Photo de famille canadienne
La première chose qui frappe au sujet de la photo de famille des premiers ministres provinciaux, tel qu'on peut la reconstituer à la faveur de la conclusion en rafale d'une série de scrutins et de courses au leadership, c'est combien ses membres se ressemblent. La seconde, c'est combien peu ils ressemblent à Stephen Harper.
Six mois après la victoire fédérale majoritaire du 2 mai, le gène conservateur militant dont se revendique le premier ministre actuel est en régression dans les provinces. Cela inclut l'Alberta, le terreau de la droite qui est actuellement installée aux affaires pour quatre ans à Ottawa.
Dans cette province, la première ministre nouvellement désignée, Alison Redford, s'est inscrite en faux avec la mouvance conservatrice pure et dure au cours de sa campagne au leadership. En matière de filiation politique, elle se réclame de Joe Clark plutôt que de Stephen Harper. Elle a été élue leader du Parti conservateur de l'Alberta à la faveur d'un suffrage universel des membres de sa formation il y a une dizaine de jours.
En Colombie-Britannique, où le Parti libéral au pouvoir est essentiellement une coalition de centre droit, Christy Clark, choisie plus tôt cette année en remplacement du premier ministre Gordon Campbell, avait davantage d'accointances avec le PLC qu'avec les conservateurs fédéraux. Jusqu'à sa démission, M. Campbell avait été le plus solide allié provincial de Stephen Harper. Ce n'est pas le cas de sa successeure.
Aujourd'hui, les électeurs de Terre-Neuve-et-Labrador vont aux urnes. Si la tendance observée dans les sondages se maintient, la chef conservatrice Kathy Dunderdale va rejoindre ses collègues de l'Ontario, de l'Île-du-Prince-Édouard et du Manitoba dans le club des premiers ministres réélus en 2011.
Malgré la diversité des étiquettes politiques des uns et des autres, Mme Dunderdale va se retrouver en pays de connaissance.
Entre les libéraux Dalton McGuinty et Robert Ghiz et le néodémocrate Greg Selinger, les trois gagnants des scrutins de la semaine dernière, on chercherait en vain des distinctions idéologiques fondamentales. Comme Kathy Dunderdale, Alison Redford et Christy Clark, ils appartiennent au clan progressiste canadien au sens large.
Au pouvoir, ils ont gardé le cap sur le centre. Contrairement à la mouvance dominante du Parti conservateur fédéral, ils ne voient pas l'activisme gouvernemental comme un fléau à éradiquer. S'ils devaient choisir, leurs coeurs, contrairement à celui du premier ministre Harper, pencheraient davantage à gauche qu'à droite.
***
En rétrospective, la victoire majoritaire de Jean Charest au Québec au beau milieu de la tourmente économique en 2008 était annonciatrice de la tendance électorale actuelle. Et la recette Charest a fait école aussi bien à Ottawa qu'en Ontario et ailleurs.
Le printemps dernier, les conservateurs de Stephen Harper ont fait mouche en martelant le thème de la stabilité. Il s'agissait d'une version adaptée du slogan des deux mains sur le volant du premier ministre québécois
Cet automne, le même thème vient de permettre à une brochette de premiers ministres sortants d'avoir raison de l'usure du pouvoir. Dans certains cas, leur victoire était presque inespérée.
Il y a cent jours, les libéraux de l'Ontario et les néodémocrates du Manitoba semblaient voués à un aller simple à l'abattoir électoral. En début de campagne, M. McGuinty disputait le titre de champion provincial de l'impopularité à Jean Charest.
Au bout du compte, l'incertitude ambiante sur le front de l'économie et le désir de stabilité qui en résulte a eu raison du goût du risque et du changement. Un nombre important d'électeurs qui avaient reconduit les conservateurs au pouvoir à Ottawa en mai ont renvoyé l'ascenseur du pouvoir à des partis différents dans les provinces en octobre.
***
Le premier ministre Harper est finalement en terrain glissant quand il interprète sa victoire majoritaire comme un triomphe des valeurs conservatrices dont il se fait le champion.
Depuis cinq ans, la gouvernance économique des conservateurs fédéraux a été plus pragmatique qu'idéologique, en particulier dans la foulée de la crise parlementaire de 2008. Il s'agissait d'une approche obligée à la lumière de la situation minoritaire du gouvernement.
Ce pragmatisme a désolé les croyants conservateurs qui ont accusé le gouvernement Harper d'avoir vendu son âme. Tout indique néanmoins qu'il a davantage contribué au succès électoral de Stephen Harper que son credo de droite.
Mais, dans le même ordre d'idées, la thèse qui voudrait que le scrutin du 2 mai ait donné lieu une grande dérive canadienne vers la droite qui marginalise le Québec résiste tout aussi mal à l'analyse des rebondissements provinciaux.
Ils ne s'entendront certainement pas sur tous les sujets, mais dans l'ensemble, ses homologues provinciaux évoluent dans la même zone de confort progressiste que le premier ministre du Québec. Dans les faits, ce n'est pas Jean Charest, mais bien Stephen Harper qui détonne le plus dans la plus récente photo de famille fédérale-provinciale.
