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Relations entre la Couronne et les Premières Nations - La rencontre de la dernière chance

Éva Ottawa - Grand Chef du Conseil de la Nation atikamekw  23 janvier 2012  Canada
Une vingtaine de familles ont dû être évacuées de la réserve d’Attawapiskat, en Ontario, en décembre dernier, en raison d’une crise du logement. Les autochtones de cette réserve vivent sans eau courante et sans services sanitaires adéquats. Le problème du logement est endémique dans beaucoup de réserves au Canada, y compris au Québec.<br />
Photo : Agence Reuters Frank Gunn
Une vingtaine de familles ont dû être évacuées de la réserve d’Attawapiskat, en Ontario, en décembre dernier, en raison d’une crise du logement. Les autochtones de cette réserve vivent sans eau courante et sans services sanitaires adéquats. Le problème du logement est endémique dans beaucoup de réserves au Canada, y compris au Québec.
Richard Desjardins parlait de la nation algonquine comme d'un «peuple invisible». Il a raison et on pourrait en dire autant de plusieurs autres premières nations. Qui connaît la Nation atikamekw nehirowisiw? Personne ne parle de nous, personne ne s'intéresse à nous. Pourtant, nous sommes bien présents et occupons depuis des millénaires un vaste territoire du Québec. Ce territoire, nous l'appelons le Nitaskinan. Mais depuis l'imposition de la Loi sur les Indiens, mon peuple a été forcé de se replier dans trois petites parcelles de terre situées dans des coins reculés des régions de la Mauricie, des Bois-Francs et de Lanaudière.

Pour s'y rendre, il faut emprunter des chemins forestiers, chemins construits contre notre gré et qui ont permis le saccage de nos territoires de chasse (nous sommes la seule nation au Québec à avoir subi deux cycles de prélèvements forestiers sans jamais avoir reçu de compensations pour les impacts importants qui en ont découlé). Il faut beaucoup de temps pour aller d'un endroit à l'autre. Chez nous, on compte en heures de trajet, pas en kilomètres. Avec plus 6000 membres, la Nation atikamekw nehirowisiw est la cinquième nation autochtone du Québec. Mais elle demeure inconnue.

Comme bien d'autres Premières Nations, nos problèmes sont nombreux et les défis sont grands. Depuis plusieurs années, nous nous battons pour de meilleures conditions socioéconomiques, l'accès à des ressources accrues et la possibilité d'offrir un avenir intéressant à nos jeunes. Parfois, j'ai l'impression que nos efforts sont inutiles, que malgré les beaux discours, les politiciens canadiens n'ont pas le courage de poser les gestes nécessaires pour véritablement mettre fin à la discrimination dont nous sommes victimes et tisser un véritable partenariat avec nous.

Entre l'inquiétude et l'espoir

C'est donc avec inquiétude mais aussi avec un peu d'espoir que j'entrevois cette rencontre inédite qui aura lieu [demain] entre les chefs des Premières Nations du Canada et le premier ministre Stephen Harper. À titre de Grand Chef élue de la Nation atikamekw, j'y serai et j'y porterai les voeux et les aspirations de mon peuple. Le principal souhait que nous avons, et qui est partagé par l'ensemble des chefs que je connais, est que le gouvernement prenne un virage draconien afin de véritablement renouveler, voire modifier, notre relation.

Nous attendons ce geste depuis plus de douze ans, c'est-à-dire depuis la publication du rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones. Dans ses toutes premières pages d'un rapport faisant plus de 1000 pages, la Commission affirmait que «les Canadiens rejettent le paternalisme du passé et reconnaissent que les Autochtones sont les mieux placés pour définir leurs intérêts et en assurer la promotion». Or, nous sommes toujours victimes du même système paternaliste et colonialiste qui nuit au développement de nos peuples. Encore aujourd'hui, le gouvernement fédéral applique un grand nombre de politiques qui maintiennent nos communautés dans la dépendance. Tous nos services sont sous-financés (éducation, santé, logement, sécurité publique, etc.). Des cas comme celui d'Attawapiskat, il y en a partout au Québec et au Canada.

Logement et éducation

Depuis plusieurs années, nous avons fait la démonstration de ces sous-financements, le plus scandaleux étant probablement le sous-financement des mesures d'aide au logement. Partout, nos maisons sont surpeuplées. Ce manque de logement contribue à l'accroissement des problèmes de santé et des problèmes sociaux dans nos communautés. Notre situation est semblable à celle d'Attawapiskat. Faudra-t-il appeler la Croix-Rouge pour que l'on s'en préoccupe?

Nous avons aussi fait la démonstration du sous-financement important de nos systèmes d'éducation. Comment accepter que le financement public d'un étudiant atikamekw soit inférieur à celui d'un étudiant québécois? Surtout lorsqu'on connaît les problématiques socioéconomiques que nous vivons. L'éducation de nos jeunes constitue notre priorité, mais l'appui du gouvernement est trop peu important pour nous permettre de répondre aux seuls besoins de base. Faute de ressources, il nous est difficile de maintenir nos jeunes à l'école et de leur insuffler confiance en leur avenir.

