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    Chasse aux sorcières

    10 août 2011 |Manon Cornellier | Canada
    Cela a commencé avec la révélation que la chef intérimaire du NPD, Nycole Turmel, était membre du Bloc québécois jusqu'à l'hiver dernier. Cela a continué, hier, avec la divulgation de l'appartenance passée au Bloc — de 1993 à 2001 — du ministre conservateur Denis Lebel.

    Les commentateurs de la presse anglophone se sont déchaînés, affichant leur méfiance viscérale à l'endroit de quiconque a flirté avec la souveraineté. Les médias y ont aussi vu un filon à exploiter. Le Devoir a d'ailleurs appris que deux médias — la chaîne Postmedia News et le quotidien Toronto Star — ont entrepris de déterrer les allégeances passées des députés néo-démocrates.

    Postmedia News a envoyé un questionnaire — seulement en anglais — à tous les élus du NPD du pays pour savoir s'ils appartiennent ou ont déjà appartenu à un autre parti, lequel et depuis quand, et s'ils ont déjà fait des dons à ces partis.

    Le Toronto Star est plus direct, dans l'espoir, dit-il, de susciter un débat plus large sur l'unité du pays et la situation politique particulière au Québec. Le questionnaire qu'a obtenu Le Devoir n'est pourtant qu'en anglais et ne s'adresse qu'aux députés québécois du NPD. Au Star, on refuse de dire s'il en existe une version française ou si des députés québécois d'autres partis l'ont reçu. Dans celui envoyé aux députés du NPD, on ne veut pas seulement savoir s'ils ont adhéré à un autre parti, mais s'ils ont déjà voté pour le Bloc, pourquoi, et si le BQ a été une bonne chose pour le Québec. On leur demande s'ils se disent fédéralistes ou souverainistes, si ce fut toujours le cas et s'ils ont voté, et de quelle manière, lors des référendums de 1980 et 1995. Délicatesse extrême, on précise que les députés sont libres de répondre en français...

    ***

    Le fait que des politiciens fédéraux du Québec aient déjà eu des sympathies pour un parti souverainiste irrite, sans qu'on s'en étonne, bien des Canadiens anglais. Mais ce qui surprend, c'est l'indignation quasi unanime des commentateurs anglophones (les mêmes qui se réjouissaient de la déconfiture du Bloc) et le silence de la plupart sur la réalité politique québécoise des 20 dernières années. Ce sont leurs lecteurs qui le leur ont rappelé (sauf ceux de SunMedia où manger du Québécois fait recette). Les premiers bémols sont venus de ceux du Globe and Mail, le quotidien qui a dévoilé le passé bloquiste de Mme Turmel.

    «Si les ex-souverainistes devaient être à jamais noircis pour leurs convictions passées, pourquoi changeraient-ils d'idée?», demandait Adam Waiser, d'Ottawa. Selon lui, il faudrait plutôt espérer que Mme Turmel inspire d'autres souverainistes. «Il faut prendre en considération le fait qu'un électeur québécois à la gauche des libéraux provinciaux n'a d'autre choix que le Parti québécois et Québec solidaire. Jusqu'à la percée du NPD, le Bloc était la seule solution de gauche envisageable au fédéral. Il s'agit d'un calcul politique auquel les électeurs ne sont pas confrontés ailleurs au Canada, et nous devrions nous en souvenir», relevait Sidney North, de Vancouver, avant de rappeler l'appui passé de Stephen Harper à l'isolationnisme albertain.

    La réaction épidermique de la presse n'a eu d'égal que celle de la classe politique, Bloc compris. Dans le cas de ce dernier, on devine qu'il veut exploiter cette affaire pour tenter de mettre le feu aux poudres au Canada anglais et nuire au NPD qui lui a servi une raclée, mais de là à jouer les vierges offensées à la vue d'une bloquiste fédéraliste, il y a une marge.

    Les bloquistes, Bernard Landry en tête, semblent avoir oublié que le Bloc a toujours courtisé les fédéralistes soucieux d'une défense musclée des intérêts du Québec. Durant la campagne de 1993, un sondage Ekos révélait déjà que la moitié des Québécois jugeaient qu'on pouvait voter pour le Bloc sans être souverainiste. Le Bloc lui-même savait combien les raisons de l'appuyer étaient variées. Dans un mémo interne rédigé à l'époque à la suite d'entrevues menées avec des citoyens, le personnel du parti écrivait: «L'adhésion au Bloc tient à plusieurs facteurs: la personnalité du chef, le discours nationaliste, mais aussi l'hostilité à l'égard des vieux partis, un écoeurement profond qui conduit les gens à vouloir essayer autre chose. Bref, il y a une forte réaction de dépit qui favorise un nouveau parti. Le Bloc recueille donc le vote de protestation.»

    ***

    Les conservateurs, de leur côté, ont commencé à se pourlécher avant même la révélation du Globe. Le cas Lebel va calmer le jeu un brin, mais le molosse conservateur a montré par le passé que, lorsqu'il tombe sur un os, il le ronge jusqu'à la moelle, surtout s'il lui permet de miner la crédibilité de son adversaire.

    Le choix de Mme Turmel, dans ce contexte, fut-il une erreur? Pas nécessairement, mais il est clair que le NPD, qui connaissait son passé bloquiste sans s'en formaliser, n'avait pas prévu le coup, d'autant moins qu'il croyait le dossier clos après qu'il en eut été question durant la campagne électorale. Il a par conséquent sous-estimé la réaction que pouvait provoquer un retour sur le sujet. Non pas celle du public, mais celle des médias et des autres partis.

    Si ces derniers arrivent à imposer leur lecture de la situation, le NPD en sortira fragilisé. Sinon, ce sera une simple ridule sur le visage du parti lorsqu'il affrontera l'électorat dans quatre ans.

    ***

    mcornellier@ledevoir.com
     
     
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