Automne 2011: trois instantanés
Si une image vaut mille mots, la photo, la semaine dernière, de la nouvelle première ministre albertaine, Alison Redford, aux côtés de son homologue ontarien, Dalton McGuinty, résumait parfaitement l'automne provincial qui se termine dans le reste du Canada.
La réélection d'un gouvernement libéral à Queen's Park et l'arrivée, par l'entremise d'une course au leadership, d'une première ministre progressiste à la tête des conservateurs de l'Alberta ont été les deux événements phare d'une saison électorale mouvementée.
Au-delà des particularités locales, leurs victoires respectives illustrent combien au Canada la politique est davantage affaire d'étiquettes que de lutte sans merci entre produits rivaux.
Dalton McGuinty est actuellement la figure dominante de la famille libérale canadienne. En Ontario, il faut remonter à la Seconde Guerre mondiale pour trouver un autre règne libéral de longue durée. De son côté, Alison Redford est à la tête de la plus durable dynastie conservatrice au Canada. Son parti est au pouvoir en Alberta depuis presque un demi-siècle.
Sur papier, McGuinty et Redford sont donc des acteurs de premier plan de deux des courants principaux de la vie politique canadienne. Toutefois, s'ils changeaient de place demain matin, l'Ontario et l'Alberta ne seraient guère gouvernés différemment. Ailleurs sur la planète, ces deux premiers ministres feraient partie de la même famille progressiste. Sur le plan idéologique, leurs différences sont plus artificielles que réelles.
La scène fédérale offre actuellement un autre bel exemple de l'importance exagérée en politique canadienne de l'étiquette par rapport au contenu: Thomas Mulcair, un ancien libéral provincial de carrière, est un des principaux prétendants à la direction du NPD tandis que le chef intérimaire du PLC, Bob Rae, est un ancien premier ministre provincial néodémocrate.
Sur le fond, les électeurs qui affirment qu'ils ont déserté l'isoloir parce que le résultat leur semble toujours être du pareil au même n'ont peut-être pas complètement tort.
***
Dans le reste du Canada, l'arrivée officielle de François Legault sur l'échiquier électoral a délogé les interrogations quant à l'avenir du NPD dans les conversations sur le Québec. À défaut de pouvoir classer le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) dans l'une ou l'autre des colonnes fédéraliste et souverainiste, les observateurs se cherchent d'autres points de repère pour le situer.
En voici un: s'il fallait identifier François Legault à un des chefs fédéraux québécois qui se sont succédé aux Communes depuis la Révolution tranquille, on l'imaginerait davantage dans le sillage de Brian Mulroney que dans ceux de Pierre Trudeau, Jean Chrétien, Stéphane Dion ou Gilles Duceppe.
C'est un profil qui semble s'inscrire dans une zone de confort certaine au Québec et qui donne à l'arrivée en force de la CAQ dans le paysage des allures de changement dans la continuité.
Depuis 1995, le Québec a été dirigé par des partis diamétralement opposés sur le plan du projet national, mais leurs chefs respectifs — Lucien Bouchard et Jean Charest — étaient tous deux issus de la mouvance progressiste-conservatrice fédérale. Sans l'échec de Meech, François Legault aurait peut-être un jour rejoint un cabinet Bouchard ou Charest à Ottawa!
***
En terminant, il faut signaler, sinon saluer, l'arrivée du Parti libéral fédéral dans les talles populistes du Parti conservateur de Stephen Harper et du NPD tel qu'il était incarné par le défunt Jack Layton.
La présentation vendredi d'un plan qui s'appuie sur une approche diamétralement opposée à celle du gouvernement Harper pour rééquilibrer la représentation des provinces à la Chambre des communes est à l'enseigne de cette conversion.
Le projet conservateur prévoit l'ajout de trente sièges répartis entre les quatre plus grosses provinces. Il allège le déficit de représentation dont souffrent l'Alberta, la Colombie-Britannique et l'Ontario et maintient, dans le cas du Québec, un contingent de députés qui correspond à son poids démographique dans la fédération.
La proposition libérale consiste plutôt à redistribuer les 308 sièges existants aux Communes. Les provinces à faible croissance — dont le Québec — cèdent des sièges aux trois provinces sous-représentées au Parlement. Le scénario libéral respecte néanmoins le poids démographique du Québec.
Pour arriver à un partage différent des sièges existants aux Communes plutôt que l'ajout de nouveaux députés, le PLC remplacerait environ une quinzaine de circonscriptions du Canada rural (résolument conservateur) par de nouveaux comtés dans le Canada urbain (encore récemment libéral à l'extérieur de l'Alberta). Ne serait-ce que pour cette raison politiquement avantageuse pour le PLC, le projet libéral est mort-né.
Cela dit, en matière de populisme, c'est souvent l'intention qui compte. En dénonçant l'idée d'ajouter trente nouveaux députés aux Communes comme un projet exorbitant, les libéraux jouent sur la désaffection de la population par rapport à la classe politique. C'est un terrain qu'ils avaient tendance à éviter comme la peste tant qu'ils étaient le parti fédéral le plus identifié au pouvoir. Plus ça change...