Un futur traité

Comme Grand Chef de la Nation atikamekw nehirowisiw, je me rendrai à Ottawa pour rencontrer M. Harper et lui rappeler ses responsabilités, mais aussi pour lui tendre la main et l'inviter à engager une véritable réconciliation avec nous. Car je conserve encore l'espoir d'un avenir meilleur pour notre nation. Cet espoir repose principalement sur nos jeunes, qui représentent 60 % de la population et qui manifestent le désir de préserver leur identité et leur culture. Nous sommes l'une des rares nations au Canada qui parle encore sa langue à 95 %.

Autre raison d'être optimiste: de toutes les Premières Nations au Canada, les Atikamekw forment certainement l'une des rares pouvant aspirer à la conclusion prochaine d'une entente de revendications territoriales, c'est-à-dire un traité moderne. Ce serait le premier au Québec depuis la signature de la Convention de la Baie-James et du Nord-Est québécois avec les nations crie, inuite et naskapie. Il ne manque pas grand-chose pour atteindre cet objectif. Ensemble, lors d'une assemblée spéciale des membres atikamekw, nous avons convenu d'engager un blitz de négociations avec les gouvernements fédéral et provincial qui nous mènerait à la conclusion d'une entente de principe d'ici deux ans.

Nous avons la motivation pour le faire... il ne manque que notre partenaire fédéral. Or, nous attendons depuis deux ans que le gouvernement renouvelle le mandat de son négociateur. Entre-temps, nous avons fait de grands pas avec le gouvernement québécois, mais nous sommes obligés de faire du surplace sur les questions touchant les compétences fédérales. Pourquoi cette lenteur? C'est incompréhensible, considérant que cette revendication est en pourparlers depuis plus de 30 ans et que nos négociations nous ont coûté environ 30 millions. Tous ces efforts mériteraient que l'on poursuive et que l'on investisse quelques ressources supplémentaires nous permettant d'en venir à bout.

Pour être visibles


Évidemment, nous ne vendrons pas notre âme au diable en échange de ce traité. Celui-ci doit reposer sur une véritable reconnaissance de nos droits, étape nécessaire avant de nous réconcilier et de rétablir les ponts. Il faut que cette nouvelle relation souhaitée prenne également acte du fait que la politique d'assimilation par les pensionnats, qui a duré quelque 100 ans, continue d'entraîner des effets négatifs dans nos communautés. Malgré le programme fédéral de guérison, vieux de huit ans, les séquelles sont très présentes et se feront sentir encore quelques générations.

C'est le message que je compte porter au premier ministre et que je souhaite qu'il entende. Il me semble qu'il s'agit là d'un exemple de ce que devrait vouloir dire cette rencontre «Couronne-Premières Nations»... du moins j'espère! Il faut que la date du 24 janvier 2012 devienne mémorable, non seulement pour les Premières Nations, mais pour tous les Canadiens. À défaut d'une réception positive, nous devrons prendre d'autres moyens de faire valoir nos droits, moyens qui nous rendront certainement un peu plus «visibles»!
 
 
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  • Yves Côté - Abonné
    23 janvier 2012 04 h 31
    Un pas...
    Un pas dans la bonne direction n'est jamais perdu, Madame Ottawa.
    Même si je doute, aujourd'hui encore plus qu'hier, de la véritable bonne foi du Canada.
    Du républicain indécrottable que je suis, que mes modestes mais sincères souhaits de réussite vous accompagnent, vous et votre peuple.
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  • Rodrigue Tremblay - Inscrit
    23 janvier 2012 09 h 38
    «Tous nos services sont sous-financés »
    Hier, les Coulisses du pouvoir révélaient qu'une année scolaire coutait 11K pour un enfant autochtone contre 7k pour un enfant non-autochtone. Effectivement, nos services sont sous-financés.
    En plus, vous nous apprenez qu'on vous a donné 30 millions pour alimenter les avocats de Bay Street (c'est 5k par Atikamekw!)
    Pas à dire, faut que ca change!
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  • Pierre Rousseau - Inscrit
    23 janvier 2012 11 h 49
    Bonne chance!
    Je vous souhaite à vous et aux autres représentants des peuples autochtones du Canada la meilleure des chances dans vos discussions avec le PM Harper. Vous faites preuve d'une très grande résilience face à une histoire qui ne vous a pas bien servi. On se rappellera que l'administration Harper a annulé l'entente de Kelowna entre le fédéral, les provinces, les territoires et les peuples autochtones du Canada dès qu'ils ont pris le pouvoir quelques semaines après l'entente. La bonne foi de la «couronne» reste donc encore à démontrer.

    Mais il faut avoir espoir dans l'avenir car de plus en plus de citoyens reconnaissent la validité des revendications des peuples autochtones, autant au Canada qu'à travers le monde, et cela devient de plus en plus reconnu juridiquement comme une question de droits humains fondamentaux.

