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    Le rebranding de l'année: l'État canadien

    La monarchie britannique s'est immiscée partout au pays en 2011 sous le règne de Harper

    31 décembre 2011 |Hélène Buzzetti | Canada
    Situé dans le foyer du Sénat le vitrail illustrant les reines Elizabeth II et Victoria a coûté un peu plus de 35 000 $.<br />
    Photo: Source Jake Wright Situé dans le foyer du Sénat le vitrail illustrant les reines Elizabeth II et Victoria a coûté un peu plus de 35 000 $.
    Ottawa — Certains rajeunissent leur décor pour être dans le coup. D'autres changent de nom pour larguer un passé devenu lourd à porter. D'autres encore adoptent un slogan pour présenter leur produit controversé sous un nouveau jour. Tous les moyens sont bons pour repartir à neuf, et l'année 2011 a été riche en rebrandings. Mais celui qui détrône tous les autres au palmarès est sans conteste la transformation du Canada en État régalien.

    La monarchie britannique s'est immiscée partout au Canada en 2011, même entre les murs du parlement à Ottawa. Sans fanfare ni trompette, le gouvernement fédéral a fait installer dans le foyer du Sénat, juste au-dessus de la porte d'entrée principale, un vitrail illustrant les reines Elizabeth II et Victoria. Le but? Célébrer le 60e anniversaire du couronnement de la première et souligner la décision de la seconde de désigner Ottawa capitale du Canada en 1857.

    Le vitrail, fabriqué par l'artiste Christopher Goodman, a coûté un peu plus de 35 000 $. Pourtant, les deux monarques étaient amplement commémorées dans cet endroit du Parlement. Tout à côté trônent un immense portrait de trois mètres de haut de la reine Victoria et un autre de plus de deux mètres de haut d'Elizabeth II. Mais les vitraux, incrustés dans la pierre, résistent au passage du temps et des modes alors que les toiles, elles, peuvent être décrochées.

    C'est justement ce qui est advenu des deux gigantesques oeuvres d'Alfred Pellan qui ornaient jusqu'à cet été l'entrée du prestigieux ministère des Affaires étrangères à Ottawa. Neuf jours avant la visite des tourtereaux royaux, les jeunes Kate et William fraîchement mariés, le gouvernement con-servateur a exigé qu'on retire les toiles de l'artiste québécois pour les remplacer par un petit portrait d'Elizabeth II.

    Des documents ont permis d'apprendre par la suite que le portrait avait été prêté par le bureau de Stephen Harper lui-même parce qu'aucun au-tre n'était disponible dans un délai aussi court. Le bureau du premier ministre désire maintenant le récupérer. Le décrochage a coûté 5900 $, auxquels on doit ajouter un montant non dévoilé pour les plaques de bronze ainsi que le nouveau portrait qui sera nécessaire pour remplacer celui prêté.

    La chef, c'est la reine

    Il n'est plus rare désormais d'entendre parler d'Elizabeth II comme de la «reine du Canada» par les ministres conservateurs. Si l'appellation est factuellement correcte, elle n'était à peu près jamais utilisée auparavant. À un point tel, d'ail-leurs, que même l'ex-gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean, s'était fait pren-dre au jeu en s'autoproclamant chef d'État du Canada, avant d'être rappelée très publiquement à l'ordre par le bureau de Stephen Harper... Quand les ambassades canadiennes ont reçu l'ordre de placer bien en vue un portrait de la «reine du Canada», le gouvernement conservateur a fait valoir que le Canada imitait seulement en cela les «autres pays dans le monde qui affichent des portraits de leur chef d'État dans leurs missions». C'est parce que Stephen Harper lui-même s'était fâché de n'en avoir pas vu au cours d'un voyage officiel à l'étranger que le mot d'ordre a été donné.

    Tous les Canadiens ne visitent pas leur ambassade lorsqu'ils vont à l'étranger. C'est pourquoi le gouvernement a aussi pensé à eux en planifiant d'imprimer des couronnes sur les pages des nouveaux passeports canadiens, à venir en 2012. Pour ceux qui restent à la maison, 2012 sera l'occasion de célébrer en grand la monarchie avec les fêtes du jubilé de diamant d'Elizabeth II. Un budget de 7,5 millions de dollars a été réservé à ces fêtes. Les députés fédéraux ont tous reçu leur trousse de célébration remplie d'épinglettes et de drapeaux à l'emblème du jubilé. Après tout, dixit le ministre du Patrimoine, James Moore, le gouvernement conservateur a reçu le 2 mai dernier «un mandat clair» de célébrer ce 60e anniversaire d'accession au trône.

    L'étiquette royale a aussi fait son chemin jusque dans les rangs militaires, marine et aviation redevenant chacune «royale». Ainsi, le gouvernement conservateur a pu du coup rallier deux symboles qu'il tente d'associer au Canada, soit la royauté et la chose militaire. Dans cette veine, le gouvernement a annoncé cette année que le 200e anniversaire de la guerre de 1812 sera célébré en grand au coût de 70 millions de dollars. Même le Bal de neige, la fête destinée aux enfants organisée par la Commission de la capitale nationale, sera placé sous le signe de ce conflit en février.

    On dit que le moteur de cette transformation se nomme Ray Novak, le secrétaire principal et ami de Stephen Harper. Ray Novak est si proche qu'il a habité au-dessus du garage de Stornoway, la résidence officielle du chef de l'opposition, pendant les quatre années où les Harper y résidaient, partageant souvent leur table. M. Novak est un farouche monarchiste, dit-on. À Ray Novak, pour avoir remporté le prix du rebranding de l'année 2011, il faut donc dire «Chapeau!» À moins que ce ne soit «Couronne!»...

    ***

    Les finalistes

    Les sables bitumineux albertains, qui sont devenus, dans la bouche des militants de droite puis dans celle des ministres conservateurs, «éthiques».

    Les coins café de McDonald's qui, avec leur nouvelle architecture d'inspiration Bauhaus, sont présentés comme des endroits branchés où il fait bon savourer un latte.

    L'Action démocratique du Québec, qui devient la Coalition avenir Québec.

    Le minerai québécois, qui passe de matière à brader à «roche sexy» aux allures disco dans les publicités du regroupement de l'industrie minière Minalliance.

    Cité Rock-Détente, qui devient Rouge FM et se défait du jeu de mots discourtois envers les «matantes» qui l'affligeait.
     
     
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