Duceppe monte, le Bloc descend
S'il faut en croire les sondages, les Québécois s'ennuient davantage de Gilles Duceppe que de son ancien parti. Au cours des dernières semaines, trois coups de sonde ont situé l'appui au NPD fédéral à 45 % et des poussières — loin devant le Bloc québécois.
Avec seulement quatre députés et sans le statut de parti officiel aux Communes, le Bloc est retourné se confondre avec les rideaux qui tapissent le fond de la Chambre. C'est la place qu'il occupait à ses débuts.
Mais ceux qui ont vécu les quelques années qui ont précédé le débarquement en force du Bloc sur les banquettes de l'opposition officielle en 1993 savent que son obscurité parlementaire actuelle est nettement plus opaque. Et que l'élection le mois prochain d'un chef permanent ne changera pas nécessairement grand-chose à l'affaire. Elle tient moins à l'absence momentanée d'un leader qu'à un changement de contexte.
Entre 1990 et 1993, le Bloc n'avait pas non plus de statut officiel au Parlement, mais Lucien Bouchard jouissait d'une popularité sans égale au Québec. Tous les sondages plaçaient sa formation en tête du peloton dans les intentions de vote. Le Bloc était porté par une réelle tendance lourde dans l'opinion québécoise.
Aujourd'hui, le parti nage à contre-courant. Seule la perte de sa pertinence pour bon nombre de ses partisans d'antan peut expliquer qu'il ne marque pas de points à la faveur de la performance plus qu'ordinaire du NPD dans son double rôle d'opposition officielle et de principale voix québécoise aux Communes.
***
Il faut dire que rien n'indique qu'un résultat québécois différent le 2 mai dernier aurait beaucoup changé le cours des choses depuis six mois.
Devant un gouvernement majoritaire déterminé à exécuter des volontés législatives longtemps réprimées, l'opposition, tous partis confondus, peut difficilement ralentir la machine et encore moins la freiner.
Le gouvernement actuel n'est pas redevable de son pouvoir à l'électorat québécois. À presque quatre ans du prochain scrutin, il a le sentiment de ne pas avoir à marcher sur des oeufs pour arriver à ses fins.
Néanmoins, une plus forte présence bloquiste aurait peut-être évité au gouvernement Harper de mettre les pieds dans le plat en matière de dualité linguistique.
En choisissant un candidat unilingue pour succéder à Sheila Fraser au poste de Vérificateur général, le gouvernement conservateur a passé outre aux critères d'emploi qu'il avait lui-même affichés.
La confirmation de Michael Ferguson dans ses nouvelles fonctions sans l'appui d'un seul parti d'opposition est également contraire à la tradition établie. La règle implicite veut que le choix d'un officier du Parlement comme le vérificateur général s'appuie sur un consensus de plusieurs partis plutôt que sur la simple loi de la majorité.
Mais le nom de M. Ferguson avait circulé sur la colline parlementaire pendant plusieurs semaines avant l'annonce de sa nomination sans susciter de grands remous. Les partis d'opposition tenaient apparemment pour acquis qu'il était bilingue.
Quand il était à la place du NPD et du PLC, le Bloc veillait systématiquement au grain sur le front linguistique. Ses interventions privées comme publiques avaient souvent un effet préventif.
Pendant vingt ans, la présence d'un fort contingent souverainiste en Chambre a eu le mérite de rafraîchir quotidiennement les sensibilités québécoises des partis fédéralistes. Laissés à eux-mêmes, le PLC, le NPD et le Parti conservateur ont de toute évidence l'épiderme moins sensible.
***
Que penser finalement du retour en force de Gilles Duceppe dans la faveur populaire alors que son ancienne formation continue de croupir dans les intentions de vote fédérales?
Dans un premier temps, la bonne tenue de l'ex-chef bloquiste dans les intentions de vote tient presque certainement aux mêmes attentes contradictoires qui ont entouré l'arrivée d'autres sauveurs présumés du Parti québécois.
Parmi les 37 % de Québécois qui disent qu'ils voteraient pour un PQ dirigé par Gilles Duceppe, il y a, de toute évidence, un groupe important de gens qui voient en lui le personnage le plus susceptible de sauver le mouvement souverainiste de l'éclatement et de remettre l'option sur les rails.
Mais on peut croire qu'il y a également un nombre significatif d'électeurs qui croient plutôt que Gilles Duceppe pourrait sortir le Parti québécois et son credo social-démocrate des ornières d'un débat national dans lequel il s'enlise. Cet espoir correspond à une volonté populaire ambiante de passer à autre chose.
Pour mémoire, Lucien Bouchard a été le dernier chef péquiste à avoir connu le succès électoral, et l'aile la plus militante de son parti dénonçait avec véhémence sa tiédeur à l'égard de la mise en oeuvre du projet souverainiste.