    Quant aux 30 millions $ de dépenses pour les négociations, comme pour bien d'autres peuples autochtones, si ce sont des prêts du fédéral pour permettre aux Premières Nations de négocier à égalité avec les avocats du gouvernement, lorsque survient un règlement et un traité, ladite Première Nation doit le rembourser à même les compensations qu'elle recevra.
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  • Francois Dorion - Abonné
    23 janvier 2012 12 h 40
    La nature des droits ancestraux
    Les droits ancestraux des Amérindiens ne sont pas des droits de piller ceux qui exercent une industrie légitime sur un territoire relevant de la nation canadienne, mais des droits à continuer une industrie qu'ils exerçaient ancestralement sur des territoires, et de signer des traités leur permettant d'obtenir compensation pour l'extinction des ces activités d'une façon qui leur permet de subsister et de transformer leur activité ancestrale en une activité qui tienne compte de la réalité du monde moderne. Un des premiers objectifs qu'ils doivent avoir dans cette perspective est l'éducation de leurs jeunes de façon à leur permettre d'adapter la réalité moderne à leur culture. Pourm cela ils doivent faire appel à dfes coopérants et autres ressources extérieures qui leur fourniront les moyens de s'adapter si le maintien de leur activité ancestrale s'avère impossible. Il est évident que le financement est capital pour cela, mais une attitude attentiste ne permettra pas de régler tous les problèmes.
    Je ne crois pas que les amérindiens doivent considérer Harper comme leur dernière chance. Il s'est montré plutôt insensible par le passé à leurs revendications. Ils doivent plutôt choisir un interlocuteur qui ne soit pas féru d'antagonisme et de combat.
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  • Notsag - Abonné
    23 janvier 2012 13 h 19
    6,000 vs 30 millions. Qu'est-ce qu'il y a à négocier, sinon sa disparition?
    Bonjour Mme Ottawa,

    Après 30 ans de négociations, vous avez encore espérance de les voir aboutir? Combien de temps vous faudra-t-il pour comprendre que ces négociations n'aboutiront que lorsque vous accepterez de disparaître.

    Vos négociations avec Québec semblent mieux se dérouler. Avez-vous considéré d'appuyer un parti indépendantiste?

    Ou, dans vos négociations avec Ottawa, pourquoi ne pas leur demander de céder au Québec leur l'autorité sur les indiens du Québec?

    Négocier dans un plus petit ensemble ne vous donnera aucune garantie, mais il me semble que vous seriez en meilleure position.

    Bon courage!
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  • Robert Henri - Inscrit
    24 janvier 2012 11 h 47
    Un point tournant
    Il semble qu'encore deux nations étrangères qui se connaissent mal l'une et l'autre malgré des siècles de coexistence sinon par leur côté le plus haïssable ou le plus ridicule. Avec le gouvernement Harper, j'ai bien peur mais, attendons voir ce qu'il va dire. Ils ne vont pas changer leurs vieilles habitudes au Fédéral en une journée.
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  • Sebastien Desaulniers - Inscrit
    24 janvier 2012 13 h 57
    M. Tremblay: les écoles autochtones sont effectivement sous-financées
    Malheureusement, votre commentaire est mal informé et je dois avouer que vous n'êtes pas autant à blâmer que le simplisme tendencieux du clip de l'émission "les coulisses du pouvoir" que vous citez.

    En bref, on compare ici des incomparables sans faire les mises en garde appropriées. Dans ce clip, on parle du financement alloué par élève, alors qu'on nous laisse croire qu'il y a là une adéquation avec le financement alloué aux écoles sur réserve. Or, il se trouve qu'une partie du financement par élève est dirigée vers les écoles publiques provinciales qui accueuillent des élèves autochtones (notamment au secondaire, mais pas uniquement). Les sommes par enfant dont disposent les écoles de bande en sont donc grandement amoindries.

    De plus, le genre de comparaison que l'on propose dans l'émission ne rend pas suffisamment compte des particularités géographiques et des besoins spécifiques des écoles de bande. Lorsqu'on compare le financement des élèves autochtones sur réserve avec le financement alloué aux élèves allochtones des écoles de la même région et avec des besoins comparables, on se retrouve avec un sous-financement des élèves autochtones d'au moins 30%, parfois bien davantage.

    Enfin, on ne mentionne pas non plus que l'indexation des sommes allouées aux élèves autochtones est moitié moindre que celles allouées aux élèves allochtones, ce qui limite la mise à niveau en matière de services complémentaires comme les bibliothèques, infrastructures, cheminements professionnels et technologies pédagogiques, sans parler des projets parascolaires dont bénéficient, par example, les autres élèves québécois.

    Je vous invite à consulter le site du Conseil en Éducation des Premières Nations du Québec et du Labrador qui a mené à cet effet des recherches détaillées sur ce problème (qui n'est pas le seul à dénoncer).
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