Relations entre la Couronne et les Premières Nations - La rencontre de la dernière chance
Photo : Agence Reuters Frank Gunn
Une vingtaine de familles ont dû être évacuées de la réserve d’Attawapiskat, en Ontario, en décembre dernier, en raison d’une crise du logement. Les autochtones de cette réserve vivent sans eau courante et sans services sanitaires adéquats. Le problème du logement est endémique dans beaucoup de réserves au Canada, y compris au Québec.
Richard Desjardins parlait de la nation algonquine comme d'un «peuple invisible». Il a raison et on pourrait en dire autant de plusieurs autres premières nations. Qui connaît la Nation atikamekw nehirowisiw? Personne ne parle de nous, personne ne s'intéresse à nous. Pourtant, nous sommes bien présents et occupons depuis des millénaires un vaste territoire du Québec. Ce territoire, nous l'appelons le Nitaskinan. Mais depuis l'imposition de la Loi sur les Indiens, mon peuple a été forcé de se replier dans trois petites parcelles de terre situées dans des coins reculés des régions de la Mauricie, des Bois-Francs et de Lanaudière.
Pour s'y rendre, il faut emprunter des chemins forestiers, chemins construits contre notre gré et qui ont permis le saccage de nos territoires de chasse (nous sommes la seule nation au Québec à avoir subi deux cycles de prélèvements forestiers sans jamais avoir reçu de compensations pour les impacts importants qui en ont découlé). Il faut beaucoup de temps pour aller d'un endroit à l'autre. Chez nous, on compte en heures de trajet, pas en kilomètres. Avec plus 6000 membres, la Nation atikamekw nehirowisiw est la cinquième nation autochtone du Québec. Mais elle demeure inconnue.
Comme bien d'autres Premières Nations, nos problèmes sont nombreux et les défis sont grands. Depuis plusieurs années, nous nous battons pour de meilleures conditions socioéconomiques, l'accès à des ressources accrues et la possibilité d'offrir un avenir intéressant à nos jeunes. Parfois, j'ai l'impression que nos efforts sont inutiles, que malgré les beaux discours, les politiciens canadiens n'ont pas le courage de poser les gestes nécessaires pour véritablement mettre fin à la discrimination dont nous sommes victimes et tisser un véritable partenariat avec nous.
Entre l'inquiétude et l'espoir
C'est donc avec inquiétude mais aussi avec un peu d'espoir que j'entrevois cette rencontre inédite qui aura lieu [demain] entre les chefs des Premières Nations du Canada et le premier ministre Stephen Harper. À titre de Grand Chef élue de la Nation atikamekw, j'y serai et j'y porterai les voeux et les aspirations de mon peuple. Le principal souhait que nous avons, et qui est partagé par l'ensemble des chefs que je connais, est que le gouvernement prenne un virage draconien afin de véritablement renouveler, voire modifier, notre relation.
Nous attendons ce geste depuis plus de douze ans, c'est-à-dire depuis la publication du rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones. Dans ses toutes premières pages d'un rapport faisant plus de 1000 pages, la Commission affirmait que «les Canadiens rejettent le paternalisme du passé et reconnaissent que les Autochtones sont les mieux placés pour définir leurs intérêts et en assurer la promotion». Or, nous sommes toujours victimes du même système paternaliste et colonialiste qui nuit au développement de nos peuples. Encore aujourd'hui, le gouvernement fédéral applique un grand nombre de politiques qui maintiennent nos communautés dans la dépendance. Tous nos services sont sous-financés (éducation, santé, logement, sécurité publique, etc.). Des cas comme celui d'Attawapiskat, il y en a partout au Québec et au Canada.
Logement et éducation
Depuis plusieurs années, nous avons fait la démonstration de ces sous-financements, le plus scandaleux étant probablement le sous-financement des mesures d'aide au logement. Partout, nos maisons sont surpeuplées. Ce manque de logement contribue à l'accroissement des problèmes de santé et des problèmes sociaux dans nos communautés. Notre situation est semblable à celle d'Attawapiskat. Faudra-t-il appeler la Croix-Rouge pour que l'on s'en préoccupe?
Nous avons aussi fait la démonstration du sous-financement important de nos systèmes d'éducation. Comment accepter que le financement public d'un étudiant atikamekw soit inférieur à celui d'un étudiant québécois? Surtout lorsqu'on connaît les problématiques socioéconomiques que nous vivons. L'éducation de nos jeunes constitue notre priorité, mais l'appui du gouvernement est trop peu important pour nous permettre de répondre aux seuls besoins de base. Faute de ressources, il nous est difficile de maintenir nos jeunes à l'école et de leur insuffler confiance en leur avenir.
