Confiance fragile
Il faut accorder à Stephen Harper une chose. Quand il parle d'agir pour améliorer le sort des autochtones, il n'affiche ni pitié ni condescendance, mais un froid réalisme assorti d'une compréhension fine des intérêts des autochtones et des autres Canadiens.
«La croissance dynamique de l'économie canadienne exigera une croissance correspondante de la main-d'oeuvre qualifiée [...]. Les peuples autochtones constituent la population la plus jeune du Canada. Il est donc dans notre intérêt à tous que les populations autochtones aient une éducation, des compétences et des emplois», a-t-il dit hier. Pour conclure en disant que «la plus grande marque de respect que nous pouvons présenter aux hommes et aux femmes des Premières Nations est de leur fournir les outils dont ils ont besoin, de leur reconnaître les capacités nécessaires et de leur permettre d'aller de l'avant».
Le bilan du gouvernement Harper dans le dossier autochtone est toutefois inégal. Il a revu en profondeur le processus d'examen des revendications particulières afin d'en accélérer la résolution, ce que demandaient les leaders autochtones depuis des décennies. En 2008, il a offert aux anciens élèves des pensionnats autochtones, victimes de sévices, les excuses historiques qu'ils attendaient depuis des années.
Ce même gouvernement a en revanche dû se faire tirer l'oreille pour appuyer la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Et dès son élection en 2006, il a mis sur la glace l'accord de Kelowna conclu entre le fédéral, les provinces et les autochtones et qui était l'aboutissement de 18 mois de négociations.
***
M. Harper a parlé à maintes reprises hier de collaboration avec les Premières Nations, mais le côté «papa a raison» de son gouvernement ressort volontiers lorsque vient le temps d'offrir des solutions. Il ne veut pas abroger la Loi sur les Indiens, de peur de créer un vide juridique, a-t-il dit hier. Il suggère donc de procéder à la pièce, mais presque tous les projets de loi qu'il a dans ses cartons sont conçus de manière à répondre avant tout aux préoccupations du gouvernement. Ou à imposer aux bandes ce qu'il considère être les bonnes règles de gouvernance.
Les conservateurs veulent favoriser la propriété privée, les droits fonciers, l'entrepreneuriat, la responsabilité, la transparence. Rien de mal à tout cela et nombre d'autochtones souhaitent aller dans cette direction, mais bien d'autres craignent l'impact sur l'autonomie gouvernementale et sur la propriété collective des terres. Ils veulent avoir leur mot à dire.
Le premier ministre Harper a établi une relation de confiance avec le chef actuel de l'Assemblée des Premières Nations, Shawn Atleo, ce qui a mené à l'élaboration d'un plan d'action en juin dernier, à la mise sur pied un groupe de travail sur l'éducation, et il y a la conférence d'hier. Les deux hommes se font volontiers écho lorsqu'il s'agit de donner priorité, par exemple, à la formation et au développement économique.
Les nuances apparaissent cependant sur la manière, entre autres, de se défaire de la Loi sur les Indiens. M. Atleo ne veut plus d'unilatéralisme étapiste. Selon lui, cette loi est «comme un rocher au milieu de la voie» d'un vrai partenariat et les Premières Nations veulent le voir éclater, à leur rythme, avec leur accord et de manière à leur redonner le pouvoir sur leurs vies.
***
Certains chefs et leaders autochtones craignent que la rencontre d'hier serve surtout de caution au premier ministre pour procéder à des changements qu'il a déjà en tête. Ou encore pour faire taire ses critiques. Un scepticisme que le grand chef Atleo disait comprendre après des décennies d'espoirs déçus et de promesses brisées et que les résultats de la conférence d'hier n'auront pas entièrement dissipé.
Après tout, il a fallu la crise à Attawapiskat pour précipiter cette première réunion en six ans entre Stephen Harper et les chefs autochtones. Et certaines absences en disaient long sur les limites de l'exercice. Les Inuits, les Métis et les Indiens sans statut ont été tenus à l'écart alors que leurs problèmes ne sont pas moins graves.
Les provinces n'ont pas été invitées non plus, alors que leur collaboration est nécessaire, en particulier pour assurer le développement économique des réserves les plus isolées. M. Harper aime parler des histoires à succès de certaines communautés, mais comme le soulignait un chef du nord du Manitoba, il s'agit généralement de réserves proches de grands centres ou d'un marché pour leurs ressources. Celles plus isolées comptent sur les retombées de l'exploitation des ressources naturelles sur leurs territoires ancestraux (plus grands que les réserves), mais pour en bénéficier, elles doivent généralement s'entendre avec les provinces. Plusieurs chefs ont d'ailleurs déploré l'absence des premiers ministres provinciaux et demandé la tenue d'une autre conférence avec eux, ce que M. Harper a évité de promettre.
La rencontre d'hier était riche en symboles, mais pauvre en engagements concrets. La plus grande réalisation aura été de mettre en branle un dialogue qui a trop tardé, avec la mise sur pied de groupes de travail mixtes sur les finances et la gouvernance. Mais le temps seulement dira si le gouvernement mérite à nouveau la confiance des autochtones. Ou si cette rencontre n'aura été que cela, une rencontre.
