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Harper et Cameron en duo

Chantal Hébert   26 septembre 2011  Canada
Le passage en coup de vent du premier ministre britannique, David Cameron, à Ottawa n'a pas fait beaucoup de vagues. Cela tient davantage à un univers médiatique où l'important et l'insignifiant se côtoient de plus en plus en toute égalité qu'à son propos.

À l'heure où les observateurs cherchent un fil conducteur pour décoder les intentions, encore opaques, du gouvernement nouvellement majoritaire de Stephen Harper, l'allocution de son équivalent britannique mérite une relecture.

***

Il n'est pas rare, dans ce genre de circonstances, d'entendre un dignitaire étranger puiser dans le répertoire historique du pays hôte pour assaisonner son texte de citations du terroir. Il est plus rare d'entendre un homme politique en visite prendre à son compte les paroles d'un penseur contemporain.

L'histoire ne dit pas si le premier ministre Cameron a pris connaissance de l'ensemble de l'oeuvre de l'économiste Brian Lee Crowley avant d'en citer un passage selon lequel «de solides arguments permettent de croire que le XXIe siècle pourrait bien être celui du Canada».

Ses diplomates eux l'ont certainement parcourue. Quand un chef de gouvernement étranger prend la parole au Parlement, tous ses mots sont pesés d'avance. Si M. Cameron a cité l'économiste Crowley, c'est, entre autres choses, parce que, depuis le scrutin du 2 mai, le gouvernement a apparemment fait siennes certaines de ses thèses.

Car la phrase — anodine — de l'auteur en question s'inscrit dans un contexte qui est tout sauf banal.

En 2009, Crowley publiait un ouvrage consacré au déclin de ce qu'il décrivait comme les valeurs fondatrices du Canada et à leur essentielle (selon lui) résurrection. Dans Fearful Symmetry, il imputait ce déclin à la guerre que se sont livrée Ottawa et Québec à partir de la Révolution tranquille.

À la page 94 de son livre, l'auteur décrit notamment la mise au rancart de symboles rattachés à la Couronne britannique comme «le nettoyage de la mémoire historique du Canada anglais [...]».

Pour Crowley, l'émergence d'un Québec de moins en moins préoccupant pour la fédération canadienne constitue une condition gagnante pour le XXIe siècle et une occasion de se réapproprier un passé qu'il estime plus authentique que le présent du Canada moderne.

Depuis le scrutin du 2 mai, on assiste au retour en force de symboles associés au passé colonial sur lequel le Canada avait entrepris de tourner la page dans les années 60 et à une réaffirmation de ses racines anglo-saxonnes.

Dans son discours, David Cameron a lourdement salué ces efforts qu'il interprète comme un geste de rapprochement fraternel qui rehausse le calibre du Canada. Il a déclaré: «[...] le récent changement de nom du Commandement maritime et du Commandement aérien, qui s'appellent désormais "Marine royale canadienne" et "Aviation royale canadienne", illustre le mieux la valeur des forces canadienne et nous rend aussi fiers de servir à leurs côtés.»

Parmi les champs de bataille sur lesquels la Grande-Bretagne et le Canada ont combattu côte à côte, il n'y a pas l'Irak. À l'époque, des commentateurs anglophones avaient souligné que c'était la première fois que le Canada faisait faux bond à sa famille anglo-saxonne.

Cela ne se reproduira vraisemblablement pas sous Stephen Harper. Depuis son arrivée au pouvoir, il privilégie ses relations avec le monde anglo-saxon. L'ancien premier ministre australien John Howard a été le premier chef de gouvernement à s'adresser aux Communes sous son règne. Depuis le départ des travaillistes du pouvoir, les liens entre les Londres et Ottawa se sont resserrés.

Au moment de la guerre en Irak, George W. Bush et Tony Blair se décrivaient comme les membres d'une «coalition of the willing». David Cameron a repris la même expression (introuvable dans la transcription française) pour évoquer une alliance Canada-Grande-Bretagne sur le front économique mondial.

***

Il est rare qu'un gouvernement tienne un discours aussi alarmiste sur l'économie que l'opposition qui le critique, ce qui est pourtant le cas actuellement. La semaine dernière, Stephen Harper a profité de la visite de son homologue britannique pour en rajouter.

