Criminalité et sécurité publique - Visite en Harperland
Le ministre de la Justice du Québec, Jean-Marc Fournier, s'indignait hier du «bris de démocratie» du gouvernement fédéral qui, soucieux de faire adopter à toute vapeur son volumineux projet de loi sur la criminalité, a coupé court au débat en comité parlementaire. Mais ce bris est devenu routine au pays de Stephen Harper.
Le ministre québécois, bien soutenu par l'ensemble de l'Assemblée nationale, prend un jour son bagage pour aller en Harperland. Dans sa valise, on trouve des études, des statistiques, des avis, et sa propre enquête sur le terrain. Il a aussi pris le soin de s'entourer d'affables compagnons de voyage — experts ou porte-parole d'organismes qui savent de quoi ils causent. Un voyage ne saurait être mieux préparé.
Mais la frontière de l'Harperland marque le passage à l'envers du bon sens. Une étude? Pfft! Des chiffres? Ne comptent pas. Des spécialistes? Ne connaissent rien. Le ministre québécois a beau être prévenu du choc culturel, il ne peut se résoudre à croire qu'en cette terre, c'est l'aberration qui mène. Le voici donc à livrer son message avec détails et détermination. Il parle même d'argent, clé de toutes les décisions politiques modernes. J'ai mon mot à dire, clame ainsi le ministre québécois, puisque c'est moi qui payerai ce resserrement de la gestion de la criminalité concocté à Ottawa.
Le ministre pliera bagage sans avoir été compris dans cet Harperland qui n'entend plus la voix de la raison. Qu'à cela ne tienne, il reste poli, envoie une lettre de suivi qui veut maintenir le dialogue en proposant des changements au controversé projet de loi C-10. Entre élus de bonne volonté, munis des bonnes données, il est clair que la logique prévaudra, fait valoir le ministre québécois.
Mais la frontière de l'Harperland marque le passage à l'envers de la démocratie. Ce n'est pas un élu de l'endroit qui répondra au ministre, mais un sénateur qui n'a jamais passé le test des urnes et qui a pour seule gloire de savoir opposer la mort de sa fille aux arguments rationnels qu'on lui soumet. Sans crainte bien sûr de manipuler les chiffres pour arriver à ses fins. Harperland a de bons soldats.
Le ministre québécois, lui, se pince encore: mais où sont vos études? rétorque-t-il éberlué. «Plutôt, où est une étude?» se fait-il plus précis. Il n'y en a pas, bien sûr. En Harperland, c'est de la science que l'on se méfie, et les ignorants qui font la loi.
Mais surtout, Harperland est un endroit où les questions dérangent. On avait déjà coupé les débats aux Communes sur ce C-10 qui contient pourtant 207 articles, renvoyant la discussion en comité parlementaire. Hier, c'est le comité qui s'est fait imposer le bâillon. L'opposition a rétorqué en monopolisant le micro, mais la victoire conservatrice est acquise. Et les amendements souhaités par le ministre québécois n'auront même pas droit à quelques secondes de débat.
Le ministre québécois devra donc se montrer «tough», non pas «on crime», comme le réclamait le sénateur non élu, mais pour bloquer la nouvelle loi. Les astuces légales ne manquent pas pour y arriver, comme Le Devoir l'a démontré au début du mois. Encore faudra-t-il que la colère du ministre Jean-Marc Fournier tienne le cap face au grand chef d'Harperland, qui ne voudra pas perdre cette bataille-là. Et qui se fout bien du Québec.
N'a-t-on pas vu hier un autre ministre québécois en voyage à Ottawa, lui aussi bien entouré, lui aussi la valise regorgeant d'arguments pour sauver le registre des armes à feu. Les élus-soldats d'Harperland ont écouté le ministre Robert Dutil en comité parlementaire. Mais ils n'ont pas trouvé une seule question à lui poser. Car en Harperland, l'affaire du registre honni est déjà du passé. Et on ne rêve plus que du prochain party: celui de jeudi qui vient, où une mission militaire en pays lointain sera célébrée par avions de chasse et roulements de tambour.
