Six mois plus tard
Au lendemain du scrutin fédéral du printemps dernier, le premier ministre Stephen Harper avait promis de ne pas sortir de gros lapins de son nouveau chapeau majoritaire. Sur l'essentiel, il a, jusqu'à présent, tenu parole.
La gouvernance conservatrice des six derniers mois correspond grosso modo à ce à quoi l'électorat était en droit de s'attendre sur la foi des deux mandats minoritaires précédents et sur celle des engagements de la dernière campagne.
Le projet de loi omnibus sur la justice pénale, la fin de l'enregistrement obligatoire des fusils de chasse, l'élimination d'un pan du financement populaire des partis politiques sont des mesures emblématiques du programme conservateur dont personne ne pouvait sincèrement s'attendre à ce qu'elles ne survivent pas à la transition au statut majoritaire.
La tendance conservatrice à se servir de l'arsenal parlementaire pour écourter les débats correspond au caractère autoritaire exhibé par le même gouvernement pendant ses deux premiers mandats.
***
Il y a néanmoins un envers à cette médaille d'autoritarisme. Sur certains fronts majeurs, Stephen Harper consulte davantage l'opposition et délègue plus de pouvoirs que ses prédécesseurs.
C'est le cas des missions militaires canadiennes. Comme il l'avait fait à plusieurs reprises dans le dossier afghan, le premier ministre a tenu cet automne à ce que la Chambre se prononce sur le prolongement de la mission militaire canadienne en Libye.
À force de faire sanctionner l'envoi de soldats au front par les Communes, la pratique est en voie de s'installer à demeure dans les moeurs parlementaires canadiennes.
Ils ne s'en vantent pas beaucoup, mais les deux principaux partis d'opposition ont eu voix au chapitre de la nomination récente des deux nouveaux juges de la Cour suprême.
Malgré leur appui passé à un projet de loi destiné à s'assurer que les membres du plus haut tribunal au pays soient capables d'entendre des causes dans les deux langues sans l'aide d'un traducteur, libéraux et néodémocrates avaient bel et bien donné leur bénédiction à une liste finale de candidats dont certains étaient unilingues.
Dans l'excitation ou la consternation provoquées par l'octroi de contrats d'entretien faramineux à des chantiers navals de la Nouvelle-Écosse et de la Colombie-Britannique la semaine dernière, le caractère inédit du processus qui a mené à la décision a rapidement été évacué du débat.
Le cabinet a été complètement écarté du choix des gagnants, et les résultats ont même été communiqués au public par de hauts fonctionnaires. Selon le professeur Donald Savoie, un expert en politique publique, les efforts du gouvernement Harper pour dépolitiser un processus vulnérable au favoritisme vont faire histoire non seulement au Canada, mais parmi ses partenaires internationaux.
***
Sur le front plus québécois, le gouvernement conservateur a rempli sa promesse de conclure une entente-cadre pour dédommager le Québec pour l'harmonisation de sa taxe de vente avec la TPS.
En campagne électorale, Stephen Harper ne s'était pas engagé explicitement à remplacer le pont Champlain. Le projet fédéral avancé ces dernières semaines n'est pas parfaitement ficelé, mais il correspond au signal clair réclamé par tous les intervenants dans ce dossier.
Au cours de ses deux mandats minoritaires, le Parti conservateur s'était engagé à redistribuer les sièges des Communes pour commencer à combler un déficit grandissant entre la représentation de l'Ontario, l'Alberta et la Colombie-Britannique en Chambre et leur poids démographique. Réélu à la tête d'un gouvernement majoritaire, il n'était pas question qu'il y renonce.
Il semble, par contre, qu'à la lumière des vives inquiétudes que suscite le projet au Québec, sa prochaine mouture pourrait comporter des changements. Selon les plus récents échos en provenance des officines gouvernementales, le projet aurait été remanié pour assurer que la représentation du Québec ne tombe pas en dessous de son poids démographique dans la fédération canadienne.
***
Et l'opposition officielle dans tout cela? Les sondages indiquent que la disparition de Jack Layton n'a pas fait perdre de terrain au NPD dans les intentions de vote québécoises. Selon CROP, l'appui au NPD au Québec se situait à 46 % la semaine dernière.
Mais le fait que l'électorat québécois a les yeux rivés sur l'Assemblée nationale plutôt que sur la performance néodémocrate en Chambre tombe plutôt bien pour le NPD ces temps-ci.
Dans les dossiers qui mettent en opposition les intérêts du Québec et ceux d'autres régions canadiennes, le NPD loge souvent à l'enseigne d'une auberge espagnole. L'entrée de la course au leadership de ténors parlementaires, comme Thomas Mulcair ou Paul Dewar, a dégarni ses banquettes aux Communes. Et dans son rôle de leader de l'opposition officielle à la période des questions, Nycole Turmel offre franchement la performance la plus faible de l'histoire récente des chefs intérimaires. Même Stephen Harper a parfois l'air de s'ennuyer de l'époque où son principal adversaire lui donnait un peu de fil à retordre.