***
Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star
La réélection d'un gouvernement libéral à Queen's Park et l'arrivée, par l'entremise d'une course au leadership, d'une première ministre progressiste à la tête des conservateurs de l'Alberta ont été les deux événements phare d'une saison électorale mouvementée.
Au-delà des particularités locales, leurs victoires respectives illustrent combien au Canada la politique est davantage affaire d'étiquettes que de lutte sans merci entre produits rivaux.
Dalton McGuinty est actuellement la figure dominante de la famille libérale canadienne. En Ontario, il faut remonter à la Seconde Guerre mondiale pour trouver un autre règne libéral de longue durée. De son côté, Alison Redford est à la tête de la plus durable dynastie conservatrice au Canada. Son parti est au pouvoir en Alberta depuis presque un demi-siècle.
Sur papier, McGuinty et Redford sont donc des acteurs de premier plan de deux des courants principaux de la vie politique canadienne. Toutefois, s'ils changeaient de place demain matin, l'Ontario et l'Alberta ne seraient guère gouvernés différemment. Ailleurs sur la planète, ces deux premiers ministres feraient partie de la même famille progressiste. Sur le plan idéologique, leurs différences sont plus artificielles que réelles.
La scène fédérale offre actuellement un autre bel exemple de l'importance exagérée en politique canadienne de l'étiquette par rapport au contenu: Thomas Mulcair, un ancien libéral provincial de carrière, est un des principaux prétendants à la direction du NPD tandis que le chef intérimaire du PLC, Bob Rae, est un ancien premier ministre provincial néodémocrate.
Sur le fond, les électeurs qui affirment qu'ils ont déserté l'isoloir parce que le résultat leur semble toujours être du pareil au même n'ont peut-être pas complètement tort.
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Dans le reste du Canada, l'arrivée officielle de François Legault sur l'échiquier électoral a délogé les interrogations quant à l'avenir du NPD dans les conversations sur le Québec. À défaut de pouvoir classer le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) dans l'une ou l'autre des colonnes fédéraliste et souverainiste, les observateurs se cherchent d'autres points de repère pour le situer.
En voici un: s'il fallait identifier François Legault à un des chefs fédéraux québécois qui se sont succédé aux Communes depuis la Révolution tranquille, on l'imaginerait davantage dans le sillage de Brian Mulroney que dans ceux de Pierre Trudeau, Jean Chrétien, Stéphane Dion ou Gilles Duceppe.
C'est un profil qui semble s'inscrire dans une zone de confort certaine au Québec et qui donne à l'arrivée en force de la CAQ dans le paysage des allures de changement dans la continuité.
Depuis 1995, le Québec a été dirigé par des partis diamétralement opposés sur le plan du projet national, mais leurs chefs respectifs — Lucien Bouchard et Jean Charest — étaient tous deux issus de la mouvance progressiste-conservatrice fédérale. Sans l'échec de Meech, François Legault aurait peut-être un jour rejoint un cabinet Bouchard ou Charest à Ottawa!
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En terminant, il faut signaler, sinon saluer, l'arrivée du Parti libéral fédéral dans les talles populistes du Parti conservateur de Stephen Harper et du NPD tel qu'il était incarné par le défunt Jack Layton.
La présentation vendredi d'un plan qui s'appuie sur une approche diamétralement opposée à celle du gouvernement Harper pour rééquilibrer la représentation des provinces à la Chambre des communes est à l'enseigne de cette conversion.
Le projet conservateur prévoit l'ajout de trente sièges répartis entre les quatre plus grosses provinces. Il allège le déficit de représentation dont souffrent l'Alberta, la Colombie-Britannique et l'Ontario et maintient, dans le cas du Québec, un contingent de députés qui correspond à son poids démographique dans la fédération.
La proposition libérale consiste plutôt à redistribuer les 308 sièges existants aux Communes. Les provinces à faible croissance — dont le Québec — cèdent des sièges aux trois provinces sous-représentées au Parlement. Le scénario libéral respecte néanmoins le poids démographique du Québec.
Pour arriver à un partage différent des sièges existants aux Communes plutôt que l'ajout de nouveaux députés, le PLC remplacerait environ une quinzaine de circonscriptions du Canada rural (résolument conservateur) par de nouveaux comtés dans le Canada urbain (encore récemment libéral à l'extérieur de l'Alberta). Ne serait-ce que pour cette raison politiquement avantageuse pour le PLC, le projet libéral est mort-né.
Cela dit, en matière de populisme, c'est souvent l'intention qui compte. En dénonçant l'idée d'ajouter trente nouveaux députés aux Communes comme un projet exorbitant, les libéraux jouent sur la désaffection de la population par rapport à la classe politique. C'est un terrain qu'ils avaient tendance à éviter comme la peste tant qu'ils étaient le parti fédéral le plus identifié au pouvoir. Plus ça change...
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Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star
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