Coupes conservatrices - Ce qui dérange
Au nom de l'efficacité, de la rentabilité, du retour rapide sur l'investissement, au nom de tous ces mots qu'on associe au rendement — comme si gérer de l'humain se réduisait à des normes industrielles —, le gouvernement Harper continue de multiplier en douce des petites compressions aux grands effets pour les organismes concernés. Une idéologie est en marche.
Il ne s'en explique guère, si ce n'est avec de lénifiantes formules faisant état «d'une nouvelle approche» ou de laisser la chance à d'autres, mais depuis trois ans, la manière du gouvernement conservateur de gérer les subventions fédérales n'a pas varié. Il s'agit de couper sans préavis des organismes financés depuis longtemps, qui n'ont rien vu venir mais qui ont besoin du soutien de l'État. Soucieux de leur survie, ceux-ci n'osent même pas protester, espérant encore pouvoir plaider leur cause, ou misant sur un revirement de situation dans l'avenir.
Ce scénario est bien connu: depuis 2008, il a été appliqué en culture, auprès des groupes de femmes, à l'aide internationale... Cet été, c'est au tour du studio Wapikoni mobile, cette belle idée de Manon Barbeau pour approcher de jeunes autochtones, et de groupes offrant de la formation spécialisée d'être ciblés.
Vues en silo, ces coupes ont chacune leur explication. On sait maintenant que des groupes de femmes ont été victimes de leur militantisme en faveur de l'avortement; à l'international, c'est la position propalestinienne de certains organismes qui leur a valu de perdre leurs subventions. Le financement du Wakiponi mobile, lui, aurait fait son temps: d'autres projets répondent maintenant mieux aux objectifs du ministère fédéral des Ressources humaines, affirme celui-ci.
Quant aux compressions appliquées en formation par ce même ministère, et révélées hier par Le Devoir, elles sont dues à une révision globale du Programme de conseils sectoriels, qui finance présentement 35 structures de formation. Les petits organismes qui travaillent en culture ou dans le secteur social ne sont donc pas spécifiquement visés, mais vu l'approche mur à mur privilégiée par le ministère, ce sont eux qui risquent la fermeture, pas les groupes relevant de l'industrie du plastique, de l'automobile ou du pétrole, ou visant des partenariats avec le privé.
Au-delà des détails, il faut surtout retenir que le processus en cours a une conséquence, réelle et dangereuse: celle de couper les ailes à ce qui dérange. Les groupes progressistes, qui osent parler de justice sociale; les artistes, ces quêteux qui ne devraient avoir droit au soutien de l'État que s'ils font courir les masses; les mal pris qui ont le fâcheux défaut de ne pas être immédiatement employables par le secteur privé, comme ces jeunes autochtones toxicomanes ou suicidaires auxquels Manon Barbeau s'est intéressée, tous ceux-là ne font pas partie de la société conservatrice. Elle les laisse donc tomber, sans état d'âme.
Cette conviction politique teinte maintenant toute l'approche étatique, qui n'en est plus une d'équité mais de loi de la jungle. Aux plus forts de surnager, eux seront soutenus. Si les autres ne peuvent survivre dès qu'on leur coupe leurs vivres, tant pis. De toute manière, ce gouvernement a sa manière de gérer les maux sociaux: la loi et l'ordre. À quoi bon perdre du temps en missions communautaires? Quelle ignorance, quel recul.
Mais le pire, c'est que le pire est à venir: les conservateurs ont encore 4 milliards de dollars à retrancher au cours des deux prochaines années...
Il ne s'en explique guère, si ce n'est avec de lénifiantes formules faisant état «d'une nouvelle approche» ou de laisser la chance à d'autres, mais depuis trois ans, la manière du gouvernement conservateur de gérer les subventions fédérales n'a pas varié. Il s'agit de couper sans préavis des organismes financés depuis longtemps, qui n'ont rien vu venir mais qui ont besoin du soutien de l'État. Soucieux de leur survie, ceux-ci n'osent même pas protester, espérant encore pouvoir plaider leur cause, ou misant sur un revirement de situation dans l'avenir.
Ce scénario est bien connu: depuis 2008, il a été appliqué en culture, auprès des groupes de femmes, à l'aide internationale... Cet été, c'est au tour du studio Wapikoni mobile, cette belle idée de Manon Barbeau pour approcher de jeunes autochtones, et de groupes offrant de la formation spécialisée d'être ciblés.
Vues en silo, ces coupes ont chacune leur explication. On sait maintenant que des groupes de femmes ont été victimes de leur militantisme en faveur de l'avortement; à l'international, c'est la position propalestinienne de certains organismes qui leur a valu de perdre leurs subventions. Le financement du Wakiponi mobile, lui, aurait fait son temps: d'autres projets répondent maintenant mieux aux objectifs du ministère fédéral des Ressources humaines, affirme celui-ci.
Quant aux compressions appliquées en formation par ce même ministère, et révélées hier par Le Devoir, elles sont dues à une révision globale du Programme de conseils sectoriels, qui finance présentement 35 structures de formation. Les petits organismes qui travaillent en culture ou dans le secteur social ne sont donc pas spécifiquement visés, mais vu l'approche mur à mur privilégiée par le ministère, ce sont eux qui risquent la fermeture, pas les groupes relevant de l'industrie du plastique, de l'automobile ou du pétrole, ou visant des partenariats avec le privé.
Au-delà des détails, il faut surtout retenir que le processus en cours a une conséquence, réelle et dangereuse: celle de couper les ailes à ce qui dérange. Les groupes progressistes, qui osent parler de justice sociale; les artistes, ces quêteux qui ne devraient avoir droit au soutien de l'État que s'ils font courir les masses; les mal pris qui ont le fâcheux défaut de ne pas être immédiatement employables par le secteur privé, comme ces jeunes autochtones toxicomanes ou suicidaires auxquels Manon Barbeau s'est intéressée, tous ceux-là ne font pas partie de la société conservatrice. Elle les laisse donc tomber, sans état d'âme.
Cette conviction politique teinte maintenant toute l'approche étatique, qui n'en est plus une d'équité mais de loi de la jungle. Aux plus forts de surnager, eux seront soutenus. Si les autres ne peuvent survivre dès qu'on leur coupe leurs vivres, tant pis. De toute manière, ce gouvernement a sa manière de gérer les maux sociaux: la loi et l'ordre. À quoi bon perdre du temps en missions communautaires? Quelle ignorance, quel recul.
Mais le pire, c'est que le pire est à venir: les conservateurs ont encore 4 milliards de dollars à retrancher au cours des deux prochaines années...
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