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Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.
chebert@thestar.ca
La gouvernance conservatrice des six derniers mois correspond grosso modo à ce à quoi l'électorat était en droit de s'attendre sur la foi des deux mandats minoritaires précédents et sur celle des engagements de la dernière campagne.
Le projet de loi omnibus sur la justice pénale, la fin de l'enregistrement obligatoire des fusils de chasse, l'élimination d'un pan du financement populaire des partis politiques sont des mesures emblématiques du programme conservateur dont personne ne pouvait sincèrement s'attendre à ce qu'elles ne survivent pas à la transition au statut majoritaire.
La tendance conservatrice à se servir de l'arsenal parlementaire pour écourter les débats correspond au caractère autoritaire exhibé par le même gouvernement pendant ses deux premiers mandats.
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Il y a néanmoins un envers à cette médaille d'autoritarisme. Sur certains fronts majeurs, Stephen Harper consulte davantage l'opposition et délègue plus de pouvoirs que ses prédécesseurs.
C'est le cas des missions militaires canadiennes. Comme il l'avait fait à plusieurs reprises dans le dossier afghan, le premier ministre a tenu cet automne à ce que la Chambre se prononce sur le prolongement de la mission militaire canadienne en Libye.
À force de faire sanctionner l'envoi de soldats au front par les Communes, la pratique est en voie de s'installer à demeure dans les moeurs parlementaires canadiennes.
Ils ne s'en vantent pas beaucoup, mais les deux principaux partis d'opposition ont eu voix au chapitre de la nomination récente des deux nouveaux juges de la Cour suprême.
Malgré leur appui passé à un projet de loi destiné à s'assurer que les membres du plus haut tribunal au pays soient capables d'entendre des causes dans les deux langues sans l'aide d'un traducteur, libéraux et néodémocrates avaient bel et bien donné leur bénédiction à une liste finale de candidats dont certains étaient unilingues.
Dans l'excitation ou la consternation provoquées par l'octroi de contrats d'entretien faramineux à des chantiers navals de la Nouvelle-Écosse et de la Colombie-Britannique la semaine dernière, le caractère inédit du processus qui a mené à la décision a rapidement été évacué du débat.
Le cabinet a été complètement écarté du choix des gagnants, et les résultats ont même été communiqués au public par de hauts fonctionnaires. Selon le professeur Donald Savoie, un expert en politique publique, les efforts du gouvernement Harper pour dépolitiser un processus vulnérable au favoritisme vont faire histoire non seulement au Canada, mais parmi ses partenaires internationaux.
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Sur le front plus québécois, le gouvernement conservateur a rempli sa promesse de conclure une entente-cadre pour dédommager le Québec pour l'harmonisation de sa taxe de vente avec la TPS.
En campagne électorale, Stephen Harper ne s'était pas engagé explicitement à remplacer le pont Champlain. Le projet fédéral avancé ces dernières semaines n'est pas parfaitement ficelé, mais il correspond au signal clair réclamé par tous les intervenants dans ce dossier.
Au cours de ses deux mandats minoritaires, le Parti conservateur s'était engagé à redistribuer les sièges des Communes pour commencer à combler un déficit grandissant entre la représentation de l'Ontario, l'Alberta et la Colombie-Britannique en Chambre et leur poids démographique. Réélu à la tête d'un gouvernement majoritaire, il n'était pas question qu'il y renonce.
Il semble, par contre, qu'à la lumière des vives inquiétudes que suscite le projet au Québec, sa prochaine mouture pourrait comporter des changements. Selon les plus récents échos en provenance des officines gouvernementales, le projet aurait été remanié pour assurer que la représentation du Québec ne tombe pas en dessous de son poids démographique dans la fédération canadienne.
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Et l'opposition officielle dans tout cela? Les sondages indiquent que la disparition de Jack Layton n'a pas fait perdre de terrain au NPD dans les intentions de vote québécoises. Selon CROP, l'appui au NPD au Québec se situait à 46 % la semaine dernière.
Mais le fait que l'électorat québécois a les yeux rivés sur l'Assemblée nationale plutôt que sur la performance néodémocrate en Chambre tombe plutôt bien pour le NPD ces temps-ci.
Dans les dossiers qui mettent en opposition les intérêts du Québec et ceux d'autres régions canadiennes, le NPD loge souvent à l'enseigne d'une auberge espagnole. L'entrée de la course au leadership de ténors parlementaires, comme Thomas Mulcair ou Paul Dewar, a dégarni ses banquettes aux Communes. Et dans son rôle de leader de l'opposition officielle à la période des questions, Nycole Turmel offre franchement la performance la plus faible de l'histoire récente des chefs intérimaires. Même Stephen Harper a parfois l'air de s'ennuyer de l'époque où son principal adversaire lui donnait un peu de fil à retordre.
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Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.
chebert@thestar.ca
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