Un futur traité
Comme Grand Chef de la Nation atikamekw nehirowisiw, je me rendrai à Ottawa pour rencontrer M. Harper et lui rappeler ses responsabilités, mais aussi pour lui tendre la main et l'inviter à engager une véritable réconciliation avec nous. Car je conserve encore l'espoir d'un avenir meilleur pour notre nation. Cet espoir repose principalement sur nos jeunes, qui représentent 60 % de la population et qui manifestent le désir de préserver leur identité et leur culture. Nous sommes l'une des rares nations au Canada qui parle encore sa langue à 95 %.
Autre raison d'être optimiste: de toutes les Premières Nations au Canada, les Atikamekw forment certainement l'une des rares pouvant aspirer à la conclusion prochaine d'une entente de revendications territoriales, c'est-à-dire un traité moderne. Ce serait le premier au Québec depuis la signature de la Convention de la Baie-James et du Nord-Est québécois avec les nations crie, inuite et naskapie. Il ne manque pas grand-chose pour atteindre cet objectif. Ensemble, lors d'une assemblée spéciale des membres atikamekw, nous avons convenu d'engager un blitz de négociations avec les gouvernements fédéral et provincial qui nous mènerait à la conclusion d'une entente de principe d'ici deux ans.
Nous avons la motivation pour le faire... il ne manque que notre partenaire fédéral. Or, nous attendons depuis deux ans que le gouvernement renouvelle le mandat de son négociateur. Entre-temps, nous avons fait de grands pas avec le gouvernement québécois, mais nous sommes obligés de faire du surplace sur les questions touchant les compétences fédérales. Pourquoi cette lenteur? C'est incompréhensible, considérant que cette revendication est en pourparlers depuis plus de 30 ans et que nos négociations nous ont coûté environ 30 millions. Tous ces efforts mériteraient que l'on poursuive et que l'on investisse quelques ressources supplémentaires nous permettant d'en venir à bout.
Pour être visibles
Évidemment, nous ne vendrons pas notre âme au diable en échange de ce traité. Celui-ci doit reposer sur une véritable reconnaissance de nos droits, étape nécessaire avant de nous réconcilier et de rétablir les ponts. Il faut que cette nouvelle relation souhaitée prenne également acte du fait que la politique d'assimilation par les pensionnats, qui a duré quelque 100 ans, continue d'entraîner des effets négatifs dans nos communautés. Malgré le programme fédéral de guérison, vieux de huit ans, les séquelles sont très présentes et se feront sentir encore quelques générations.
C'est le message que je compte porter au premier ministre et que je souhaite qu'il entende. Il me semble qu'il s'agit là d'un exemple de ce que devrait vouloir dire cette rencontre «Couronne-Premières Nations»... du moins j'espère! Il faut que la date du 24 janvier 2012 devienne mémorable, non seulement pour les Premières Nations, mais pour tous les Canadiens. À défaut d'une réception positive, nous devrons prendre d'autres moyens de faire valoir nos droits, moyens qui nous rendront certainement un peu plus «visibles»!
Pour s'y rendre, il faut emprunter des chemins forestiers, chemins construits contre notre gré et qui ont permis le saccage de nos territoires de chasse (nous sommes la seule nation au Québec à avoir subi deux cycles de prélèvements forestiers sans jamais avoir reçu de compensations pour les impacts importants qui en ont découlé). Il faut beaucoup de temps pour aller d'un endroit à l'autre. Chez nous, on compte en heures de trajet, pas en kilomètres. Avec plus 6000 membres, la Nation atikamekw nehirowisiw est la cinquième nation autochtone du Québec. Mais elle demeure inconnue.
Comme bien d'autres Premières Nations, nos problèmes sont nombreux et les défis sont grands. Depuis plusieurs années, nous nous battons pour de meilleures conditions socioéconomiques, l'accès à des ressources accrues et la possibilité d'offrir un avenir intéressant à nos jeunes. Parfois, j'ai l'impression que nos efforts sont inutiles, que malgré les beaux discours, les politiciens canadiens n'ont pas le courage de poser les gestes nécessaires pour véritablement mettre fin à la discrimination dont nous sommes victimes et tisser un véritable partenariat avec nous.
Entre l'inquiétude et l'espoir
C'est donc avec inquiétude mais aussi avec un peu d'espoir que j'entrevois cette rencontre inédite qui aura lieu [demain] entre les chefs des Premières Nations du Canada et le premier ministre Stephen Harper. À titre de Grand Chef élue de la Nation atikamekw, j'y serai et j'y porterai les voeux et les aspirations de mon peuple. Le principal souhait que nous avons, et qui est partagé par l'ensemble des chefs que je connais, est que le gouvernement prenne un virage draconien afin de véritablement renouveler, voire modifier, notre relation.
