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Oléoduc - Tirer sur le messager

Jean-Robert Sansfaçon   16 janvier 2012  Canada
Le début houleux des audiences concernant le projet d'oléoduc Northern Gateway qui doit acheminer le pétrole de l'Alberta jusqu'au Pacifique est à l'image de tous les débats du genre qui se tiennent désormais en pays démocratiques. Il procède du droit des citoyens de participer aux décisions qui les affectent. Malheur aux élus qui voudront imposer leurs choix de façon unilatérale au nom de ce bon vieux concept de progrès rebaptisé «création-de-richesse»!

D'un bout à l'autre du Canada, l'abondance des ressources constitue une source d'activité économique majeure. Malheureusement, la preuve n'est pas faite que leur exploitation se déroule toujours dans le meilleur intérêt des collectivités hôtes, au contraire. On a pu le constater lorsque le gouvernement Charest a donné son appui, d'abord inconditionnel, à l'exploitation des gaz de schiste. Ou encore à travers les travaux du vérificateur général qui ont amené le même gouvernement à se montrer plus exigeant envers les sociétés minières. On l'observe aussi dans l'acharnement du gouvernement Harper à défendre les intérêts des pétrolières.

Dans une lettre ouverte au contenu surréaliste publiée la semaine dernière, le ministre fédéral des Ressources naturelles, Joe Oliver, a poussé le ridicule jusqu'à comparer la lenteur des consultations précédant la réalisation des grands projets contemporains à l'empressement avec lequel on a construit le chemin de fer transcanadien, il y a 125 ans.

Faisant écho aux allégations d'un groupe de pression favorable au «pétrole éthique» de l'Alberta, le ministre a accusé les «radicaux» financés par des intérêts «étrangers» de prendre en otage le processus de consultation entourant le projet Northern Gateway de la société Enbridge. Pourtant, tous les rapports crédibles publiés à ce jour ont montré que la presque totalité de l'argent et des personnes qui ont demandé à être entendues proviennent de Colombie-Britannique, dont une quarantaine de nations autochtones.

En revanche, on ne peut pas en dire autant du lobby favorable au pipeline formé des filiales de sociétés étrangères qui souhaitent exporter «leur» pétrole vers l'Asie. Il faut un sacré culot pour accuser les autres d'intervenir dans ses affaires quand on appartient à un gouvernement qui mène une campagne soutenue pour influencer les autorités américaines afin qu'elles approuvent cet autre projet d'oléoduc, celui de TransCanada, qui doit relier l'Alberta au sud des États-Unis.

En conclusion de sa lettre ouverte, le ministre Oliver annonçait que son gouvernement allait modifier les règles afin d'accélérer le processus de consultation entourant les grands projets canadiens. Voilà qui n'augure rien de bon!

Les gisements pétrolifères, les mines, les forêts génèrent des emplois et des revenus pour bien des gens et pour les gouvernements. Malheureusement, ceux qui les exploitent tentent trop souvent d'imposer la version courte de l'histoire, moins coûteuse mais plus risquée. Aux États-Unis, TransCanada est sur le point de faire connaître un nouveau tracé pour l'oléoduc Keystone XL dont la réalisation est menacée par le refus de l'État du Nebraska. Pourquoi avoir tant attendu? Qui est responsable du retard?

De nos jours, les études et les consultations constituent le moyen le plus adéquat pour obtenir le matériau indispensable à l'arbitrage politique des inévitables conflits entre citoyens et promoteurs. Qu'elles exigent du temps est un moindre mal: elles sont indispensables à la vie démocratique.
 
 
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  • France Marcotte - Abonnée
    16 janvier 2012 08 h 35
    Bien!
    Mais qui peut nous expliquer où trouver dans le même journal la cohérence entre le contenu de cet éditorial aujourd'hui et cet article sur Davos la semaine dernière intitulé: La colère populaire menace la croissance mondiale?

    Ce journal donne le tournis.
    Il ressemble à une courtepointe de morceaux choisis mais mal assortis (tiens, il évoque le logo de la Caq de ces jours-ci...).

    C'est vrai qu'un journal n'est peut-être pas conçu pour être lu attentivement, faut-il s'excuser de le faire?
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  • Jacques Morissette Jacques Morissette - Abonné
    16 janvier 2012 08 h 36
    Le gouvernement Conservateurs est dans une course contre la montre.
    Le gouvernement canadien conservateur se prend maintenant pour le Roi. Les entreprises sont les nouveaux Seigneurs de notre époque.

    Le ministre Oliver dit n'importe quoi. Surtout un discours clinquant de raccourci dans le but d'influencer ceux qui se contentent de regarder la parade.

    C'est l'histoire qui l'affirme, les idéologies ont fait plus de souffrances que le bonheur des peuples. L'aveuglement peut empêcher d'en tirer des leçons.

    Un peu comme du temps des romains, le Canada Conservateurs est dans une course de chars qu'ils veulent gagner à tout prix contre les autres pays.

    Le véritable alpha de la meute n'est jamais le plus pressé. Comme le dit un proverbe japonais: «En atteignant un but, on a manqué tout le reste.»
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  • northernbud - Inscrit
    16 janvier 2012 10 h 11
    @France Marcotte
    Je préfère lire un journal qui donne un peu le "tournis" comme vous le mentionnez qu'une feuille de chou pourrie par l'idéologie comme certaines autre publications malheureusement trop nombreuses. La diversité des points de vue et des débats c'est sain en démocratie.
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  • France Marcotte - Abonnée
    16 janvier 2012 10 h 20
    Ah bon
    C'est donc moi qui n'avait pas compris le sens du mot indépendance...
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  • Pierre Rousseau - Inscrit
    16 janvier 2012 11 h 20
    Écran de fumée!
    Le ministre prétend à cor et à cri que ce projet est indispensable au développement du pays mais personne n'a encore justifié l'exportation de pétrole canadien quand une grande partie du pays dépend toujours de l'importation de pétrole de l'étranger, en particulier l'est du pays qui est beaucoup plus peuplé que l'ouest. Ce qui est encore plus étrange c'est que les pipelines existent entre l'Alberta et l'est du pays (il serait beaucoup plus facile de les doubler en utilisant les mêmes droits de passage) mais on veut quand même construire un autre pipeline vers la côte ouest exclusivement pour l'exportation de pétrole vers l'étranger... Car il ne faut pas se leurrer - il n'y a aucun marché pour le pétrole dans la région de Prince Rupert où ce nouveau pipeline va arriver (ce pourrait être différent si le pipeline arrivait à Vancouver). Qu'en est-il de la sécurité énergétique du pays et des générations à venir?

    Il semble que l'on veuille sacrifier la sécurité énergétique du pays sur l'autel de profits présumés pour les pétrolières qui veulent vendre «au plus sacrant» notre pétrole! L'administration Harper crie comme des putois pour le développement mais ignore complètement la sécurité énergétique du pays et est prêt à sacrifier une des dernières forêts pluviales tempérées et une côte fragile! Quelle logique!
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  • Frédéric Chiasson - Abonné
    16 janvier 2012 19 h 00
    @France Marcotte
    L'article sur le forum de Davos donne le point de vue du forum de Davos, avec une assez bonne objectivité. Nous ne sommes pas obligé d'avoir l'opinion du journaliste à chaque article qu'il écrit. Le Devoir est un journal, pas un essai ou un pamphlet. Un journal garde généralement un minimum d'objectivité dans ses articles d'information. Vous voulez des opinions ? Lisez les chroniques !
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