dimanche 27 mai 2012 Dernière mise à jour 16h33
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Climat de déni

Manon Cornellier   1 juin 2011  Canada
La chef du Parti vert, Elizabeth May, était tout sourire lundi au moment de son assermentation. Entourée de proches et d'amis, elle concrétisait son vieux rêve: devenir la première députée verte canadienne. Le sort a cependant voulu qu'elle brise cette barrière au moment où un gouvernement réputé pour son aveuglement environnemental obtenait un mandat majoritaire et le pouvoir d'en faire à sa tête.

Mme May profitera certainement de sa présence au Parlement pour tenter d'ouvrir les yeux des conservateurs, mais la tâche sera lourde et les moyens, très limités. Cette femme est toutefois l'optimisme en personne et une idéaliste dans l'âme. «J'ai toujours cru qu'une personne pouvait changer le monde, même si les chances ne sont que d'une sur six milliards. J'en ai maintenant de bien meilleures en étant une sur trois cent huit», a-t-elle dit après avoir prêté serment.

Espérons qu'elle a raison, car on parle ici d'un gouvernement qui s'est fait une spécialité de traîner les pieds dans le dossier des changements climatiques et une vertu de faire obstruction aux progrès de la communauté internationale à ce chapitre. Le bilan du gouvernement Harper est lourd et n'est pas près de changer, peu importent les mauvaises nouvelles.

***

Ainsi, alors que l'Agence internationale de l'énergie (AIE) révélait lundi que les émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) avaient augmenté de 5 % en deux ans, on apprenait que le gouvernement Harper faisait des pieds et des mains pour promouvoir les sables bitumineux. Selon Postmedia News, un plan aurait été élaboré pour embaucher une grande firme de relations publiques pour appuyer les efforts de promotion du bitume en Europe et combattre la volonté de certains pays d'exiger le respect de certaines normes environnementales avant d'autoriser son importation.

On comprend mieux le ton du dernier rapport sur les changements climatiques soumis aux Nations unies par le Canada. Le gouvernement y note que les émissions totales du Canada ont chuté de 6 % entre 2008 et 2009, à cause surtout du ralentissement économique. Mais, comme par hasard, on y passe sous silence le fait que les émissions de gaz à effet de serre (GES) produites par l'industrie des sables bitumineux ont augmenté, elles, de 20 %. On ne dit pas non plus que le taux d'émissions par baril a aussi grimpé, contrairement à ce que prétend l'industrie. Erreur? Niet. Des silences délibérés, a-t-on avoué au journaliste de Postmedia News.

Le déni ne s'arrête pas là. Au lendemain des élections, le ministre de l'Environnement, Peter Kent, a précisé qu'Ottawa maintiendrait le cap en matière de lutte contre les changements climatiques. Or, durant la campagne électorale, la fuite d'un document interne du ministère fédéral de l'Environnement taillait en pièces cette approche ciblée, fondée sur des règlements, des incitatifs financiers et des accords. «Cette option est la plus dispendieuse, qu'il s'agisse de l'impact sur l'ensemble de l'économie ou des coûts encourus par le gouvernement», écrivaient les fonctionnaires. Ils ajoutaient que cette politique offrait peu de certitude en ce qui a trait à l'atteinte de cibles de réduction. Selon eux, le recours à une solution fondée sur les forces du marché, comme l'imposition de plafonds assortis d'un système d'échange et d'achat de crédits d'émission, serait plus efficace. Comme par hasard, c'est ce que proposaient les partis d'opposition, à quelques variantes près.

***

Ceux que les changements climatiques n'émeuvent pas aiment souvent citer de possibles retombées positives, comme un meilleur accès aux ressources de l'Arctique et l'ouverture du passage du Nord-Ouest. Ce qui n'est pas pour demain, soit dit en passant. Entre-temps, par contre, le pergélisol dégèle, entraînant déjà un affaiblissement des infrastructures nordiques et la perte des routes hivernales qui donnent accès aux ressources minérales et forestières du Grand Nord et aux communautés qui en dépendent. Le phénomène est déjà abondamment documenté par les chercheurs.