S'il devenait chef du PQ, Gilles Duceppe décevrait à son tour une partie de ceux qui disent aujourd'hui vouloir l'aider à devenir premier ministre du Québec. Leurs attentes sont inconciliables.
***
Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.
Avec seulement quatre députés et sans le statut de parti officiel aux Communes, le Bloc est retourné se confondre avec les rideaux qui tapissent le fond de la Chambre. C'est la place qu'il occupait à ses débuts.
Mais ceux qui ont vécu les quelques années qui ont précédé le débarquement en force du Bloc sur les banquettes de l'opposition officielle en 1993 savent que son obscurité parlementaire actuelle est nettement plus opaque. Et que l'élection le mois prochain d'un chef permanent ne changera pas nécessairement grand-chose à l'affaire. Elle tient moins à l'absence momentanée d'un leader qu'à un changement de contexte.
Entre 1990 et 1993, le Bloc n'avait pas non plus de statut officiel au Parlement, mais Lucien Bouchard jouissait d'une popularité sans égale au Québec. Tous les sondages plaçaient sa formation en tête du peloton dans les intentions de vote. Le Bloc était porté par une réelle tendance lourde dans l'opinion québécoise.
Aujourd'hui, le parti nage à contre-courant. Seule la perte de sa pertinence pour bon nombre de ses partisans d'antan peut expliquer qu'il ne marque pas de points à la faveur de la performance plus qu'ordinaire du NPD dans son double rôle d'opposition officielle et de principale voix québécoise aux Communes.
***
Il faut dire que rien n'indique qu'un résultat québécois différent le 2 mai dernier aurait beaucoup changé le cours des choses depuis six mois.
Devant un gouvernement majoritaire déterminé à exécuter des volontés législatives longtemps réprimées, l'opposition, tous partis confondus, peut difficilement ralentir la machine et encore moins la freiner.
Le gouvernement actuel n'est pas redevable de son pouvoir à l'électorat québécois. À presque quatre ans du prochain scrutin, il a le sentiment de ne pas avoir à marcher sur des oeufs pour arriver à ses fins.
Néanmoins, une plus forte présence bloquiste aurait peut-être évité au gouvernement Harper de mettre les pieds dans le plat en matière de dualité linguistique.
En choisissant un candidat unilingue pour succéder à Sheila Fraser au poste de Vérificateur général, le gouvernement conservateur a passé outre aux critères d'emploi qu'il avait lui-même affichés.
La confirmation de Michael Ferguson dans ses nouvelles fonctions sans l'appui d'un seul parti d'opposition est également contraire à la tradition établie. La règle implicite veut que le choix d'un officier du Parlement comme le vérificateur général s'appuie sur un consensus de plusieurs partis plutôt que sur la simple loi de la majorité.
Mais le nom de M. Ferguson avait circulé sur la colline parlementaire pendant plusieurs semaines avant l'annonce de sa nomination sans susciter de grands remous. Les partis d'opposition tenaient apparemment pour acquis qu'il était bilingue.
Quand il était à la place du NPD et du PLC, le Bloc veillait systématiquement au grain sur le front linguistique. Ses interventions privées comme publiques avaient souvent un effet préventif.
Pendant vingt ans, la présence d'un fort contingent souverainiste en Chambre a eu le mérite de rafraîchir quotidiennement les sensibilités québécoises des partis fédéralistes. Laissés à eux-mêmes, le PLC, le NPD et le Parti conservateur ont de toute évidence l'épiderme moins sensible.
***
Que penser finalement du retour en force de Gilles Duceppe dans la faveur populaire alors que son ancienne formation continue de croupir dans les intentions de vote fédérales?
Dans un premier temps, la bonne tenue de l'ex-chef bloquiste dans les intentions de vote tient presque certainement aux mêmes attentes contradictoires qui ont entouré l'arrivée d'autres sauveurs présumés du Parti québécois.
Parmi les 37 % de Québécois qui disent qu'ils voteraient pour un PQ dirigé par Gilles Duceppe, il y a, de toute évidence, un groupe important de gens qui voient en lui le personnage le plus susceptible de sauver le mouvement souverainiste de l'éclatement et de remettre l'option sur les rails.
Mais on peut croire qu'il y a également un nombre significatif d'électeurs qui croient plutôt que Gilles Duceppe pourrait sortir le Parti québécois et son credo social-démocrate des ornières d'un débat national dans lequel il s'enlise. Cet espoir correspond à une volonté populaire ambiante de passer à autre chose.
Pour mémoire, Lucien Bouchard a été le dernier chef péquiste à avoir connu le succès électoral, et l'aile la plus militante de son parti dénonçait avec véhémence sa tiédeur à l'égard de la mise en oeuvre du projet souverainiste.
S'il devenait chef du PQ, Gilles Duceppe décevrait à son tour une partie de ceux qui disent aujourd'hui vouloir l'aider à devenir premier ministre du Québec. Leurs attentes sont inconciliables.
***
Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

