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Un parti en rémission

Chantal Hébert   16 janvier 2012  Canada
La vieille garde se rend... même si elle ne meurt pas. J'ai assisté pour la première fois à un congrès du PLC en 1984 lorsque le parti a choisi le successeur de Pierre Trudeau. À l'époque, John Turner ne l'aurait pas emporté sur Jean Chrétien si l'establishment libéral n'avait pas fait pencher la balance en sa faveur. On connaît la suite.

Vingt-deux ans plus tard à Montréal, une division au sein des élites du parti aidait Stéphane Dion à se glisser entre deux clans autodestructeurs pour devenir le chef imprévu du PLC. Encore une fois, on connaît la suite.

Les décennies qui ont séparé ces deux congrès ont été marquées par une guerre de factions aux plus hauts échelons du parti qui a contribué puissamment à faire le vide autour du PLC.

En fin de semaine à Ottawa et au terme d'une série de dérapages électoraux, la base militante libérale s'est tardivement résolue à retirer les clés du parti — tout au moins en ce qui touche son leadership — des mains de ses élites querelleuses.

***

Bien des observateurs ont été surpris de voir l'idée d'un mode de scrutin à l'américaine pour choisir le prochain chef libéral séduire suffisamment de militants pour être enchâssée dans sa constitution par la majorité requise de plus des deux tiers.

Pendant les heures qui avaient précédé le vote, plusieurs têtes d'affiche du PLC s'étaient insurgées contre un tel virage populiste. Sauf qu'à Ottawa, ce week-end, des centaines de délégués participaient à leur premier congrès libéral. Parmi eux, il y avait un nombre important de jeunes militants. La nouvelle garde du PLC a fait pencher la balance en faveur du choix du prochain chef au suffrage universel de tous les électeurs intéressés à avoir voix au chapitre.

Le chef intérimaire Bob Rae — qui avait mis tout son poids derrière ce changement — n'est pas étranger à ce nouveau rapport de forces. Mais ses deux prédécesseurs non plus.

Dans son état actuel, le PLC est moins le parti de Pierre Trudeau que celui des enfants de Michael Ignatieff et de Stéphane Dion. Les deux derniers chef du PLC n'ont pas conquis l'électorat, mais ils ont favorisé l'avènement d'une génération montante de jeunes libéraux séduits par l'ouverture internationale de Michael Ignatieff et le virage vert de Stéphane Dion.

***

Le succès d'estime populaire remporté par la gauche française, qui a mis le concept de suffrage universel à l'épreuve lors du choix de François Hollande comme candidat présidentiel l'automne dernier, n'est pas étranger au virage adopté par le PLC ce week-end.

Mais sa propre situation exigeait un tel changement. Plus du tiers des circonscriptions fédérales sont orphelines. Bon nombre de ces circonscriptions sont situées dans des régions où le PLC n'a pas de racines provinciales.

L'adhésion formelle à un parti politique est de moins en moins dans l'air du temps. Les conservateurs de Stephen Harper ont démontré que le financement populaire ne carbure plus à une marque de commerce — aussi respectable soit-elle —, mais plutôt au marketing d'idées politiques.

Dans cet esprit, par exemple, la restauration monarchique en cours depuis les élections du 2 mai s'inscrit davantage dans la fidélisation d'une certaine clientèle conservatrice que dans une refonte des valeurs canadiennes.

La course néodémocrate actuelle démontre qu'un vote aux élections ne se traduit pas facilement en adhésion à un parti. La difficulté des candidats au leadership néodémocrate — y compris Thomas Mulcair — à enrôler suffisamment de membres pour donner au Québec une voix minimalement respectueuse de son poids démographique, dans le choix du successeur de Jack Layton, en témoigne.

À moyen terme, le salut du PLC passe par le Québec. Mais le parti qui porte encore les stigmates de l'affaire des commandites et qui est identifié par une tranche importante de l'électorat progressiste au Québec au courant ultrafédéraliste n'a pas vraiment d'autre choix que de sortir des sentiers battus pour retrouver le chemin du coeur des électeurs.

À Ottawa, ce week-end, le Québec comptait pour environ 10 % des délégués. Ceci expliquant cela, c'est la première fois en 40 ans que la question québécoise est à ce point absente des débats d'un congrès libéral fédéral.

À terme, c'est peut-être un mal pour un bien. Ces dernières années, le PLC a décliné dans la faveur populaire au Québec de concert avec le Parti québécois. Mais contrairement au PQ, le PLC n'a pas besoin de la question nationale pour justifier son existence. La reconquête du Québec, si elle doit avoir lieu, devra se faire sur d'autres bases que celles d'une guerre de drapeaux. Nonobstant le congrès du week-end, le Parti libéral n'en est pas là.

En attendant, il convient de parler du PLC comme d'un parti en rémission plutôt qu'une formation en voie de guérison assurée.

***

Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.
 
 
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  • Marc-Antoine Daneau - Abonné
    16 janvier 2012 05 h 40
    Ah bon?
    "À moyen terme, le salut du PLC passe par le Québec."

