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Photo de famille canadienne

Chantal Hébert   11 octobre 2011  Canada
La première chose qui frappe au sujet de la photo de famille des premiers ministres provinciaux, tel qu'on peut la reconstituer à la faveur de la conclusion en rafale d'une série de scrutins et de courses au leadership, c'est combien ses membres se ressemblent. La seconde, c'est combien peu ils ressemblent à Stephen Harper.

Six mois après la victoire fédérale majoritaire du 2 mai, le gène conservateur militant dont se revendique le premier ministre actuel est en régression dans les provinces. Cela inclut l'Alberta, le terreau de la droite qui est actuellement installée aux affaires pour quatre ans à Ottawa.

Dans cette province, la première ministre nouvellement désignée, Alison Redford, s'est inscrite en faux avec la mouvance conservatrice pure et dure au cours de sa campagne au leadership. En matière de filiation politique, elle se réclame de Joe Clark plutôt que de Stephen Harper. Elle a été élue leader du Parti conservateur de l'Alberta à la faveur d'un suffrage universel des membres de sa formation il y a une dizaine de jours.

En Colombie-Britannique, où le Parti libéral au pouvoir est essentiellement une coalition de centre droit, Christy Clark, choisie plus tôt cette année en remplacement du premier ministre Gordon Campbell, avait davantage d'accointances avec le PLC qu'avec les conservateurs fédéraux. Jusqu'à sa démission, M. Campbell avait été le plus solide allié provincial de Stephen Harper. Ce n'est pas le cas de sa successeure.

Aujourd'hui, les électeurs de Terre-Neuve-et-Labrador vont aux urnes. Si la tendance observée dans les sondages se maintient, la chef conservatrice Kathy Dunderdale va rejoindre ses collègues de l'Ontario, de l'Île-du-Prince-Édouard et du Manitoba dans le club des premiers ministres réélus en 2011.

Malgré la diversité des étiquettes politiques des uns et des autres, Mme Dunderdale va se retrouver en pays de connaissance.

Entre les libéraux Dalton McGuinty et Robert Ghiz et le néodémocrate Greg Selinger, les trois gagnants des scrutins de la semaine dernière, on chercherait en vain des distinctions idéologiques fondamentales. Comme Kathy Dunderdale, Alison Redford et Christy Clark, ils appartiennent au clan progressiste canadien au sens large.

Au pouvoir, ils ont gardé le cap sur le centre. Contrairement à la mouvance dominante du Parti conservateur fédéral, ils ne voient pas l'activisme gouvernemental comme un fléau à éradiquer. S'ils devaient choisir, leurs coeurs, contrairement à celui du premier ministre Harper, pencheraient davantage à gauche qu'à droite.

***

En rétrospective, la victoire majoritaire de Jean Charest au Québec au beau milieu de la tourmente économique en 2008 était annonciatrice de la tendance électorale actuelle. Et la recette Charest a fait école aussi bien à Ottawa qu'en Ontario et ailleurs.

Le printemps dernier, les conservateurs de Stephen Harper ont fait mouche en martelant le thème de la stabilité. Il s'agissait d'une version adaptée du slogan des deux mains sur le volant du premier ministre québécois

Cet automne, le même thème vient de permettre à une brochette de premiers ministres sortants d'avoir raison de l'usure du pouvoir. Dans certains cas, leur victoire était presque inespérée.

Il y a cent jours, les libéraux de l'Ontario et les néodémocrates du Manitoba semblaient voués à un aller simple à l'abattoir électoral. En début de campagne, M. McGuinty disputait le titre de champion provincial de l'impopularité à Jean Charest.

Au bout du compte, l'incertitude ambiante sur le front de l'économie et le désir de stabilité qui en résulte a eu raison du goût du risque et du changement. Un nombre important d'électeurs qui avaient reconduit les conservateurs au pouvoir à Ottawa en mai ont renvoyé l'ascenseur du pouvoir à des partis différents dans les provinces en octobre.

***

Le premier ministre Harper est finalement en terrain glissant quand il interprète sa victoire majoritaire comme un triomphe des valeurs conservatrices dont il se fait le champion.

Depuis cinq ans, la gouvernance économique des conservateurs fédéraux a été plus pragmatique qu'idéologique, en particulier dans la foulée de la crise parlementaire de 2008. Il s'agissait d'une approche obligée à la lumière de la situation minoritaire du gouvernement.

Ce pragmatisme a désolé les croyants conservateurs qui ont accusé le gouvernement Harper d'avoir vendu son âme. Tout indique néanmoins qu'il a davantage contribué au succès électoral de Stephen Harper que son credo de droite.

Mais, dans le même ordre d'idées, la thèse qui voudrait que le scrutin du 2 mai ait donné lieu une grande dérive canadienne vers la droite qui marginalise le Québec résiste tout aussi mal à l'analyse des rebondissements provinciaux.

