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Les partisans de Abdelrazik font appel à l'ONU

Hélène Buzzetti   15 juin 2011 14h15  Canada
«Avoir mon nom sur cette liste est très effrayant et crée une situation très difficile et très sombre», a expliqué M. Abdelrazik au cours d’une conférence de presse.
Photo : Jacques Nadeau -Le Devoir
«Avoir mon nom sur cette liste est très effrayant et crée une situation très difficile et très sombre», a expliqué M. Abdelrazik au cours d’une conférence de presse.
Ottawa — L’équipe de soutien d’Abousfian Abdelrazik, ce Canadien qui a croupi six ans au Soudan parce que le Canada refusait de lui émettre un passeport, s’est mis en route aujourd'hui pour l’Organisation des Nations Unies, à New York. Le groupe espère faire retirer le nom du Montréalais de la liste antiterroriste onusienne afin que l’homme puisse reprendre une existence normale.

«Avoir mon nom sur cette liste du comité 1267 est très effrayant et crée une situation très difficile et très sombre», a expliqué M. Abdelrazik au cours d’une conférence de presse. «Cela a compliqué ma vie et l’a rendue difficile.»

M. Abdelrazik a été inscrit sur une liste américaine d’interdiction de vol en 2003 puis sur la liste de l’ONU — par les États-Unis, croit-on — en 2006, alors qu’il voyageait dans son Soudan natal pour visiter sa mère. Ces inscriptions l’ont empêché de retourner au pays pendant six ans. Il aura fallu une décision de la Cour fédérale du Canada en 2009 pour forcer le gouvernement conservateur à le rapatrier.

L’inscription sur la liste antiterroriste a des conséquences majeures. Bien que M. Abdelrazik n’ait jamais été accusé de quoique ce soit, ni au Canada ni à l’étranger, il ne peut plus quitter le Canada. Son compte de banque et les 10 000 $ qu’il contenait ont été gelés, et il ne peut recevoir d’argent de quiconque, pas même de l’État ou d’un employeur. C’est pour cette raison, par exemple, que le gouvernement québécois a récemment refusé de lui verser ses allocations pour ses deux enfants. Québec doit d’abord obtenir d’Ottawa une dérogation pour verser la somme d’environ 3000 $ par année.

M. Abdelrazik tente de faire retirer son nom de la liste bien qu’il ait essuyé un premier refus en 2007. L’ONU s’est dotée en décembre 2009 d’un processus de révision des inscriptions sur sa liste antiterroriste. M. Abdelrazik est une des onze personnes ou groupes s’étant engagés dans ce processus.

L’ombudsperson, la Canadienne Kimberly Prost, a le mandat de rassembler de l’information, interroger le demandeur, les États et les organisations impliqués et préparer un rapport destiné au comité gestionnaire de la liste. Son critère est simple: elle doit, est-il écrit sur le site Internet, déterminer si «il y a suffisamment d’informations pour fournir une assise raisonnable et crédible à l’inscription sur la liste». Ce sont ultimement les 15 membres du Conseil de sécurité de l’ONU qui décident, par consensus, de retirer ou non le nom.

M. Abdelrazik ne déborde pas d’enthousiasme pour autant. «Je n’ai pas confiance en ce processus de retrait de la liste. Il est essentiellement le même», soutient-il. Émilie Breton, du projet Retour au bercail, opine. «Ce sont les membres du conseil de sécurité qui peuvent prendre la décision et ça inclut l’État qui est à la source de l’ajout du nom de M. Abdelrazik sur la liste. Alors l’accusateur et le juge sont les mêmes, ce qui est un déni de droit.»

Le Canada n’a pas réussi à se faire élire sur ce Conseil de sécurité de l’ONU. S’il y avait siégé, cela aurait-il changé quoique ce soit? Non, croit le groupe de soutien de M. Abdelrazik. Se avocats ont justement reçu cette semaine une lettre du gouvernement fédéral indiquant que bien qu’il ne s’opposerait pas à son retrait de la liste de l’ONU, il ne l’appuierait pas non plus.

La délégation, dont ne fait pas partie M. Abdelrazik puisqu’il ne peut pas quitter le pays et encore moins se rendre aux États-Unis, rencontrera à New York Daniel Krull, le chef de la délégation allemande à l’ONU. Cette rencontre est jugée importante car l’Allemagne occupe la présidence du comité 1267 responsable de la liste. Ce comité se rencontre d’ailleurs jeudi.

Selon le groupe de soutien de M. Abdelrazik, cette liste de l’ONU est d’abord et avant tout un «outil politique», rien de plus. La preuve en est, à leur avis, les tentatives récentes des États-Unis et de la Grande-Bretagne de retirer 18 leaders talibans afghans. Cela permettrait de réhabiliter les chefs talibans dans le but d’entreprendre des négociations de paix.

En outre, des failles commencent à lézarder le concept de liste antiterroriste. Le 6 avril dernier, 11 pays occidentaux (10 de l’Europe plus le Costa Rica) ont signé une lettre demandant un assouplissement du régime. Le groupe demande que les inscriptions aient une durée limitée à trois ans, que les personnes listées soient informées de ce qu’on leur reproche et que le vote de seulement 9 des 15 membres du Conseil de sécurité soient nécessaires pour retirer un nom. Un des signataires est l’Allemand Peter Whitting, le président du comité 1267 responsable de la liste. M. Abdelrazik est le seul Canadien à apparaître sur cette liste de l’ONU.
 
 
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