    Vue comme ça, ils sont aussi bien de déclarer faillite immédiatement! Plus jamais les Québécois ne feront confiance au PLC.
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  • Michel Fontaine - Abonné
    16 janvier 2012 07 h 16
    Le PLC et le Québec
    Et pourquoi, Monsieur Daneau, les Québécois ne feraient plus jamais confiance au PLC ?
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  • Normand Carrier - Abonné
    16 janvier 2012 08 h 59
    Pourquoi monsieur Fontaine ?
    Parce que le PLC nous a démontré ses fourberies et de quoi il est capable avec les commandites ..... Il a alors atteint le fond du baril et les Québécois sont très loin de lui redonner sa confiance .......
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  • Charles F. Labrecque - Abonné
    16 janvier 2012 09 h 11
    Une question absente
    Madame Chantal, votre résumé commenté du congrès reflète assez bien la situation du parti au Québec. Cependant je note pour avoir suivi en parti le congrès par internet je constate qu'une qu'une question importante qui préoccupe les québécois c'est la question de la centralisation que P.T et J.C ancien premiers ministres ont toujours défendus contre la volonté des québécois. Comme vous le savez mon implication au parti je vous assure qu'aussi longtemps que le parti ne s’engagera pas à modifier cette politique les québécois bouderont le parti.
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  • Laurent Labrecque - Abonné
    16 janvier 2012 09 h 15
    Une guerre de drapeaux?
    Je suis étonné qu'une journaliste de votre trempe ramène la question nationale à une guerre de drapeaux. Cette façon de voir et de dire ne serait-elle qu'une autre manifestation de la réduction de la question nationale à une quantité négligeable qu'entraîne la perte d'appuis des Québécois au projet d'indépendance et au principal porteur du projet, le Parti Québécois?

    Laurent Labrecque
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  • jeanclro - Abonné
    16 janvier 2012 09 h 58
    Les québecois et le PLC
    Ont oubli que la plupart des gens qui ont été mêlé au scandale des commandites étaient des Québecois..Ça ne fait de tous les québecois des croches!
    Je crois que tout les partis devraient s'unir juste pour une élection afin que harper disparait,,Mon père dirait de lui qui est un résipère.Un Cancer pour le Canada!
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  • Johanne Lavallée Bernard Dupuis - Abonné
    16 janvier 2012 10 h 00
    Une columnist politique canadian
    Peut-être que certains lecteurs du Devoir ont beaucoup d'admiration pour Mme Hebert. Toutefois, ce n'est pas mon cas. Je la vois comme ce genre de francophones hors Québec partageant cette idée que le Québec est une «canadian province» comme les autres.

    Aujourd'hui, elle affirme tout bonnement que c'est «peut-être un mal pour un bien» que la question québécoise soit absente des débats d'un congrès libéral fédéral pour la première fois depuis quarante ans. À en croire Mme Hébert, la question du Québec ne se réduit qu'à de vulgaires petites guerres de drapeaux... Par conséquent, il faudrait, pour le parti libéral, reconquérir le Québec sur d'autres bases.

    Toutefois, elle ne sait pas trop quelles pourraient être ces «autres bases». Il me semble que Mme Hébert doit bien savoir que vouloir faire du Québec une province comme les autres est dénué de fondements économiques, culturels et politiques. C'est peut-être le rêve des fédéralistes, mais c'est un déni de la réalité dont le parti NDP-NPD commence enfin à se rendre compte. Faudrait-il que le parti libéral en soit aussi affligé? À moins de faire comme le parti conservateur qui comprend maintenant que le Québec est à ce point différent qu'il ne sert à rien de lui parler de valeurs comme la monarchie, la liberté du port d'armes ou la supériorité des prisons sur la réhabilitation. Toutefois, comment l'envoyer chez le bonhomme lorsqu'on sait qu'il fournit à Ottawa, par les taxes et impôts de ses citoyens, près de cinquante milliards $ par année? Et de plus, comment oublier que la grande majorité de la population parle encore, «O my gosh», le français?

    Bernard Dupuis, Berthierville
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  • L'ex-Canard - Inscrit
    16 janvier 2012 10 h 18
    Dead duck
    Un dead duck est beaucoup mieux mort et enterré.
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  • AGL - Inscrit
    16 janvier 2012 11 h 31
    Automatisme
    On est très loin du PLC de Pierre Trudeau ou Jean Chrétien. C'était la face révélée du Québec anti-nationaliste qui s'exprimait à chaque vote, en plus des nationalistes qui se disaient : tant qu'à faire, ça va être un Québécois. Le pays nous appartient certainement à moitié ou mieux, alors c'est pas un Anglais qui va venir nous dicter quoi faire de l'autre côté de la frontière outaouaise.

    Qu'est-ce qui reste de ça après les commandites ? Ce qui m'étonne tout de même, c'est qu'on s'est pas rappelé bien longtemps les scandales de Mulroney, alias Charlie Brown, car nous avons sans broncher, élu Jean Charest pour notre guidance (à lire entre guillemets) et ce, mandat après mandat. Y'en a même pour avoir peur qu'on récidive.

