Adieux obligés à Dimitri Soudas
Des fonctionnaires ont été forcés d'assister à la fête de départ de l'ancien directeur des communications de Stephen Harper
Photo : Agence Reuters Chris Wattie
Dimitri Soudas a quitté définitivement ses fonctions le 4 septembre dernier.
Ottawa — L'ancien directeur des communications du premier ministre canadien, Dimitri Soudas, aura fait grincer des dents certains fonctionnaires jusqu'à la fin de son mandat. Près de 200 fonctionnaires de haut rang ont été obligés par le Conseil privé d'assister à un événement soulignant son départ. Ils s'étaient plutôt fait dire que la rencontre porterait sur les communications du gouvernement fédéral.
Selon les informations recueillies par Le Devoir, le bureau du Conseil privé a convié en août les grands patrons des communications de chacun des ministères du gouvernement fédéral — sous-ministres adjoints et directeurs généraux — à une «réunion spéciale» dont l'ordre du jour n'était pas précisé. Nulle part n'était-il précisé qu'il s'agissait aussi de souligner le départ de M. Soudas. Chacun pouvait se présenter à la réunion accompagné de cinq membres seniors de son équipe de direction.
En tout, 188 personnes se sont déplacées. Elles ont eu droit à une présentation du grand responsable des communications du Conseil privé, Jonathan Massey-Smith. Selon un des fonctionnaires présents, ce discours était totalement inutile tellement il était général, tandis qu'un autre, favorable au gouvernement conservateur, l'a qualifié d'«étoffé». Il y était question du renouvellement du site Internet du gouvernement et du service de monitorage des médias.
À mi-chemin de la réunion, M. Massey-Smith et son adjointe principale, Anne Marie Smart, ont repris la parole pour faire une longue eulogie de Dimitri Soudas et lui offrir un cadeau, soit une photo encadrée de lui devant le parlement. M. Soudas a aussi fait un long discours.
«Cette réunion était un peu plus exceptionnelle parce qu'on avait invité toute la communauté des communications», explique le porte-parole du Conseil privé, Raymond Rivest. D'habitude, seul un responsable par ministère participe à ce genre de rencontre. «Le but était de parler de notre initiative de modernisation des communications et aussi de souligner le départ de M. Soudas et de lui présenter un petit mémento.» Comme M. Soudas a été en poste longtemps, «on a trouvé que c'était tout à fait approprié». Les fonctionnaires ont-ils eu le choix de quitter la rencontre plus tôt s'ils ne désiraient pas assister à la portion destinée à Dimitri Soudas? «Non, ça faisait partie de l'événement», répond M. Rivest.
Certains fonctionnaires présents ont qualifié de «déplacé» le discours de M. Soudas. Il a expliqué qu'au début du mandat conservateur, il n'avait pas une haute estime des fonctionnaires, mais qu'il avait changé d'avis à leur contact. Il imaginait, a-t-il raconté, que la fonction publique fédérale, vendue au Parti libéral, ne coopérerait pas avec le nouveau gouvernement.
Contre leur gré
Plusieurs fonctionnaires présents se sont sentis embrigadés dans un «party» de départ contre leur gré. Certains auraient voulu partir, mais ils n'ont pas osé le faire. Ils se sont surtout sentis attirés sous un prétexte. Certains croyaient que cette réunion serait l'occasion de discuter d'une politique de communication uniforme pour répondre aux médias à propos des coupes de 4 milliards de dollars dans la fonction publique.
La rencontre a eu lieu le 30 août dernier, soit cinq jours avant le départ définitif de M. Soudas.
Peter Donolo a occupé la même fonction que Dimitri Soudas pour Jean Chrétien. Il se rappelle que quelques fonctionnaires étaient présents à sa fête de départ. «Mais je ne pense pas que c'était obligatoire d'y aller!», raille-t-il.
Une autre personne ayant occupé des fonctions similaires et qui requiert l'anonymat a aussi invité certains fonctionnaires à son party de départ, mais sans plus. «Compte tenu du fait que M. Soudas était quand même un personnage controversé, je suis persuadé que des gens se sont sentis froissés s'ils se sont sentis obligés d'y participer.»