Nous attendons ce geste depuis plus de douze ans, c'est-à-dire depuis la publication du rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones. Dans ses toutes premières pages d'un rapport faisant plus de 1000 pages, la Commission affirmait que «les Canadiens rejettent le paternalisme du passé et reconnaissent que les Autochtones sont les mieux placés pour définir leurs intérêts et en assurer la promotion». Or, nous sommes toujours victimes du même système paternaliste et colonialiste qui nuit au développement de nos peuples. Encore aujourd'hui, le gouvernement fédéral applique un grand nombre de politiques qui maintiennent nos communautés dans la dépendance. Tous nos services sont sous-financés (éducation, santé, logement, sécurité publique, etc.). Des cas comme celui d'Attawapiskat, il y en a partout au Québec et au Canada.
Logement et éducation
Depuis plusieurs années, nous avons fait la démonstration de ces sous-financements, le plus scandaleux étant probablement le sous-financement des mesures d'aide au logement. Partout, nos maisons sont surpeuplées. Ce manque de logement contribue à l'accroissement des problèmes de santé et des problèmes sociaux dans nos communautés. Notre situation est semblable à celle d'Attawapiskat. Faudra-t-il appeler la Croix-Rouge pour que l'on s'en préoccupe?
Nous avons aussi fait la démonstration du sous-financement important de nos systèmes d'éducation. Comment accepter que le financement public d'un étudiant atikamekw soit inférieur à celui d'un étudiant québécois? Surtout lorsqu'on connaît les problématiques socioéconomiques que nous vivons. L'éducation de nos jeunes constitue notre priorité, mais l'appui du gouvernement est trop peu important pour nous permettre de répondre aux seuls besoins de base. Faute de ressources, il nous est difficile de maintenir nos jeunes à l'école et de leur insuffler confiance en leur avenir.
Un futur traité
Comme Grand Chef de la Nation atikamekw nehirowisiw, je me rendrai à Ottawa pour rencontrer M. Harper et lui rappeler ses responsabilités, mais aussi pour lui tendre la main et l'inviter à engager une véritable réconciliation avec nous. Car je conserve encore l'espoir d'un avenir meilleur pour notre nation. Cet espoir repose principalement sur nos jeunes, qui représentent 60 % de la population et qui manifestent le désir de préserver leur identité et leur culture. Nous sommes l'une des rares nations au Canada qui parle encore sa langue à 95 %.
Autre raison d'être optimiste: de toutes les Premières Nations au Canada, les Atikamekw forment certainement l'une des rares pouvant aspirer à la conclusion prochaine d'une entente de revendications territoriales, c'est-à-dire un traité moderne. Ce serait le premier au Québec depuis la signature de la Convention de la Baie-James et du Nord-Est québécois avec les nations crie, inuite et naskapie. Il ne manque pas grand-chose pour atteindre cet objectif. Ensemble, lors d'une assemblée spéciale des membres atikamekw, nous avons convenu d'engager un blitz de négociations avec les gouvernements fédéral et provincial qui nous mènerait à la conclusion d'une entente de principe d'ici deux ans.
Nous avons la motivation pour le faire... il ne manque que notre partenaire fédéral. Or, nous attendons depuis deux ans que le gouvernement renouvelle le mandat de son négociateur. Entre-temps, nous avons fait de grands pas avec le gouvernement québécois, mais nous sommes obligés de faire du surplace sur les questions touchant les compétences fédérales. Pourquoi cette lenteur? C'est incompréhensible, considérant que cette revendication est en pourparlers depuis plus de 30 ans et que nos négociations nous ont coûté environ 30 millions. Tous ces efforts mériteraient que l'on poursuive et que l'on investisse quelques ressources supplémentaires nous permettant d'en venir à bout.
Pour être visibles
Évidemment, nous ne vendrons pas notre âme au diable en échange de ce traité. Celui-ci doit reposer sur une véritable reconnaissance de nos droits, étape nécessaire avant de nous réconcilier et de rétablir les ponts. Il faut que cette nouvelle relation souhaitée prenne également acte du fait que la politique d'assimilation par les pensionnats, qui a duré quelque 100 ans, continue d'entraîner des effets négatifs dans nos communautés. Malgré le programme fédéral de guérison, vieux de huit ans, les séquelles sont très présentes et se feront sentir encore quelques générations.
C'est le message que je compte porter au premier ministre et que je souhaite qu'il entende. Il me semble qu'il s'agit là d'un exemple de ce que devrait vouloir dire cette rencontre «Couronne-Premières Nations»... du moins j'espère! Il faut que la date du 24 janvier 2012 devienne mémorable, non seulement pour les Premières Nations, mais pour tous les Canadiens. À défaut d'une réception positive, nous devrons prendre d'autres moyens de faire valoir nos droits, moyens qui nous rendront certainement un peu plus «visibles»!
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