Mais ce gouvernement n'a que faire de la recherche. Après tout, c'est lui qui a miné la capacité scientifique du pays dans ce domaine en ne renouvelant pas le financement du principal bailleur de fonds de la recherche universitaire sur le climat, la Fondation canadienne pour les sciences du climat et de l'atmosphère. Le budget dévoilé en mars ne prévoyait rien de plus pour cette organisation qui soutient plus de 150 projets de recherche et 24 réseaux de chercheurs, en plus d'assurer une certaine coordination avec l'étranger. Le budget de lundi prochain ne fera pas mieux, le programme électoral conservateur n'ayant rien promis en matière d'environnement.

Tous les signaux indiquent qu'il faut agir, et vite. À moins qu'on ne retienne que ceux du gouvernement canadien. L'AIE a pourtant été claire. Nous approchons plus vite que prévu du seuil critique, de ce niveau d'émissions pouvant entraîner une augmentation de plus de 2 degrés Celsius de la température planétaire.

L'arrivée du Parti vert aux Communes ne pouvait survenir à un meilleur moment. Elizabeth May ne sera pas seule à brandir la sonnette d'alarme, mais elle est certainement perçue comme la nouvelle conscience environnementale de ce Parlement. Il faut seulement espérer que les autres partis accepteront de lui faire une place malgré son statut de députée indépendante.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires  Chargement ...
  • Roger Lapointe Roger Lapointe - Abonné
    1 juin 2011 05 h 58
    Mentalité de créationniste.
    Cette mentalité/idéologie de créationniste se répercute dans toutes les actions du gouvernement Harper qui en a rien à foutre de la science et surtout de la vérité quand il s'agit d'intérêts capitalistes au sens le plus primaire du terme. Nous sommes dirigés par une bande d'incultes comme nous en avions pas vu la couleur depuis toujours. Ce gouvernement a de plus la détestable tendance de soutenir le sionisme mondial dans sa politique extérieure ce qui en ajoute à son rétrograde palmarès.Dieu que c'est long 4 ans...
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • André Loiseau - Abonné
    1 juin 2011 06 h 55
    Dieu le veut
    Les quatre prochaines années ne guériront pas l'aveuglement ou la "stupidité" des anglophones du ROC qui lui ont donné une majorité plus que confortable. Et j'ignorais que "majorité" signifiait "dictature" car il parait qu'il n'aurait de compte à rendre à personne pour mener à bien ses honteuses entreprises de démolitions. Nous aurions tout juste le droit de nous offusquer, comme Layton le fait si bien. Pourquoi un tel système qui ne pose pas de garde-fous à la duplicité?
    Et attendons-nous à être punis durant ces années à venir, même si le PM est celui de tous les "canadiens", selon la démocratie.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Michel Paillé - Abonné
    1 juin 2011 07 h 13
    Jusqu'en 2015, voire plus !

    Ce gouvernement est là jusqu’en 2015. Tout ce temps-là à faire à sa tête, à polluer, à nier les réalités. Dans quel état sera la planète en 2015 ?

    Michel Paillé, Québec

    http://michelpaille.com
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Simon Chamberland - Inscrit
    1 juin 2011 08 h 29
    Le Canada : perdant des changements climatiques
    Le Canada a tout à perdre des changements climatiques car cette dernière se produit trop rapidement, ce qui entraîne une forte érosion, une montée rapide vers le nord de certaines espèces porteuses de maladies, des déséquilibres météorologiques plus fréquents et des dommages sérieux aux structures construites sur le pergélisol.

    Autre chose, le Canada pourrait voir de nombreux réfugiés climatiques venir frapper à sa porte.

    Être en plein déni ne fait qu'aggraver les problèmes potentiels. Plus on attend, pire seront les conséquences.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Mathieu Gosselin - Abonné
    1 juin 2011 08 h 31
    Majorité, majorité et... Majorité!
    Bien sur qu'Elisabeth May arrive au bon moment et que les partis d'opposition sont bien intentionnés. Mais rappelons-nous que le Canada a élu les Conservateurs majoritaires, il faut se l'avouer. Aussi, le désintéressement progressif de la population face à la chose politique au pays pourrait avoir pour effet de donner plus de confort à cette majorité, surtout que l'opposition a l'air de beaucoup compter sur l'opinion publique pour être efficace contre le gouvernement.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • christian39 - Inscrit
    1 juin 2011 09 h 34
    le climat
    Imaginons que notre gouvernement change de direction et que toute pollution deviennent illégal. un Canada qui n'émettrait plus aucun polluent. vision utopique

    qu'est ce que cela changerait au niveau de la planète ? RIEN.

