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    Sables bitumineux - Imperial Oil a imposé ses vues sur une exposition muséale d'Ottawa

    24 janvier 2012 |Hélène Buzzetti | Canada
    Ottawa — De nouveaux documents obtenus en vertu de la Loi sur l'accès à l'information démontrent que la pétrolière Imperial Oil a bel et bien dicté au Musée des sciences et de la technologie d'Ottawa une partie du contenu de son exposition sur les sables bitumineux. C'est à sa demande que les statistiques peu alarmantes sur l'apport de cette industrie aux gaz à effet de serre ont été privilégiées.

    L'exposition Énergie, le pouvoir de choisir, inaugurée cet automne en présence du ministre des Ressources naturelles, Joe Oliver, explique aux visiteurs les diverses sources d'énergie existantes et les avantages et défis découlant de chacune. Comme Le Devoir l'avait rapporté à ce moment, la section portant sur les sables bitumineux reprend, tel un écho, les arguments positifs de l'industrie pétrolière. Il appert que c'est en partie parce qu'Imperial Oil a veillé au grain.

    Dans une nouvelle série de documents obtenus par Radio-Canada en vertu de la Loi sur l'accès à l'information, on apprend que Susan Swan, la directrice des affaires publiques d'Imperial Oil, a coprésidé le comité consultatif de l'exposition. Dans un courriel daté du 20 mai 2011, Mme Swan formule au musée ses commentaires à propos de l'ébauche des panneaux de l'exposition. «Je trouve que le langage utilisé n'est pas équilibré en général.»

    Mme Swan suggère des correctifs à apporter. C'est ainsi à sa demande que le musée a écrit que les sables bitumineux apporteront 1,7 billion de dollars à l'économie d'ici 25 ans, un chiffre que cite régulièrement le ministre Joe Oliver. C'est aussi à sa demande que le musée a écrit que l'industrie émet 0,1 % de toutes les émissions de gaz à effet de serre (GES) de la planète. Ce chiffre paraît insignifiant, mais il est très grand compte tenu de la petitesse de cette industrie par rapport à l'ensemble de l'activité humaine planétaire. Elle représente 6,5 % de toutes les émissions de GES du Canada. C'est aussi à la demande de Mme Swan que le musée a inscrit que seulement 0,02 % de toute la forêt boréale canadienne avait été touchée par l'exploitation des sables bitumineux. Cela ne donne pas toute la mesure de l'ampleur des dérangements du paysage, visibles de l'espace au même titre que la muraille de Chine.

    Fondements scientifiques

    En septembre, lorsque Le Devoir avait publié son article soulevant l'étrange similitude entre les énoncés de l'exposition et ceux de l'industrie, le musée avait répliqué d'une lettre ouverte. La présidente-directrice générale de la Société des musées de sciences et technologie du Canada, Denise Amyot, s'était plainte que «l'article porte fâcheusement ombrage à la réputation de notre institution en laissant croire qu'une intervention de l'industrie pétrolière canadienne ait pu corrompre le contenu de notre exposition».

    La direction du musée n'a pas rappelé Le Devoir hier. Du côté d'Imperial Oil, on insiste sur le fait que c'est à la demande du musée que Mme Swan a été invitée à diriger le comité consultatif de l'exposition. «Le but était de s'assurer que l'information présentée reflète la réalité et s'appuie sur des fondements scientifiques solides», déclare Pius Rolheiser. Imperial Oil a fourni 600 000 $ pour cette exposition. Une autre somme de 50 000 $ avait été fournie par l'Association canadienne des producteurs pétroliers (ACPP), le consortium des exploitants de sables bitumineux.












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