À surveiller ou à oublier en 2012
François Legault s'est installé en première place dans les sondages sur les intentions de vote en 2011. Sa popularité a survécu à la première phase de la transition de son mouvement en parti politique. Sa CAQ n'a finalement fait qu'une bouchée de l'Action démocratique. Il arrive en tête de liste des personnages auxquels la classe politique canadienne — toutes langues confondues — va s'intéresser en 2012.
Jean Charest est le doyen des premiers ministres. Exception faite de Stéphane Dion, il est le politicien québécois (encore actif) le plus connu au Canada. À Ottawa comme dans les autres capitales provinciales, les paris sont ouverts quant à savoir s'il tirera son épingle du jeu d'une autre campagne électorale. À la veille de grandes manoeuvres sur le financement des programmes sociaux, son sort, dans un sens ou dans l'autre, aura un impact important sur la dynamique fédérale-provinciale.
Thomas Mulcair a été l'un des principaux architectes de la victoire néodémocrate québécoise le 2 mai dernier. Depuis qu'il passe ses semaines à faire campagne pour le leadership dans le Canada profond, le NPD perd du galon au Québec. Mal aimé de l'establishment néodémocrate comme des alliés syndicaux de cette formation, il est néanmoins le seul des neuf candidats qui n'aurait pas besoin, s'il était élu chef, soit 1) d'un siège, 2) d'un cours de français, 3) d'une carte pour se retrouver au Québec, 4) d'un manuel d'instruction pour diriger un parti à la période des questions. On verra s'il réussira à garder son tout nouveau sourire au fil des péripéties que lui réserve 2012.
Bob Rae vient de vivre sa meilleure période politique depuis qu'il a mené le NPD au pouvoir en Ontario en 1990. Mais cela fait également du chef intérimaire du PLC l'homme à battre par ceux des libéraux qui ne voudraient pas voir un transfuge, qui leur a déjà fait perdre le pouvoir à Queen's Park, s'installer en permanence à la direction du parti. Avec un congrès au leadership prévu en 2013, l'année qui va commencer sera celle des grandes décisions pour un politicien (64 ans) qui frise l'âge auquel ses concitoyens prennent normalement leur retraite.
Dalton McGuinty a déjoué bien des prédictions en réussissant à obtenir un troisième mandat en Ontario l'automne dernier. En 2012, il en aura plein les bras à tenter de redresser les finances publiques de sa province tout en assurant la survie d'un gouvernement minoritaire. Mais il devra également continuer de résister aux pressions des nombreux libéraux fédéraux qui le voient comme le seul candidat capable de doubler Bob Rae sur la route du leadership.
Justin Trudeau a fait oeuvre utile en 2011 en s'excluant d'emblée de la prochaine course libérale. Selon lui, le PLC ne peut se permettre de se soustraire à un examen de conscience en se repliant sur un autre présumé messie. On verra en 2012 s'il gardera le cap sur cette bonne résolution, malgré les appels du pied des éternels nostalgiques de sa formation et des paparazzis parlementaires en manque chronique de bonne copie.
Daniel Paillé n'est pas pressé d'aller diriger le Bloc québécois aux Communes. Il a écarté l'hypothèse de demander à un de ses quatre députés de lui céder son comté. Il n'est pas enthousiaste non plus à l'idée de se mettre sur les rangs si une circonscription francophone néodémocrate devait devenir vacante. On peut croire qu'il espère vraiment passer l'année 2012 à l'extérieur du Parlement fédéral. Mais si le PQ est défait aux prochaines élections, qu'ira-t-il faire à Ottawa maintenant qu'il a redéfini la vocation du Bloc en fonction de la réalisation de la souveraineté, plutôt que de la défense des intérêts du Québec?
Denis Coderre a déjà pris beaucoup de place aux Communes et dans son parti, mais c'était avant qu'il ne rende avec fracas son tablier de lieutenant québécois à Michael Ignatieff. Depuis la rentrée parlementaire, il a surtout l'air de se morfondre sur les banquettes de la deuxième opposition. À Ottawa, personne ne serait surpris s'il tirait sa révérence de la scène fédérale pour se consacrer à d'autres défis avant la fin de 2012.
Maxime Bernier avait prévenu ceux qui suivaient son blogue que son contenu allait devenir «un peu différent» dans la foulée de son retour au cabinet. Son dernier billet remonte au mois d'août et il se résume à la transcription d'un discours prononcé aux Communes. Pour le reste, on a surtout vu M. Bernier dans un rôle de soutien aux côtés de collègues ministres moins bilingues mais plus importants. Il faut vraiment que la route entre la Beauce et Ottawa soit monotone pour qu'un mouton noir se transforme en mouton tout court pour recommencer à la parcourir en limousine.