«La croissance dynamique de l'économie canadienne exigera une croissance correspondante de la main-d'oeuvre qualifiée [...]. Les peuples autochtones constituent la population la plus jeune du Canada. Il est donc dans notre intérêt à tous que les populations autochtones aient une éducation, des compétences et des emplois», a-t-il dit hier. Pour conclure en disant que «la plus grande marque de respect que nous pouvons présenter aux hommes et aux femmes des Premières Nations est de leur fournir les outils dont ils ont besoin, de leur reconnaître les capacités nécessaires et de leur permettre d'aller de l'avant».
Le bilan du gouvernement Harper dans le dossier autochtone est toutefois inégal. Il a revu en profondeur le processus d'examen des revendications particulières afin d'en accélérer la résolution, ce que demandaient les leaders autochtones depuis des décennies. En 2008, il a offert aux anciens élèves des pensionnats autochtones, victimes de sévices, les excuses historiques qu'ils attendaient depuis des années.
Ce même gouvernement a en revanche dû se faire tirer l'oreille pour appuyer la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Et dès son élection en 2006, il a mis sur la glace l'accord de Kelowna conclu entre le fédéral, les provinces et les autochtones et qui était l'aboutissement de 18 mois de négociations.
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M. Harper a parlé à maintes reprises hier de collaboration avec les Premières Nations, mais le côté «papa a raison» de son gouvernement ressort volontiers lorsque vient le temps d'offrir des solutions. Il ne veut pas abroger la Loi sur les Indiens, de peur de créer un vide juridique, a-t-il dit hier. Il suggère donc de procéder à la pièce, mais presque tous les projets de loi qu'il a dans ses cartons sont conçus de manière à répondre avant tout aux préoccupations du gouvernement. Ou à imposer aux bandes ce qu'il considère être les bonnes règles de gouvernance.
Les conservateurs veulent favoriser la propriété privée, les droits fonciers, l'entrepreneuriat, la responsabilité, la transparence. Rien de mal à tout cela et nombre d'autochtones souhaitent aller dans cette direction, mais bien d'autres craignent l'impact sur l'autonomie gouvernementale et sur la propriété collective des terres. Ils veulent avoir leur mot à dire.
Le premier ministre Harper a établi une relation de confiance avec le chef actuel de l'Assemblée des Premières Nations, Shawn Atleo, ce qui a mené à l'élaboration d'un plan d'action en juin dernier, à la mise sur pied un groupe de travail sur l'éducation, et il y a la conférence d'hier. Les deux hommes se font volontiers écho lorsqu'il s'agit de donner priorité, par exemple, à la formation et au développement économique.
Les nuances apparaissent cependant sur la manière, entre autres, de se défaire de la Loi sur les Indiens. M. Atleo ne veut plus d'unilatéralisme étapiste. Selon lui, cette loi est «comme un rocher au milieu de la voie» d'un vrai partenariat et les Premières Nations veulent le voir éclater, à leur rythme, avec leur accord et de manière à leur redonner le pouvoir sur leurs vies.
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Certains chefs et leaders autochtones craignent que la rencontre d'hier serve surtout de caution au premier ministre pour procéder à des changements qu'il a déjà en tête. Ou encore pour faire taire ses critiques. Un scepticisme que le grand chef Atleo disait comprendre après des décennies d'espoirs déçus et de promesses brisées et que les résultats de la conférence d'hier n'auront pas entièrement dissipé.
Après tout, il a fallu la crise à Attawapiskat pour précipiter cette première réunion en six ans entre Stephen Harper et les chefs autochtones. Et certaines absences en disaient long sur les limites de l'exercice. Les Inuits, les Métis et les Indiens sans statut ont été tenus à l'écart alors que leurs problèmes ne sont pas moins graves.
Les provinces n'ont pas été invitées non plus, alors que leur collaboration est nécessaire, en particulier pour assurer le développement économique des réserves les plus isolées. M. Harper aime parler des histoires à succès de certaines communautés, mais comme le soulignait un chef du nord du Manitoba, il s'agit généralement de réserves proches de grands centres ou d'un marché pour leurs ressources. Celles plus isolées comptent sur les retombées de l'exploitation des ressources naturelles sur leurs territoires ancestraux (plus grands que les réserves), mais pour en bénéficier, elles doivent généralement s'entendre avec les provinces. Plusieurs chefs ont d'ailleurs déploré l'absence des premiers ministres provinciaux et demandé la tenue d'une autre conférence avec eux, ce que M. Harper a évité de promettre.
La rencontre d'hier était riche en symboles, mais pauvre en engagements concrets. La plus grande réalisation aura été de mettre en branle un dialogue qui a trop tardé, avec la mise sur pied de groupes de travail mixtes sur les finances et la gouvernance. Mais le temps seulement dira si le gouvernement mérite à nouveau la confiance des autochtones. Ou si cette rencontre n'aura été que cela, une rencontre.
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