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Quel avenir pour M. Harper?

29 septembre 2011 | Norman Spector | Canada
Lundi, à la une du Hill Times — l'hebdomadaire de la colline parlementaire —, on lisait ce titre: «Le PM Harper pourrait être au pouvoir jusqu'en 2020, disent des experts.» Ledit «expert» cité s'est avéré être un chroniqueur politique. Et le scénario décrit paraissait tiré par les cheveux — même pour quelqu'un comme moi qui ai écrit en 2000 que Stephen Harper pourrait un jour devenir premier ministre du Canada!

Cela ne veut pas dire que M. Harper n'est pas en position de force — il a tout de même conduit son parti à la formation d'un gouvernement majoritaire et, surtout, il a relégué les libéraux à un statut de tiers parti aux Communes. Mais ne l'oublions pas, une semaine, ça peut être long en politique...

D'une part, M. Harper essuie une vive critique de la part des médias. Mais les mesures attaquées par les journalistes (la décision portant sur le recensement, par exemple) ont plutôt tendance à solidifier sa base politique. Alors que sa loi omnibus sur la criminalité constitue un sujet de controverse, beaucoup de Canadiens perçoivent au plus profond d'eux-mêmes que les punitions infligées aux délinquants devraient être proportionnelles aux crimes commis.

Côté politique étrangère, la ligne des conservateurs concernant le Moyen-Orient ne devrait pas causer plus de remous en 2015 qu'aux élections de 2011. Certes, cette politique est fustigée par d'anciens diplomates qui continuent de croire que le Canada doit pencher du côté des Palestiniens. Mais les Canadiens n'ont pas été offusqués par la perte d'un siège au Conseil de sécurité de l'ONU, un sujet qui préoccupe beaucoup ces anciens diplomates.

Certes, M. Harper a été vivement critiqué pour avoir insisté au sommet du G8 en mai dernier à Deauville pour que le communiqué final ne fasse référence qu'aux frontières de 1967 sans évoquer Israël comme la patrie du peuple juif (d'après un rapport publié dans Le Monde). Fait révélateur, cependant, cette position a été adoptée la semaine dernière par le Quartette pour le Moyen-Orient au moment où il tentait de relancer les négociations de paix israélo-palestiniennes.

En fait, depuis l'élection du président Obama, on peut dire que M. Harper a géré les relations canado-américaines avec beaucoup d'habileté. Faisant preuve de sagesse, il a refusé de jouer le jeu de la politique intérieure américaine, même lorsqu'il fut pressé de le faire par certains — lors du débat sur la réforme du système de santé de M. Obama, par exemple.

Sa gestion de l'oléoduc Keystone est astucieuse: par médias interposés, il explique aux Américains qu'il est dans leur intérêt de construire ce pipeline tout en leur donnant l'assurance que le Canada n'utilisera jamais la ressource comme un atout stratégique dans les relations internationales. Simultanément, le premier ministre Harper indique clairement son intention de développer les sables bitumineux d'une façon ou d'une autre, que le produit soit expédié vers l'Asie ou les États-Unis.

En fait, aujourd'hui, la menace principale qui pèse sur l'horizon de M. Harper a tout à voir avec l'économie mondiale. Disons-le clairement: le succès de M. Harper en 2015 dépend beaucoup plus de ce qui se passera début novembre au G20 à Cannes que de toutes ces dépenses engagées pour accueillir les sommets du G8 et du G20 en Ontario l'année dernière, et sur lesquelles on discute encore...

En partie, M. Harper doit sa réélection à ces sommets, qui ont réussi à rapprocher les Canadiens de la crise économique dans sa dimension internationale. Mais l'état de l'économie mondiale pourrait empirer d'ici la prochaine élection, et il n'y a aucune assurance que le Canada va être épargné, même de façon relative.

L'avenir de M. Harper dépendra aussi beaucoup des prochains dirigeants que choisiront les libéraux et les néodémocrates — et, en particulier, de la crédibilité économique de ces heureux élus.

Mais même si tout se passait à merveille pour un ou les deux partis de l'opposition, il est fort possible qu'ils continuent à diviser le vote à la prochaine élection, exactement comme ils l'ont fait lors de la dernière.

Au Québec, la quasi-disparition du Bloc québécois et le décès prématuré de Jack Layton créent une ouverture pour les conservateurs. La thèse selon laquelle M. Harper a fait une croix sur le Québec est farfelue: sans nier le fait que le poids politique du Québec au sein de la fédération a diminué, la politique reste un jeu d'addition et non pas de soustraction.

***

Norman Spector est chroniqueur politique pour le Globe and Mail
 
 
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