L'inquiétude est dans l'air du temps. En 2008, M. Harper avait été accusé de ne pas voir venir. Par la suite, il avait accepté l'idée, contre nature pour un conservateur de sa trempe, de combattre la récession à coups de dollars publics. La survie de son gouvernement minoritaire en dépendait.

Dans une chronique publiée dans le Toronto Star ce week-end, mon collègue Thomas Walkom laisse entendre que le ton pessimiste actuel du gouvernement prépare un autre retour aux sources conservatrices, sous la forme de mesures d'austérité qui vont détonner par rapport aux promesses rassurantes de la campagne électorale.

S'il a raison, la prestation conjointe des deux premiers ministres jeudi aura servi à mettre la table.

***

Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star
chebert@thestar.ca
 
 
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  • Gilbert Talbot Gilbert Talbot - Abonné
    26 septembre 2011 10 h 55
    Ouch ! On est pas sorti du bois!
    Les conservateurs sont au pouvoir au Canada et en Angleterre. Attachez vos tuques ça va etre beau : retour du thatchérisme : les pauvres seront encore plus pauvres, les chomeurs seront encore plus nombreux, les riches encore plus riches et moins nombreux, la répression encore plus fortes.
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  • Jacques Gagnon - Abonné
    26 septembre 2011 14 h 19
    Bravo encore madame Hébert
    C'est fou ce que l'on apprend de vous.
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  • Nelson - Inscrit
    26 septembre 2011 14 h 32
    MISTER HARPER, CAMERON N'AI PAS D'ARGENT POUR RELANCER SON ÉCONOMIE ET L'EMPLOI, AU CONTRAIRE DU CANADA.
    Europe ne peut pas mettre des plans de relance de l'économie et l'emploi,(comme le demi-trillion que Obama veut faire approuver par le Congrès USA), parce qu'ils ne sont pas en mesure de le faire, leur taux d'endettement est trop élevé par rapport à leur PNB.

    C'est n'est pas le cas de USA et Canada.

    Il y a de la place donc, comme propose Christiane Lagarde du FMI, de mettre de l'argent publique pour la relance de l'économie et l'emploi ...tout en réduisant les dettes et déficits, À MOYEN ET LONG TERME, M. HARPER...PAS TROP VITE....nous ne sommes pas en Grece.

    Écoutez libéraux et NDP...

    Et 61 % des canadiens que n'ont voté pour vous,

    Et respectez les sentiments des descendants des français, mettez la pédale douce avec des histoires de Couronne Anglaise....à moins que vous voulez l'indépendance du Québec. (82% n'ont pas voté pour vous).

    Même pour les britaniques royoalistes canadiens, la royauté a juste un valeur culturel.
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  • France Marcotte - Abonnée
    26 septembre 2011 18 h 25
    Que faire du Québec (s'il ne fait rien de lui-même)?
    "En 2009, Crowley publiait un ouvrage consacré au déclin de ce qu'il décrivait comme les valeurs fondatrices du Canada et à leur essentielle (selon lui) résurrection. Dans Fearful Symmetry, il imputait ce déclin à la guerre que se sont livrée Ottawa et Québec à partir de la Révolution tranquille."

    Et quelles sont les valeurs fondatrices du Canada pour ces messieurs?
    Le Québec français, tout le Canada français, ne semblent pas en faire partie.
    Les deux nations fondatrices (trois si on était juste), ça n'existe pas pour ces anglo-saxons.

    "Pour Crowley, l'émergence d'un Québec de moins en moins préoccupant pour la fédération canadienne constitue une condition gagnante pour le XXIe siècle et une occasion de se réapproprier un passé qu'il estime plus authentique que le présent du Canada moderne."

    Un Québec de moins en moins préoccupant...Comment ça, parce qu'il aura été neutralisé?
    Vous avez raison madame, le contexte des déclarations du PM Cameron est tout sauf banal et il ne faudrait laisser limportant se perdre dans l'insignifiant.
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  • Mimi37 - Inscrit
    26 septembre 2011 19 h 17
    Bon pour les francos mais pas pour les anglos
    Selon certains francophones du Qc, il est très important de se rappeler l'histoire de la Nouvelle-France ses colons et leur participation au Canada mais, les anglophones n'ont pas le droit de se rappeler l'histoire de la Grande-Bretagne ses colons et leur participation au Canada.