    il y a trop de pâys en émergence qui pollue de manière inimaginable et cela pour encore très longtemps, combien longtemps ? 100ans voir plus avant qu'il s'adapte a de nouvelle technologie en suivant le rythme que leur économie leur permet de suivre.?

    se n'est pas une raison pour se fermer les yeux et agir comme le gouvernement conservateur, mais ca peu faire réfléchir sur le système de répartition des richesses mondiales, notre système économique capitaliste est le PROBLÈME a la base et t'en que se système existera nos effort environnementaux seront des coups dans le vent. les effort d'une minorité sapé par la majorité.

    le canada seul ni peu pas grand chose, les unions internationales peuvent faire la différence si il ne tienne pas compte de l'économie et partage leur technologie et leur savoir faire avec le reste du monde pour produire des énergie propre a l'aide des courant des marée et le forage de puits géothermique, il nous faut un système économique nouveau et planétaire qui mettra un frein au développement au nom de l'économie pour devenir un développement au nom de l'humanité avec une vision a très très long terme, d'une manière jamais réaliser jusqu'ici.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • François Dugal - Abonné
    1 juin 2011 09 h 48
    Cro-magnon
    Du gaz pas cher pour mon pick-up, pis une équipe de la nationale en ville, dit l'homme de cro-magnon.
    Ben coudon ...
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • SusanK - Abonné
    1 juin 2011 15 h 22
    ET LA SURPOPULATION?
    Le Canada pourrait mettre sur pied toutes les mesures environnementales idéales d'ici les 50 prochaines années. Il n'y a rien qui va changer si les citoyens des pays du tiers-monde continuent à procréer comme des lapins.

    Ça va prendre plus de bouffe, donc plus de pesticides pour l'agriculture, donc moins de forêts et plus de dépotoirs pour enfouir les déchets. Tous ces bébés deviendront adultes et voyageront en auto un jour, donc plus de pollution. Et on peut développer longtemps à ce sujet.

    En Égypte seulement, quelque 1 million de bébés naissent à chaque année. Et ça, ce n'est que l'Égypte.

    Les gens devraient omprendre que le Canada, avec sa petite population d'environ 38 millions, n'est certainement pas le pollueur que plusieurs estiment.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Roland Berger - Abonné
    1 juin 2011 17 h 10
    Oups !
    « Le sort a cependant voulu qu'elle brise cette barrière au moment où un gouvernement réputé pour son aveuglement environnemental obtenait un mandat majoritaire et le pouvoir d'en faire à sa tête. » « L'arrivée du Parti vert aux Communes ne pouvait survenir à un meilleur moment. » Un troisième oeil aurait évité cette apparente contradiction.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Daniel Breton - Inscrit
    1 juin 2011 18 h 28
    à Christian 39
    ...que voilà une excellente raison pour continuer à ne rien faire!
    C'est complètement faux.

    1-être des pays qui amènent des solutions aux autres et donnent l'exemple.
    2-La Chine se démène comme un diable dans l'eau bénite pour trouver des solutions et nous les vendra car nous aurons été trop cons pour nous y mettre.

    Bref, on est soit des leaders (présentement on mène EXACTEMENT DANS LE MAUVAIS SENS) ou des suiveux.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • d.lauzon - Inscrit
    1 juin 2011 21 h 33
    L'élection d'Élisabeth May: la seule consolation des dernières élections
    La victoire d'Élisabeth May aux dernières élections a été mon prix de consolation. C'était la seule bonne nouvelle à laquelle je pouvais m'accrocher.

    J'espère qu'elle va être directe et qu'elle ne va pas se gêner pour humilier Stephen Harper et son gouvernement en leur mettant en pleine face leurs incongruités en matière d'environnement.

    On a un Amir Khadir à Québec et une Élisabeth May à Ottawa. C'est peu mais ils peuvent faire de grosses vagues.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
11 réactions
10 votes Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012