Ils ne s'entendront certainement pas sur tous les sujets, mais dans l'ensemble, ses homologues provinciaux évoluent dans la même zone de confort progressiste que le premier ministre du Québec. Dans les faits, ce n'est pas Jean Charest, mais bien Stephen Harper qui détonne le plus dans la plus récente photo de famille fédérale-provinciale.

***

Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.

chebert@thestar.ca
 
 
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  • Marc-Andre Fortier - Abonné
    11 octobre 2011 06 h 30
    Portrait de famille
    Personnellement, je trouve le constat de Mme. Hébert rassurant. Il y a toujours de l'espoir au Canada. Vous aurez bien sûr deviné que je crains M.Harper et "ses" politiques...
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  • Jean Lapointe - Abonné
    11 octobre 2011 09 h 03
    J'espère que ça va continuer.
    Moi ce que j'espère c'est que les gouvernements des provinces se détachent de plus en plus d'Ottawa pour plutôt se regrouper entre eux pour mettre fin à l'actuelle fédération canadienne laquelle est complètement artificielle et inappropriée à notre époque.

    Il me semble que cette fédération a fait son temps et qu' il serait préférable qu'elle soit remplacée par 5 ou 6 Etats indépendants qui seraient beaucoup plus en mesure de se développer comme ils l'entendent.

    Il pourrait y avoir le Québec, bien sûr, comme pays indépendant, puis l' Ontario, puis les provinces du centre du territoire canadien, puis la Colombie et enfin les provinces maritimes.

    La fédération canadienne n'est plus vivable .Elle n'est plus gouvernable. Il faut y mettre fin.
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  • real@realo.ca - Abonné
    11 octobre 2011 11 h 32
    50%
    «Un nombre important d'électeurs qui avaient reconduit les conservateurs au pouvoir à Ottawa en mai ont renvoyé l'ascenseur du pouvoir à des partis différents dans les provinces en octobre.»

    En fait, ces électeurs ne sont simplement pas allés voter. Peut-être rassuré par Harper à Ottawa? Peut-être par désabusement? Lorsque 50% des électeurs ne vote pas, ils sont tout aussi importants que ceux qui ont voté.
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  • Nelson - Inscrit
    11 octobre 2011 17 h 37
    Harper est là à cause des ''commandites''.
    Les gens se rappellent et punissent encore les libéraux fédéraux pour le scandale des commandites.

    Pour cela Harper est là...avec 39% du vote canadien et juste 18% de celui des québécois.

    S'il croit que le Canada est a droite , il se met le doigt dans l'oeil.

    La grand majorité est contraire à la guerre, à ses politiques familiales dans le tiers monde, à ses politiques concernant l'environnement, à ses excentricités royalistes et ses menaces de prison pour un question de drapeau, etc.

    Les canadiens sont progressistes, évolués, modernes, instruits, sensibles aux moins fortunés, pacifistes, féministes, anti- homophobes, etc.

    Pour cela la politique canadienne fédéral et provinciales est la plus part du temps, libéral et Nouvel Démocratique, en étant le gouvernement actuel un accident de parcours, à cause des écarts éthiques des libéraux avec les commandites.
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  • Réal Ouellet - Abonné
    11 octobre 2011 17 h 44
    Canada des communautés
    @Jean Lapointe

    Ce dont vous parlez s'appelle le Canada des communautés. L'idée vient de Joe Clark, je crois. Elle n'a jamais eue l'attention qu'elle aurait dû avoir. On se souviendra que Joe clark avait une sensibilité pour le Québec. Or pour le Canada anglais c'est déjà trop.
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  • jpz - Abonné
    11 octobre 2011 23 h 25
    VIVE L'UNION CANADIENNE
    5 états régions autonomes comme l'union Européenne .
    et la mise à la retraite du gouvernement fédéral.
    Ainsi soit-il c'est urgent... sinon le ROC sera avalé par les USA.
    Les Québecois cesseront d'être "TANGUY" du Canada.
    et enfin le Québec sera souverain en terre d'Amérique...
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  •  
  • Yves Robitaille - Abonné
    12 octobre 2011 00 h 53
    Yves Robitaile
    On oublie toujours que le gouvernement majoritaire Haperien est fondé sur un vote majoritaire anti-Harperien (puisque le gouvernement canadien est devenu le Gouvernement Harper dans les communications gouvernementales, transformant le Canada en Harperland, Harper devient le point de référence, les conservateurs devenant des Harperiens). Il est normal que dix élections provinciales donnent un portrait plus juste qu'un scrutin fédéral avec le système pourri que nous avons. Avec u système uninominal à deux tours comme en France, le gouvernement du canada ne serait sans doute pas le gouvernement Harper,
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