    Si, pour les britaniques royalistes canadiens, la royauté a juste une valeur culturel alors, pour les Québécois francophones dits de souche, eux n'ont surtout que la langue comme valeur culturel.
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  • Andre Vallee - Abonné
    26 septembre 2011 19 h 40
    Merci
    Vous lire c'est mieux comprendre.
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  • Jean Le May - Inscrit
    27 septembre 2011 09 h 23
    Pas mal de royauté, en effet
    Il y a manifestement intensification du "traitement royal! dans le contexte actuel. Qu'on se rappelle l'hallucinante "occupation tranquille" de Kate et William mais aussi des militaires et du politique à-plat-ventre. Occupation militaire d'une demi-heure pendant laquelle on a muselé les nationalistes. Et, si je me rappelle, on était pas loin de la Saint-Jean-Baptiste. C'était la sacralisation voulue d'un état de fait actuel. Des Plaines d'Abraham par les armes, mais des armes silencieuses.
    En plus du politique, on aura l'économique, à moins que ce ne soit la même chose?
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  • Mimi37 - Inscrit
    28 septembre 2011 07 h 52
    Trop à gauche
    Depuis les derniers 20 ans le Canada n'a cessé de se laisser "berné" par l'idéologie gauchiste qui n'aura servi qu'à 'déresponsabiliser' le citoyen pour favoriser un étatisme (in extremis à mon avis) beaucoup plus représentatif de l'Europe que de l'Amérique du Nord.

    Ceux, celles qui préfèrent le 'style européen' peuvent toujours aller vivre en Europe; ICI c'est l'Amérique.

    Plusieurs de nos ancêtres se sont battus et sont mort pour la Liberté des individus et non pas pour 'le contrôle du gouvernement' sur toutes nos vies.

    C'est par la responsabilité individuelle, la discipline que les Canadiens réussiront à se dépasser et non par une dépendance de plus en plus grandissante sur les "services" des gouvernements.
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  • Jean-Francois Trottier - Inscrit
    2 octobre 2011 16 h 15
    Le petit côté ridicule de l'identité
    Je vous remercie pour votre commentaire, Madame Hébert. Il vient rejoindre ma réflexion au sujet de la loi du drapeau qui, pour moi comme pour probablement la majorité des Québécois est totalement farfelue. Il faut passer l'Outaouais pour y trouver un sens quelconque.

    Quand on regarde un peu les cotes d'écoutes des télés du ROC, on constate que les postes américains sont bien plus écoutés que les Canadiens. Le plus gros show de cinéma américain a lieu à Toronto. La politique judiciaire et carcérale du gouvernement, intensément souhaitée à l'Ouest, est calquée sur le système américain. Notre non-intervention en Irak dont vous parlez a été décriée fortement de Thunder-Bay à Edmonton. Les Tea-baggers sont nombreux dans la plaine.

    L'identité Canadienne prend couleur de l'envahissant voisin. Depuis Trudeau il y a eu mille tentatives en provenance d'Ottawa pour donner une certaine identité à ce pays en forme de ruban frontalier.

    Selon ma perception de Québécois ça s'est tenu sur le front d'une seule particularité: un petit accent aigu sur le nom d'une province. Suite au pied de nez que Harper s'est fait servir en mai dernier, il est bien normal qu'il décide de modifier la donne pour au moins deux raisons: d'abord il connaît à fond son Ouest et la pensée sous-jacente qui y règne. Il ne peut que la respecter tant pour raisons électoralistes que selon son propre attachement. Ensuite, il sait que s'il montre encore le moindre signe de reconnaissance identitaire au Québec, la réaction de rejet envers la province "rebelle" sera immense.

    Portraits de la reine, culte irraisonné pour le drapeau, ces gestes nationaleux sont de son parcours. Mais s'appuyer sur la reine pour adorer l'unifolié... étrange de bacon.

    Je crois tout de même qu'il se dirige vers une défaite plutôt amère s'il continue ainsi. Mesure-t-il vraiment ce qu'il crée en tournant le dos au Québec ? L'Ontario-unificateur-de-l'empire risque de finir par se poser de
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