***
Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.
chebert@thestar.ca
Six mois après la victoire fédérale majoritaire du 2 mai, le gène conservateur militant dont se revendique le premier ministre actuel est en régression dans les provinces. Cela inclut l'Alberta, le terreau de la droite qui est actuellement installée aux affaires pour quatre ans à Ottawa.
Dans cette province, la première ministre nouvellement désignée, Alison Redford, s'est inscrite en faux avec la mouvance conservatrice pure et dure au cours de sa campagne au leadership. En matière de filiation politique, elle se réclame de Joe Clark plutôt que de Stephen Harper. Elle a été élue leader du Parti conservateur de l'Alberta à la faveur d'un suffrage universel des membres de sa formation il y a une dizaine de jours.
En Colombie-Britannique, où le Parti libéral au pouvoir est essentiellement une coalition de centre droit, Christy Clark, choisie plus tôt cette année en remplacement du premier ministre Gordon Campbell, avait davantage d'accointances avec le PLC qu'avec les conservateurs fédéraux. Jusqu'à sa démission, M. Campbell avait été le plus solide allié provincial de Stephen Harper. Ce n'est pas le cas de sa successeure.
Aujourd'hui, les électeurs de Terre-Neuve-et-Labrador vont aux urnes. Si la tendance observée dans les sondages se maintient, la chef conservatrice Kathy Dunderdale va rejoindre ses collègues de l'Ontario, de l'Île-du-Prince-Édouard et du Manitoba dans le club des premiers ministres réélus en 2011.
Malgré la diversité des étiquettes politiques des uns et des autres, Mme Dunderdale va se retrouver en pays de connaissance.
Entre les libéraux Dalton McGuinty et Robert Ghiz et le néodémocrate Greg Selinger, les trois gagnants des scrutins de la semaine dernière, on chercherait en vain des distinctions idéologiques fondamentales. Comme Kathy Dunderdale, Alison Redford et Christy Clark, ils appartiennent au clan progressiste canadien au sens large.
Au pouvoir, ils ont gardé le cap sur le centre. Contrairement à la mouvance dominante du Parti conservateur fédéral, ils ne voient pas l'activisme gouvernemental comme un fléau à éradiquer. S'ils devaient choisir, leurs coeurs, contrairement à celui du premier ministre Harper, pencheraient davantage à gauche qu'à droite.
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En rétrospective, la victoire majoritaire de Jean Charest au Québec au beau milieu de la tourmente économique en 2008 était annonciatrice de la tendance électorale actuelle. Et la recette Charest a fait école aussi bien à Ottawa qu'en Ontario et ailleurs.
Le printemps dernier, les conservateurs de Stephen Harper ont fait mouche en martelant le thème de la stabilité. Il s'agissait d'une version adaptée du slogan des deux mains sur le volant du premier ministre québécois
Cet automne, le même thème vient de permettre à une brochette de premiers ministres sortants d'avoir raison de l'usure du pouvoir. Dans certains cas, leur victoire était presque inespérée.
Il y a cent jours, les libéraux de l'Ontario et les néodémocrates du Manitoba semblaient voués à un aller simple à l'abattoir électoral. En début de campagne, M. McGuinty disputait le titre de champion provincial de l'impopularité à Jean Charest.
Au bout du compte, l'incertitude ambiante sur le front de l'économie et le désir de stabilité qui en résulte a eu raison du goût du risque et du changement. Un nombre important d'électeurs qui avaient reconduit les conservateurs au pouvoir à Ottawa en mai ont renvoyé l'ascenseur du pouvoir à des partis différents dans les provinces en octobre.
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Le premier ministre Harper est finalement en terrain glissant quand il interprète sa victoire majoritaire comme un triomphe des valeurs conservatrices dont il se fait le champion.
Depuis cinq ans, la gouvernance économique des conservateurs fédéraux a été plus pragmatique qu'idéologique, en particulier dans la foulée de la crise parlementaire de 2008. Il s'agissait d'une approche obligée à la lumière de la situation minoritaire du gouvernement.
Ce pragmatisme a désolé les croyants conservateurs qui ont accusé le gouvernement Harper d'avoir vendu son âme. Tout indique néanmoins qu'il a davantage contribué au succès électoral de Stephen Harper que son credo de droite.
Mais, dans le même ordre d'idées, la thèse qui voudrait que le scrutin du 2 mai ait donné lieu une grande dérive canadienne vers la droite qui marginalise le Québec résiste tout aussi mal à l'analyse des rebondissements provinciaux.
Ils ne s'entendront certainement pas sur tous les sujets, mais dans l'ensemble, ses homologues provinciaux évoluent dans la même zone de confort progressiste que le premier ministre du Québec. Dans les faits, ce n'est pas Jean Charest, mais bien Stephen Harper qui détonne le plus dans la plus récente photo de famille fédérale-provinciale.
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Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.
chebert@thestar.ca
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