    Avez-vous écouté le président par intérim à Tout l'monde en parle lorsqu'il est passé. Gentil bonhomme, mais oh combien loin-loin de nous. Le PLC n'a pas à reconquérir les Québécois sur la base que le Québec est ce qu'il est ? C'est saugrenue comme affirmation et de l'automatisme, de dire ça.

    Chère Madame Hébert, j'ai souvent dit à ma fille : s'il y avait quelqu'un à qui je confierais mes enfants, c'est à Chantal Hébert. Cette madame est tellement... gentille, sans arrière-pensée. Je me souviens d'un gros mensonge d'Harper où vous aviez déclaré avec toute la bonne foi du monde que vous ne pouviez croire que le Premier Ministre mentait, sinon que vous aurait-il rester si ce mensonge s'avérait en être un vrai... J'étais hallucinée. Comment une journaliste peut faire du journalisme en croyant qu'il y a des fonctions exemptes de mauvaise foi, de mensonges, de traîtrise, de manipulations et voire même, d'inhumanité ? C'est juste en Syrie que ça arrive. Pas ici. Ici on est pur et on n'a rien contre le Québec, sinon qu'on le trouve un peu braqué. Ici, les Québecois sont Québécois juste de temps à autre... Seigneur Madame Hébert !
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  • ghislaine fortin - Inscrite
    16 janvier 2012 12 h 26
    Double discours.....
    MM. Trudeau et Chrétien avaient deux discours: un pour le Québec et un autre pour le ROC, ce dernier discours caractérisé à faire le matamore contre le premier.

    La loi des mesures de guerre est une tache indélébile pour M. Trudeau. Des vérités gênantes commencent à poindre et décrédibilise le pouvoir en place du temps. Personne ou presque ne croit à la blancheur de M. Chrétien dans l'affaire des commandites.....

    On a beau dire que les électeurs n'ont pas de mémoire ou si peu....mais je crois que ce que vit le Parti libéral, à jouer trop longtemps à jeter de la poudre aux yeux des québécois, n'est qu'un juste retour des choses.

    Retrouver la faveur des québécois sera long et pénible et je dirais même une tâche surhumaine. Comment réussir? J'ai toujours aimé suivre la politique et j'ai souvent réfléchi à cette question. Je ne vois qu'une étendue désertique.
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  •  
  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné
    16 janvier 2012 18 h 56
    Columnist?
    Mme Hébert est présentée ici comme « columnist » Est-ce que "columnist" est un mot français?

    Il me semble que dans un journal francophone on devrait porter plus d'attention aux anglicismes. Chroniqueure ferait très bien l'affaire.
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  •  
  • Notsag - Abonné
    16 janvier 2012 20 h 47
    Quand les masques tombent...
    Dans ses grandes années, le PLC a toujours été très habile à donner l'illusion qu'il travaillait pour les québécois. En réalité, son pain et son beurre provenait du ROC, et il gouvernait vraiment pour eux.

    C'est tout à fait normal. C'est la majorité qui détermine qui quel parti prendra le pouvoir. Et cette majorité, c'est le ROC.

    Je crois que la récente performance du NPD a ouvert les yeux de bien des québécois. Lorsque les intérêts du Québec et du ROC sont en opposition, ceux du ROC vont toujours gagnés. C'est mathématique. Même si c'est le Québec qui a mis le NPD comme opposition officielle, celui-ci ne peut faire autrement que de préserver ses intérêts dans le ROC.

    Le PLC est exactement dans la même situation.

    Attendez-vous à un grand retour du Bloc dans quatre ans. Les québécois ont enfin compris qu'ils ne pourront jamais gagné au fédéral. Il s'en remettront à une opposition qui travaillera honnêtement dans les intérêts du Québec.
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  •  
  • Gilles Théberge - Abonné
    16 janvier 2012 21 h 39
    Vous avez raison
    Et c'est exactement ce que je pense moi du parti libéral fédéral. Outre le fait que c'est unparti évidemment fédéraliste, mais plus encore il est dans mon esprit identifié au courant ultrafédéraliste et reste le parti des commandites.

    On soupçonne qu'une partie des malfrats du parti libéral ne seront jamais inquiété. Maintenant qe le fretin a été condamné les vrai responsables, dont notamment Jean Chrétien ont même réussi à se faire payer des compensations parce qu'on les a soupçonné trop fort d'être la clé de ce scandale puant.

    On continue de le penser mais ils s'en tirent sans payer les conséquences de leurs gestes, sans assumer leurs responsabilités.

    Alors le parti libéral voyez-vous...
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  •  
  • Marie-France Legault - Inscrit
    21 janvier 2012 17 h 28
    D'accord avec vous
    Mme Chantale Hébert...

    "Contrairement au P.Q. le
    P.L.C. n'a pas besoin de la question nationale pour JUSTIFIER
    son existence"..

    la question nationale laisse de plus en plus les québécois INDIFFÉRENTS
    et blasés...
    cette question, qui.... semble-t-il se règlerait par la SÉCESSION
    est un leurre...
    depuis 1968 qu'on se fait écoeurer par les nationalistes frustrés.
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