Car la paix règne en Harperland, et il faudra bien plus que des visites pour que le Québec arrive à la déranger.
Le ministre québécois, bien soutenu par l'ensemble de l'Assemblée nationale, prend un jour son bagage pour aller en Harperland. Dans sa valise, on trouve des études, des statistiques, des avis, et sa propre enquête sur le terrain. Il a aussi pris le soin de s'entourer d'affables compagnons de voyage — experts ou porte-parole d'organismes qui savent de quoi ils causent. Un voyage ne saurait être mieux préparé.
Mais la frontière de l'Harperland marque le passage à l'envers du bon sens. Une étude? Pfft! Des chiffres? Ne comptent pas. Des spécialistes? Ne connaissent rien. Le ministre québécois a beau être prévenu du choc culturel, il ne peut se résoudre à croire qu'en cette terre, c'est l'aberration qui mène. Le voici donc à livrer son message avec détails et détermination. Il parle même d'argent, clé de toutes les décisions politiques modernes. J'ai mon mot à dire, clame ainsi le ministre québécois, puisque c'est moi qui payerai ce resserrement de la gestion de la criminalité concocté à Ottawa.
Le ministre pliera bagage sans avoir été compris dans cet Harperland qui n'entend plus la voix de la raison. Qu'à cela ne tienne, il reste poli, envoie une lettre de suivi qui veut maintenir le dialogue en proposant des changements au controversé projet de loi C-10. Entre élus de bonne volonté, munis des bonnes données, il est clair que la logique prévaudra, fait valoir le ministre québécois.
Mais la frontière de l'Harperland marque le passage à l'envers de la démocratie. Ce n'est pas un élu de l'endroit qui répondra au ministre, mais un sénateur qui n'a jamais passé le test des urnes et qui a pour seule gloire de savoir opposer la mort de sa fille aux arguments rationnels qu'on lui soumet. Sans crainte bien sûr de manipuler les chiffres pour arriver à ses fins. Harperland a de bons soldats.
Le ministre québécois, lui, se pince encore: mais où sont vos études? rétorque-t-il éberlué. «Plutôt, où est une étude?» se fait-il plus précis. Il n'y en a pas, bien sûr. En Harperland, c'est de la science que l'on se méfie, et les ignorants qui font la loi.
Mais surtout, Harperland est un endroit où les questions dérangent. On avait déjà coupé les débats aux Communes sur ce C-10 qui contient pourtant 207 articles, renvoyant la discussion en comité parlementaire. Hier, c'est le comité qui s'est fait imposer le bâillon. L'opposition a rétorqué en monopolisant le micro, mais la victoire conservatrice est acquise. Et les amendements souhaités par le ministre québécois n'auront même pas droit à quelques secondes de débat.
Le ministre québécois devra donc se montrer «tough», non pas «on crime», comme le réclamait le sénateur non élu, mais pour bloquer la nouvelle loi. Les astuces légales ne manquent pas pour y arriver, comme Le Devoir l'a démontré au début du mois. Encore faudra-t-il que la colère du ministre Jean-Marc Fournier tienne le cap face au grand chef d'Harperland, qui ne voudra pas perdre cette bataille-là. Et qui se fout bien du Québec.
N'a-t-on pas vu hier un autre ministre québécois en voyage à Ottawa, lui aussi bien entouré, lui aussi la valise regorgeant d'arguments pour sauver le registre des armes à feu. Les élus-soldats d'Harperland ont écouté le ministre Robert Dutil en comité parlementaire. Mais ils n'ont pas trouvé une seule question à lui poser. Car en Harperland, l'affaire du registre honni est déjà du passé. Et on ne rêve plus que du prochain party: celui de jeudi qui vient, où une mission militaire en pays lointain sera célébrée par avions de chasse et roulements de tambour.
Car la paix règne en Harperland, et il faudra bien plus que des visites pour que le Québec arrive à la déranger.
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