'ACPP et l'Alberta reposant sur les faits et les produits.»
Un second document obtenu par Greenpeace et émanant du gouvernement fédéral étaye pour sa part la stratégie fédérale pour mieux faire accepter l'industrie des sables bitumineux canadienne en Europe. Intitulé «Stratégie de plaidoyer paneuropéen sur les sables bitumineux» et daté de mars 2011, ce document liste les acteurs de cette question selon qu'ils sont des «alliés» ou des «adversaires». Les médias, les groupes environnementaux et autochtones ainsi que les industries offrant de la concurrence comme le biodiesel sont considérés comme des «adversaires», tandis que les entreprises énergétiques, les associations industrielles et l'Office national de l'énergie sont considérés comme des «alliés».
Le document explique comment il est nécessaire de repositionner le débat européen sur les sables bitumineux afin de faire accepter aux Européens le rôle des sables bitumineux canadiens dans la sécurité énergétique mondiale. On y note que l'Europe est une source importante d'investissements dans les sables bitumineux et que déjà, la Banque Royale et Scotland Statoil font l'objet de manifestations à cause de leur participation. On s'y inquiète du fait que la future Directive européenne sur la qualité des carburants, qui étiquetterait le pétrole provenant des sables bitumineux comme plus polluant que d'autres pétroles, «a le potentiel de nuire à l'industrie dans son ensemble» même si l'Europe ne constitue pas un marché pour ce produit.
«J'étais étonné», explique en entrevue Keith Stewart, le coordonnateur de la campagne sur le climat et l'énergie chez Greenpeace, qui a déniché les documents. «La coopération informelle est normale, mais d'avoir un programme de relations publiques conjoint entre l'industrie et le gouvernement dirigé contre les groupes considérés comme des adversaires n'est pas normal.»
Il s'étonne aussi que l'Office national de l'énergie soit considéré comme un allié, considérant qu'il s'agit d'un organe indépendant qui étudie l'acceptabilité des projets. L'oléoduc Northern Gateway allant de l'Alberta jusqu'à la côte pacifique fait d'ailleurs l'objet de consultations en ce moment même par l'Office. «C'est étrange que le gouvernement voie une agence indépendante qui doit écouter la preuve des deux côtés comme un allié dans une campagne visant à éliminer des lois environnementales dans un autre pays.»
Le ministère des Ressources naturelles n'était pas en mesure de répondre à notre demande de renseignements, parvenue trop tard en journée hier. Le ministre des Ressources naturelles, Joe Oliver, a fait une sortie en règle cet automne contre la Directive européenne sur la qualité des carburants en lui reprochant de ne pas s'appuyer sur des faits.
Le résumé de la rencontre de 2010 mentionne par ailleurs la nécessité «d'améliorer la participation des groupes non gouvernementaux [...] en invitant des groupes moins stridents».
M. Stewart explique qu'il s'agit d'une référence à la tentative du gouvernement d'inclure dans son initiative des groupes environnementaux — qu'il ne nomme pas. Lorsque ceux-ci ont réalisé qu'il s'agissait seulement de changer l'image de l'industrie et non ses pratiques, ils ont décliné l'offre, raconte-t-il. «C'est difficile d'avoir l'appui d'un groupe environnemental pour un programme de publicité et non un programme de meilleure réglementation.»
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