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Six mois plus tard

Chantal Hébert   24 octobre 2011  Canada
Au lendemain du scrutin fédéral du printemps dernier, le premier ministre Stephen Harper avait promis de ne pas sortir de gros lapins de son nouveau chapeau majoritaire. Sur l'essentiel, il a, jusqu'à présent, tenu parole.

La gouvernance conservatrice des six derniers mois correspond grosso modo à ce à quoi l'électorat était en droit de s'attendre sur la foi des deux mandats minoritaires précédents et sur celle des engagements de la dernière campagne.

Le projet de loi omnibus sur la justice pénale, la fin de l'enregistrement obligatoire des fusils de chasse, l'élimination d'un pan du financement populaire des partis politiques sont des mesures emblématiques du programme conservateur dont personne ne pouvait sincèrement s'attendre à ce qu'elles ne survivent pas à la transition au statut majoritaire.

La tendance conservatrice à se servir de l'arsenal parlementaire pour écourter les débats correspond au caractère autoritaire exhibé par le même gouvernement pendant ses deux premiers mandats.

***

Il y a néanmoins un envers à cette médaille d'autoritarisme. Sur certains fronts majeurs, Stephen Harper consulte davantage l'opposition et délègue plus de pouvoirs que ses prédécesseurs.

C'est le cas des missions militaires canadiennes. Comme il l'avait fait à plusieurs reprises dans le dossier afghan, le premier ministre a tenu cet automne à ce que la Chambre se prononce sur le prolongement de la mission militaire canadienne en Libye.

À force de faire sanctionner l'envoi de soldats au front par les Communes, la pratique est en voie de s'installer à demeure dans les moeurs parlementaires canadiennes.

Ils ne s'en vantent pas beaucoup, mais les deux principaux partis d'opposition ont eu voix au chapitre de la nomination récente des deux nouveaux juges de la Cour suprême.

Malgré leur appui passé à un projet de loi destiné à s'assurer que les membres du plus haut tribunal au pays soient capables d'entendre des causes dans les deux langues sans l'aide d'un traducteur, libéraux et néodémocrates avaient bel et bien donné leur bénédiction à une liste finale de candidats dont certains étaient unilingues.

Dans l'excitation ou la consternation provoquées par l'octroi de contrats d'entretien faramineux à des chantiers navals de la Nouvelle-Écosse et de la Colombie-Britannique la semaine dernière, le caractère inédit du processus qui a mené à la décision a rapidement été évacué du débat.

Le cabinet a été complètement écarté du choix des gagnants, et les résultats ont même été communiqués au public par de hauts fonctionnaires. Selon le professeur Donald Savoie, un expert en politique publique, les efforts du gouvernement Harper pour dépolitiser un processus vulnérable au favoritisme vont faire histoire non seulement au Canada, mais parmi ses partenaires internationaux.

***

Sur le front plus québécois, le gouvernement conservateur a rempli sa promesse de conclure une entente-cadre pour dédommager le Québec pour l'harmonisation de sa taxe de vente avec la TPS.

En campagne électorale, Stephen Harper ne s'était pas engagé explicitement à remplacer le pont Champlain. Le projet fédéral avancé ces dernières semaines n'est pas parfaitement ficelé, mais il correspond au signal clair réclamé par tous les intervenants dans ce dossier.

Au cours de ses deux mandats minoritaires, le Parti conservateur s'était engagé à redistribuer les sièges des Communes pour commencer à combler un déficit grandissant entre la représentation de l'Ontario, l'Alberta et la Colombie-Britannique en Chambre et leur poids démographique. Réélu à la tête d'un gouvernement majoritaire, il n'était pas question qu'il y renonce.

Il semble, par contre, qu'à la lumière des vives inquiétudes que suscite le projet au Québec, sa prochaine mouture pourrait comporter des changements. Selon les plus récents échos en provenance des officines gouvernementales, le projet aurait été remanié pour assurer que la représentation du Québec ne tombe pas en dessous de son poids démographique dans la fédération canadienne.

***

Et l'opposition officielle dans tout cela? Les sondages indiquent que la disparition de Jack Layton n'a pas fait perdre de terrain au NPD dans les intentions de vote québécoises. Selon CROP, l'appui au NPD au Québec se situait à 46 % la semaine dernière.

Mais le fait que l'électorat québécois a les yeux rivés sur l'Assemblée nationale plutôt que sur la performance néodémocrate en Chambre tombe plutôt bien pour le NPD ces temps-ci.

Dans les dossiers qui mettent en opposition les intérêts du Québec et ceux d'autres régions canadiennes, le NPD loge souvent à l'enseigne d'une auberge espagnole. L'entrée de la course au leadership de ténors parlementaires, comme Thomas Mulcair ou Paul Dewar, a dégarni ses banquettes aux Communes. Et dans son rôle de leader de l'opposition officielle à la période des questions, Nycole Turmel offre franchement la performance la plus faible de l'histoire récente des chefs intérimaires. Même Stephen Harper a parfois l'air de s'ennuyer de l'époque où son principal adversaire lui donnait un peu de fil à retordre.