Donald Savoie, professeur en gouvernance à l'Université de Moncton et auteur de livres sur l'administration publique, se préoccupe de cet événement. «C'est la première fois que j'entends ce genre d'histoire. Ce n'est pas fréquent du tout.» Fonctionnaires et politiques doivent collaborer, insiste
M. Savoie, «mais pour préserver la neutralité de la fonction publique, son professionnalisme, sa non-partisanerie, c'est important de faire la distinction entre fonction publique et politique. Alors, de ne pas avoir avisé les gens qu'il y aurait une réception pour M. Soudas, je trouve cela un peu osé».
Selon les informations recueillies par Le Devoir, le bureau du Conseil privé a convié en août les grands patrons des communications de chacun des ministères du gouvernement fédéral — sous-ministres adjoints et directeurs généraux — à une «réunion spéciale» dont l'ordre du jour n'était pas précisé. Nulle part n'était-il précisé qu'il s'agissait aussi de souligner le départ de M. Soudas. Chacun pouvait se présenter à la réunion accompagné de cinq membres seniors de son équipe de direction.
En tout, 188 personnes se sont déplacées. Elles ont eu droit à une présentation du grand responsable des communications du Conseil privé, Jonathan Massey-Smith. Selon un des fonctionnaires présents, ce discours était totalement inutile tellement il était général, tandis qu'un autre, favorable au gouvernement conservateur, l'a qualifié d'«étoffé». Il y était question du renouvellement du site Internet du gouvernement et du service de monitorage des médias.
À mi-chemin de la réunion, M. Massey-Smith et son adjointe principale, Anne Marie Smart, ont repris la parole pour faire une longue eulogie de Dimitri Soudas et lui offrir un cadeau, soit une photo encadrée de lui devant le parlement. M. Soudas a aussi fait un long discours.
«Cette réunion était un peu plus exceptionnelle parce qu'on avait invité toute la communauté des communications», explique le porte-parole du Conseil privé, Raymond Rivest. D'habitude, seul un responsable par ministère participe à ce genre de rencontre. «Le but était de parler de notre initiative de modernisation des communications et aussi de souligner le départ de M. Soudas et de lui présenter un petit mémento.» Comme M. Soudas a été en poste longtemps, «on a trouvé que c'était tout à fait approprié». Les fonctionnaires ont-ils eu le choix de quitter la rencontre plus tôt s'ils ne désiraient pas assister à la portion destinée à Dimitri Soudas? «Non, ça faisait partie de l'événement», répond M. Rivest.
Certains fonctionnaires présents ont qualifié de «déplacé» le discours de M. Soudas. Il a expliqué qu'au début du mandat conservateur, il n'avait pas une haute estime des fonctionnaires, mais qu'il avait changé d'avis à leur contact. Il imaginait, a-t-il raconté, que la fonction publique fédérale, vendue au Parti libéral, ne coopérerait pas avec le nouveau gouvernement.
Contre leur gré
Plusieurs fonctionnaires présents se sont sentis embrigadés dans un «party» de départ contre leur gré. Certains auraient voulu partir, mais ils n'ont pas osé le faire. Ils se sont surtout sentis attirés sous un prétexte. Certains croyaient que cette réunion serait l'occasion de discuter d'une politique de communication uniforme pour répondre aux médias à propos des coupes de 4 milliards de dollars dans la fonction publique.
La rencontre a eu lieu le 30 août dernier, soit cinq jours avant le départ définitif de M. Soudas.
Peter Donolo a occupé la même fonction que Dimitri Soudas pour Jean Chrétien. Il se rappelle que quelques fonctionnaires étaient présents à sa fête de départ. «Mais je ne pense pas que c'était obligatoire d'y aller!», raille-t-il.
Une autre personne ayant occupé des fonctions similaires et qui requiert l'anonymat a aussi invité certains fonctionnaires à son party de départ, mais sans plus. «Compte tenu du fait que M. Soudas était quand même un personnage controversé, je suis persuadé que des gens se sont sentis froissés s'ils se sont sentis obligés d'y participer.»
Donald Savoie, professeur en gouvernance à l'Université de Moncton et auteur de livres sur l'administration publique, se préoccupe de cet événement. «C'est la première fois que j'entends ce genre d'histoire. Ce n'est pas fréquent du tout.» Fonctionnaires et politiques doivent collaborer, insiste
M. Savoie, «mais pour préserver la neutralité de la fonction publique, son professionnalisme, sa non-partisanerie, c'est important de faire la distinction entre fonction publique et politique. Alors, de ne pas avoir avisé les gens qu'il y aurait une réception pour M. Soudas, je trouve cela un peu osé».
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