Crise à Attawapiskat - Rien pour la misère
La misère autochtone indiffère. Ce qui devrait être un honteux scandale pour un pays riche comme le Canada est perçu par plusieurs comme la faute des communautés autochtones elles-mêmes. En mettant sous tutelle la réserve ontarienne d'Attawapiskat, les conservateurs n'aident personne mais alimentent les préjugés.
À force d'entendre les débats, tant sur la place publique que ceux aux Communes, on ne sait plus ce qui est le plus triste: l'épouvantable état dans lequel vivent des dizaines de résidants d'Attawapiskat, ou toutes les énormités à l'égard des autochtones qui s'expriment en cette occasion. La plus grossière émanant du gouvernement fédéral lui-même qui met sous tutelle une réserve qui a osé déclarer l'état d'urgence et fait voir à tous son dénuement.
Le premier ministre Stephen Harper ne s'émeut que d'une chose: qu'a donc fait Attawapiskat des 90 millions que le fédéral lui a versés depuis cinq ans? Il sait pourtant que ce montant, que la communauté ne peut pas ventiler à sa guise, était destiné à l'ensemble des besoins de la réserve (de l'éducation à la santé); que seulement 5,8 millions allaient au logement (construction et entretien inclus) alors qu'il en aurait fallu 84 millions pour loger correctement tous les habitants; que la communauté traîne par ailleurs une lourde dette en raison d'un refoulement d'égout subi il y a deux ans et pour lequel l'aide gouvernementale lui a été refusée. Et bien d'autres choses encore.
Le gouvernement n'était d'ailleurs pas très inquiet avant que l'opposition néodémocrate ne monte aux créneaux. Des employés du ministère des Affaires autochtones ont visité 10 fois la réserve cette année, dont trois fois en octobre, et ils n'ont jamais sonné l'alarme. L'argent ne posait alors pas problème? Il n'y a pas de case pour la détresse dans les évaluations du ministère?
Chose sûre, elle ne fait bouger personne au gouvernement: pas un ministre n'ira à Attawapiskat. Tout ce qui importe, ce sont les rapports financiers. Une firme privée sera donc envoyée dans la réserve, au nom du gouvernement, pour vérifier les chiffres. Les humains, eux, n'ont qu'à se rabattre sur la Croix-Rouge.
Les administrations autochtones ne sont certes pas sans défaut. Mais corruption et favoritisme de la part d'élus ne sont pas propres, n'est-ce pas, à ces communautés. Il est odieux que lorsqu'il s'agit des autochtones, les dérives d'individus servent d'excuses à l'inaction. Il faut plutôt entendre l'appel pressant lancé par Sheila Fraser en quittant son poste de vérificatrice générale au printemps: l'accès des autochtones à des services de base va en se détériorant. On parle ici d'eau potable, d'éducation, de services de santé. Et de logement.
On continuera de passer de crise en crise tant qu'il n'y aura pas ce grand rebrassage des cartes auquel nous invitait le rapport Erasmus-Dussault il y a tout juste 15 ans. Il faut sortir de la Loi sur les Indiens, arriver à l'autonomie politique des autochtones, à leur responsabilisation. Mais il faut aussi des milliards de dollars pour réduire les inégalités sociales. C'était si gros que rien n'a bougé, si ce n'est l'espoir suscité par l'accord de Kelowna signé en 2005 par le premier ministre Paul Martin et l'Assemblée de Premières Nations, mais relégué aux oubliettes par le gouvernement conservateur élu deux mois plus tard, qui a renoué avec l'approche paternaliste.
On a su hier que M. Harper tiendra en janvier une rencontre avec les Premières Nations pour discuter de prospérité économique. C'est insuffisant. Ce qu'il faut d'abord, à Attawapiskat comme ailleurs, c'est d'en finir avec la condescendance.
À force d'entendre les débats, tant sur la place publique que ceux aux Communes, on ne sait plus ce qui est le plus triste: l'épouvantable état dans lequel vivent des dizaines de résidants d'Attawapiskat, ou toutes les énormités à l'égard des autochtones qui s'expriment en cette occasion. La plus grossière émanant du gouvernement fédéral lui-même qui met sous tutelle une réserve qui a osé déclarer l'état d'urgence et fait voir à tous son dénuement.
Le premier ministre Stephen Harper ne s'émeut que d'une chose: qu'a donc fait Attawapiskat des 90 millions que le fédéral lui a versés depuis cinq ans? Il sait pourtant que ce montant, que la communauté ne peut pas ventiler à sa guise, était destiné à l'ensemble des besoins de la réserve (de l'éducation à la santé); que seulement 5,8 millions allaient au logement (construction et entretien inclus) alors qu'il en aurait fallu 84 millions pour loger correctement tous les habitants; que la communauté traîne par ailleurs une lourde dette en raison d'un refoulement d'égout subi il y a deux ans et pour lequel l'aide gouvernementale lui a été refusée. Et bien d'autres choses encore.
Le gouvernement n'était d'ailleurs pas très inquiet avant que l'opposition néodémocrate ne monte aux créneaux. Des employés du ministère des Affaires autochtones ont visité 10 fois la réserve cette année, dont trois fois en octobre, et ils n'ont jamais sonné l'alarme. L'argent ne posait alors pas problème? Il n'y a pas de case pour la détresse dans les évaluations du ministère?
Chose sûre, elle ne fait bouger personne au gouvernement: pas un ministre n'ira à Attawapiskat. Tout ce qui importe, ce sont les rapports financiers. Une firme privée sera donc envoyée dans la réserve, au nom du gouvernement, pour vérifier les chiffres. Les humains, eux, n'ont qu'à se rabattre sur la Croix-Rouge.
Les administrations autochtones ne sont certes pas sans défaut. Mais corruption et favoritisme de la part d'élus ne sont pas propres, n'est-ce pas, à ces communautés. Il est odieux que lorsqu'il s'agit des autochtones, les dérives d'individus servent d'excuses à l'inaction. Il faut plutôt entendre l'appel pressant lancé par Sheila Fraser en quittant son poste de vérificatrice générale au printemps: l'accès des autochtones à des services de base va en se détériorant. On parle ici d'eau potable, d'éducation, de services de santé. Et de logement.
On continuera de passer de crise en crise tant qu'il n'y aura pas ce grand rebrassage des cartes auquel nous invitait le rapport Erasmus-Dussault il y a tout juste 15 ans. Il faut sortir de la Loi sur les Indiens, arriver à l'autonomie politique des autochtones, à leur responsabilisation. Mais il faut aussi des milliards de dollars pour réduire les inégalités sociales. C'était si gros que rien n'a bougé, si ce n'est l'espoir suscité par l'accord de Kelowna signé en 2005 par le premier ministre Paul Martin et l'Assemblée de Premières Nations, mais relégué aux oubliettes par le gouvernement conservateur élu deux mois plus tard, qui a renoué avec l'approche paternaliste.
On a su hier que M. Harper tiendra en janvier une rencontre avec les Premières Nations pour discuter de prospérité économique. C'est insuffisant. Ce qu'il faut d'abord, à Attawapiskat comme ailleurs, c'est d'en finir avec la condescendance.
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