***

Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.

chebert@thestar.ca
 
 
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  • amaranta - Inscrit
    24 octobre 2011 01 h 59
    Merci de nous rassurer!
    Tout va pour le mieux dans le Canada de plus en plus néo-conservateur de Stephen Harper.
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  •  
  • Mimi37 - Inscrit
    24 octobre 2011 08 h 11
    Bonne chance qu'on vous a!
    Avec toute les poussières qu'on nous envoi au yeux au Qc, bonne chance qu'on vous a pour nous ramener à la réalité du Canada qui est, beaucoup plus stable que tout ce qui se passe dans le "Cirque du Qc".

    Merci madame Hébert c'est très rafraîchissant de vous lire et très "calmant".
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  •  
  • Denis Paquette - Abonné
    24 octobre 2011 08 h 38
    Il y a vraiment des choses d'irésistibles
    Le Canada un état souverain, et les provinces, des nullités
    Apres les drapeaux et les portraits de la reine qu'en reste t-il
    Une gloriole a politiciens
    Merci M.Durham , comme vous aviez raison
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  • Johanne Lavallée Bernard Dupuis - Abonné
    24 octobre 2011 10 h 46
    Une autre mystification
    Contrairement à plusieurs lecteurs, je trouve que les analyses de Mme Hébert sont souvent ambiguës et incomplètes. Regardez ces deux exemples.

    Il est vrai que les deux partis d'opposition ont eu voix au chapitre et ont donné leur bénédiction à la nomination d'un juge unilingue à la Cour suprême. Et alors? Faut-il s'en réjouir? Qu'est-ce qui est une bonne chose? Que les députés de l'opposition soient consultés ou qu'ils aient accepté la nomination d'un juge monolingue anglophone?

    Le gouvernement Harper s'est servi de hauts fonctionnaires pour annoncer l'octroi de contrat faramineux à des chantiers navals excluant le Québec. Et alors? Qu'est-ce qui est une bonne chose? Cela ne prouve aucunement que le «cabinet a été complètement écarté du choix des gagnants». Comment croire que 32 milliards de dollars soient octroyés comme ça, par de simples fonctionnaires?

    Ce n'est pas parce que le NDP-NPD reçoit 42 % d'appui dans les sondages au Québec que cela en fait une opposition officielle digne de ce nom. Au moins cela, Mme Hébert est bien obligée de la reconnaître.

    Il me semble que Mme Hebert est souvent dans l'obligation de louvoyer et de nous prendre pour des lecteurs bien naïfs.

    Bernard Dupuis, Berthierville.
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  • Pierre Rousseau - Inscrit
    24 octobre 2011 11 h 28
    Volte-face du NPD
    J'aurais aimé que vous alliez un peu plus au fond des choses au sujet de la volte-face du NPD sur la liste de juges pour la Cour suprême. Qu'est-ce qui a fait qu'ils ont changé leur fusil d'épaule?

    Pour le reste vous avez raison, les conservateurs sont fidèles à leurs promesses et c'est ce que les gens qui ont voté pour eux voulaient...
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  • Alexandre Dionne - Abonné
    24 octobre 2011 14 h 53
    Mme Hébert....
    Est une grande fédéraliste : il ne faut pas trop lui demander d'avouer pourquoi les portraits de la Reine, le.... royalisme renouvellé et la loi sur le drapeau canadien sont non seulement une tentative de redevenir le " Natural Born Party " légitime de la part du PCC, mais du gros mépris envers le Québec pour mieux s'allier le ROC en laquelle prospère ce PCC majoritaire !

    Et que dire de l'attitude de Nycole Turmel et du NPD sur l'affaire du juge unilingue anglais, d'ailleurs candidement dénonçée par Françoise David de QS !

    C'est moi, ou bien rien de ceci ne figure dans ce panégyrique du ROC et du PCC-Harper de Mme Chantale Hébert ?
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  •  
  • Nelson - Inscrit
    24 octobre 2011 19 h 29
    J'espère que les coupures ne seront pas sauvages, et se feront par attricion, départs volontaires à la rétraite, couper des postes vides, etc.
    Si les coupures sont vraiment inévitables pour éviter des problèmes de décote et les situations pénibles que vivent les américains et europeens, qu'au moins se fassent :

    en tenant compte de ne pas affaiblir brusquement l'économie déjà fragile,

    et en respectant les serviteurs de l'État Canadien à couper, si absolument nécessaire.

    étaler ça dans le temps,

    départs volontaires dans un plan de retraite anticipé,

    coupures de postes vides et non pas des gens sur des postes,

    respecter les gens comme l'ont fait Bouchard et Landry qu'ont utilisé l'approche des départs volontaires à la retraite à partir de 55 ans et plus, pour réduire la taille de l'État.
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  •  
  • Mimi37 - Inscrit
    25 octobre 2011 08 h 32
    Alexandre Dionne
    "pourquoi le portrait de la reine...le royalisme renouvellé"

    Les anglophones ont autant droit à leur histoire que les francophones du Qc et d'ailleurs ont droit à la leure...

    Peut-être très difficile à comprendre pour certains mais bon!
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  •  
  • Jason Holborn - Inscrite
    3 novembre 2011 16 h 06
    Les phones
    "Les anglophones ont autant droit à leur histoire que les francophones"

    Je vien d'une famille anglophone et je ne m'interesse pas du tout en la monarchie. Je connais beaucoup d'anglophones qui n'aime pas a avoir un roi ou une reine, et j'ai rencontré quelques francophones qui pense que c'est une bonne idée a avoir un chef d'Etat non-élu mais héréditaire.
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