Joyeuses Fêtes, on se reparle en 2012!
***
Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star
Jean Charest est le doyen des premiers ministres. Exception faite de Stéphane Dion, il est le politicien québécois (encore actif) le plus connu au Canada. À Ottawa comme dans les autres capitales provinciales, les paris sont ouverts quant à savoir s'il tirera son épingle du jeu d'une autre campagne électorale. À la veille de grandes manoeuvres sur le financement des programmes sociaux, son sort, dans un sens ou dans l'autre, aura un impact important sur la dynamique fédérale-provinciale.
Thomas Mulcair a été l'un des principaux architectes de la victoire néodémocrate québécoise le 2 mai dernier. Depuis qu'il passe ses semaines à faire campagne pour le leadership dans le Canada profond, le NPD perd du galon au Québec. Mal aimé de l'establishment néodémocrate comme des alliés syndicaux de cette formation, il est néanmoins le seul des neuf candidats qui n'aurait pas besoin, s'il était élu chef, soit 1) d'un siège, 2) d'un cours de français, 3) d'une carte pour se retrouver au Québec, 4) d'un manuel d'instruction pour diriger un parti à la période des questions. On verra s'il réussira à garder son tout nouveau sourire au fil des péripéties que lui réserve 2012.
Bob Rae vient de vivre sa meilleure période politique depuis qu'il a mené le NPD au pouvoir en Ontario en 1990. Mais cela fait également du chef intérimaire du PLC l'homme à battre par ceux des libéraux qui ne voudraient pas voir un transfuge, qui leur a déjà fait perdre le pouvoir à Queen's Park, s'installer en permanence à la direction du parti. Avec un congrès au leadership prévu en 2013, l'année qui va commencer sera celle des grandes décisions pour un politicien (64 ans) qui frise l'âge auquel ses concitoyens prennent normalement leur retraite.
Dalton McGuinty a déjoué bien des prédictions en réussissant à obtenir un troisième mandat en Ontario l'automne dernier. En 2012, il en aura plein les bras à tenter de redresser les finances publiques de sa province tout en assurant la survie d'un gouvernement minoritaire. Mais il devra également continuer de résister aux pressions des nombreux libéraux fédéraux qui le voient comme le seul candidat capable de doubler Bob Rae sur la route du leadership.
Justin Trudeau a fait oeuvre utile en 2011 en s'excluant d'emblée de la prochaine course libérale. Selon lui, le PLC ne peut se permettre de se soustraire à un examen de conscience en se repliant sur un autre présumé messie. On verra en 2012 s'il gardera le cap sur cette bonne résolution, malgré les appels du pied des éternels nostalgiques de sa formation et des paparazzis parlementaires en manque chronique de bonne copie.
Daniel Paillé n'est pas pressé d'aller diriger le Bloc québécois aux Communes. Il a écarté l'hypothèse de demander à un de ses quatre députés de lui céder son comté. Il n'est pas enthousiaste non plus à l'idée de se mettre sur les rangs si une circonscription francophone néodémocrate devait devenir vacante. On peut croire qu'il espère vraiment passer l'année 2012 à l'extérieur du Parlement fédéral. Mais si le PQ est défait aux prochaines élections, qu'ira-t-il faire à Ottawa maintenant qu'il a redéfini la vocation du Bloc en fonction de la réalisation de la souveraineté, plutôt que de la défense des intérêts du Québec?
Denis Coderre a déjà pris beaucoup de place aux Communes et dans son parti, mais c'était avant qu'il ne rende avec fracas son tablier de lieutenant québécois à Michael Ignatieff. Depuis la rentrée parlementaire, il a surtout l'air de se morfondre sur les banquettes de la deuxième opposition. À Ottawa, personne ne serait surpris s'il tirait sa révérence de la scène fédérale pour se consacrer à d'autres défis avant la fin de 2012.
Maxime Bernier avait prévenu ceux qui suivaient son blogue que son contenu allait devenir «un peu différent» dans la foulée de son retour au cabinet. Son dernier billet remonte au mois d'août et il se résume à la transcription d'un discours prononcé aux Communes. Pour le reste, on a surtout vu M. Bernier dans un rôle de soutien aux côtés de collègues ministres moins bilingues mais plus importants. Il faut vraiment que la route entre la Beauce et Ottawa soit monotone pour qu'un mouton noir se transforme en mouton tout court pour recommencer à la parcourir en limousine.
Joyeuses Fêtes, on se reparle en 2012!
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Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star
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