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Revue de presse - Le silence de M. Clement

1 octobre 2011 | Manon Cornellier | Canada
Le refus obstiné du ministre Tony Clement de répondre de ses actes dans le dossier du Fonds d'infrastructures du G8 ne lui attire que des critiques. Certains demandent même sa tête.

Le Toronto Star est le dernier en date. Il rappelle que notre système parlementaire d'inspiration britannique repose sur la notion de la responsabilité ministérielle. «Cela signifie que les ministres doivent répondre de leurs actions devant la Chambre des communes. Ils peuvent être ambigus, déraper, éluder, esquiver, couper les coins ronds, recourir à la langue de bois, mais en fin de compte, ils doivent être prêts à se lever et à s'expliquer auprès de l'opposition. Ceux qui ne le font pas n'ont pas leur place au cabinet», tranche le Star. Selon le quotidien, «Clement doit agir en ministre ou partir».

Éric Duhaime, de l'agence QMI, est du même avis. Selon lui, Clement est devenu «le maillon le plus faible» du gouvernement Harper et son maintien en poste risque de nuire à ce dernier alors qu'il s'apprête à réduire ses dépenses annuelles de quatre milliards de dollars. Duhaime souligne que les documents obtenus par le NPD auprès de municipalités ontariennes montrent que Clement s'est bel et bien mêlé, et de bien des manières, du choix des projets financés avec les fonds du G8. «Bref, Clement a violé de façon répétée presque toutes les normes de reddition de comptes et d'éthique.» Or, c'est lui qui a pour tâche de «couper dans le gras». «Quelle autorité morale Clement a-t-il maintenant pour dire à un collègue de priver son ministère de quelques millions? Si le gouvernement veut conserver l'appui d'une large portion de la population pour cette opération [...], il doit être au-dessus de tout soupçon. Pour réussir, Harper n'a d'autre choix que d'écarter Clement dès que possible», conclut Duhaime.

Stephen Maher, de Postmedia News, pense lui aussi que la présence de Clement à la tête du Conseil du Trésor pose problème dans les circonstances puisque ce ministère doit superviser la gestion et les dépenses de tout le gouvernement. «Avec le Fonds du G8, Clement a contourné les règles qu'il est censé appliquer.»

Système miné

Chroniqueur au Toronto Star, Tim Harper estime que cet épisode illustre combien le gouvernement se moque d'un aspect important du processus parlementaire. Un poids lourd du cabinet est bombardé de questions et il reste là, assis, «se couvrant de ridicule» avec ses airs d'enfant mis en punition. Alors que le NPD fait son travail d'opposition en fouillant le dossier, en obtenant des preuves et en posant des questions, le gouvernement, lui, refuse de respecter sa part du contrat, soit répondre de ses actes aux Canadiens par le biais du Parlement. «Mais la période des questions est devenue, sous les conservateurs, le mouroir des questions.» Leur espoir est que l'affaire perde de son élan, mais pour l'instant, c'est l'inverse qui se produit.

L'Ottawa Citizen rappelle combien ce ministre a été associé à des controverses qui ont embêté le gouvernement. C'est lui qui a menti au sujet des recommandations du statisticien en chef sur le recensement. C'est encore lui qui a entrepris la bataille devant les tribunaux contre le site d'injection supervisée Insite. Et c'est toujours lui qui est plongé dans cette affaire autour du G8. «Cela pousse à se demander si c'est bien cet homme qui doit superviser la réduction de la taille de la fonction publique, un exercice qui doit être perçu comme équitable, transparent et responsable.» Le ministre a le devoir de répondre, dit le Citizen. En fait, tous les ministres devraient répondre aux questions qui leur sont adressées. Cela aiderait à la pertinence de la période des questions.

Le nouveau Parlement

Parlant du Parlement, son visage a beaucoup changé le 2 mai dernier, rappelle David Akin, de l'agence QMI. Le contraste entre les approches conservatrice et néodémocrate est plus clair que jamais. «Si cela dure quatre ans, et je soupçonne que ce sera le cas, la dynamique politique fédérale pourrait être radicalement transformée», au grand plaisir des deux partis, dit-il. Les libéraux, en revanche, vont en souffrir et risquent de se retrouver à la marge. Pour illustrer son propos, Akin rappelle que le NPD a voté contre la prolongation de la mission en Libye alors que dans le dossier afghan l'opposition officielle, libérale ou conservatrice, a appuyé le gouvernement au pouvoir. Les conservateurs, de leur côté, prennent avantage de leur majorité pour accélérer l'étude du projet de loi omnibus en matière de justice et imposer leur ordre du jour en comités. Le NPD promet de se démarquer des conservateurs et tenir son bout en défendant des positions claires sur des questions de fond. «Pensez-y: de vrais débats au Parlement! Les socialistes contre les conservateurs, les pacifistes contre les militaristes! Alléluia! Et, bien sûr, ces batailles rangées sur des sujets chauds vont aider à collecter des fonds auprès de leur base.» Akin croit que les libéraux en sortiront affaiblis, ce qui en amènera plusieurs à déserter le centre pour choisir un nouveau camp. Reste à voir lequel.
 
 
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