La journaliste Zahra Kazemi est inhumée dans son pays d'origine - Le Canada rappelle d'Iranson ambassadeur
Photo : Agence Reuters
Zahra Kazemi a été menée à son dernier repos, hier, à Shiraz, en présence de parents et amis.
Le gouvernement du Canada a fortement réagi à l'enterrement de la journaliste photographe montréalaise d'origine iranienne Zahra Kazemi, inhumée hier matin dans son village natal de Chiraz, au nord de Téhéran. Le ministre des Affaires étrangères, Bill Graham, a ordonné le rappel de l'ambassadeur du Canada en Iran, Philip MacKinnon, pour «voir quelles sanctions peuvent être appliquées contre l'Iran». Un geste que le pays islamique n'a pas du tout apprécié.
La journaliste, morte le 11 juillet après deux semaines d'incarcération, a été portée en terre «en présence de nombreux responsables gouvernementaux», a soutenu l'agence de presse officielle IRNA. L'Iran justifie l'enterrement par la signature d'un document officiel de la part de Ezzat Kazemi, la mère de Mme Kazemi, qui vit toujours en Iran.
Toujours selon l'agence IRNA, Ezzat Kazemi serait «heureuse» que sa fille soit enterrée dans son village natal, où elle pourra se «rendre sur sa tombe pour prier toutes les semaines». Elle aurait signé les papiers pour «empêcher toute mauvaise utilisation de cet incident tragique», selon la lettre officielle.
Cette version contredit celle des autorités canadiennes et du fils de Mme Kazemi, Stephan Hachemi, lesquels soutiennent avoir signé les documents officiels pour le rapatriement du corps samedi dernier, à l'ambassade du Canada en Iran, en accord avec la mère de la journaliste photographe. Stephan Hachemi continue de soutenir que sa grand-mère a été forcée, «le fusil sur la tempe», de suivre la volonté des autorités iraniennes.
D'ailleurs, la demande de rapatriement de la dépouille tient toujours, puisque la loi coranique n'empêche pas d'exhumer un corps s'il y a un doute sur les raisons de la mort, comme c'est le cas présentement.
Le ministre Bill Graham n'a pas changé de discours lui non plus. «Nous continuons d'insister pour que le corps soit rapatrié au Canada, selon les volontés de son fils», a-t-il indiqué, avant d'ajouter qu'une «enquête ouverte et transparente» doit être menée dans cette affaire.
Signal clair à l'Iran
À la sortie d'une réunion de son cabinet hier, Jean Chrétien n'est pas passé par quatre chemins pour qualifier le geste iranien. «Je suis très mécontent qu'ils aient enlevé et tué une journaliste, a-t-il dit. C'est inacceptable. [...] Je pense que ce qu'ils ont fait est horrible.»
Le gouvernement a donc décidé de passer à l'action et a rappelé son ambassadeur en Iran, qui devrait arriver à Ottawa d'ici demain. «Tous les gouvernements savent que le rappel d'un ambassadeur est une façon diplomatique de faire part d'un extrême mécontentement et d'une extrême inquiétude à l'endroit des actions prises par un État», a soutenu Bill Graham. Des sanctions économiques contre l'Iran ne sont pas écartées.
Le ministre a toutefois refusé de renvoyer les diplomates iraniens présents au Canada, comme le réclamait l'Alliance canadienne. «C'est très difficile de renvoyer des gens lorsqu'on veut avoir des pourparlers avec eux», a-t-il expliqué.
Les réactions n'ont pas tardé à Téhéran. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Hamid Reza Assefi, a qualifié «d'injustifiable» l'attitude du Canada dans toute cette affaire. «Le rappel d'un ambassadeur pour consultations est une chose normale dans les relations diplomatiques, mais l'attitude du Canada à propos du décès regrettable d'une ressortissante iranienne est injustifiable», a-t-il soutenu.
Les autorités iraniennes ne reconnaissent pas la double nationalité et considèrent Zahra Kazemi comme Iranienne uniquement. «Nous espérons que le Canada évitera des actions précipitées et illogiques qui pourraient rendre la situation encore plus compliquée», a déclaré Hamid Reza Assefi.
Mais pour Hossein Mahoutiha, coordonnateur de l'Association de la défense des droits de l'homme en Iran, section Montréal, le geste canadien est «trop peu, trop tard». «Le Canada avait misé sur les réformateurs [dont le président Khatami] pour régler le dossier en Iran, mais on voit que le gouvernement canadien a perdu sa mise, soutient-il. Ce n'est pas un gouvernement démocratique qu'ils ont en face d'eux, c'est un gang mafieux. L'Iran comprend seulement le langage très dur et le Canada ne leur a pas parlé comme ça.»
Coupable jamais trouvé?
Mardi, à la suite du rapport d'enquête remis par quatre ministres iraniens, le gouvernement islamique a nommé le procureur général de Téhéran, Saïd Mortazavi, pour identifier et punir les coupables «du meurtre ou de l'accident» de Zahra Kazemi. Une vraie farce, selon Hossein Mahoutiha, puisque Mortazavi est considéré comme le principal suspect dans cette affaire, autant par les députés réformateurs iraniens que par la communauté internationale.
«C'est comme demander à un loup de compter les brebis, c'est sûr qu'il va mentir», affirme Hossein Mahoutiha. Il soutient que c'est la preuve que les conservateurs ont repris le contrôle de la situation. «En Iran, le système judiciaire n'est pas fait pour trouver la vérité, mais pour servir le régime, dit-il. C'est une démonstration de force des religieux qui veulent montrer que ce sont eux qui détiennent encore le pouvoir. En confiant le reste de l'enquête à Mortazavi, c'est une façon claire et nette de démontrer qu'on ne veut pas faire la lumière et qu'ils veulent qu'on oublie l'affaire.»
Reporters sans frontières a demandé hier au Canada de «prendre l'initiative de créer une commission d'enquête internationale» sur les circonstances de la mort de la journaliste, puisque le rapport iranien faisait uniquement état «d'une hémorragie au cerveau résultant d'une fracture du crâne», sans dire qui étaient les auteurs ou comment la fracture s'était produite.
«Il apparaît clairement aujourd'hui que seule une enquête internationale permettra d'identifier les coupables, souligne par voie de communiqué le secrétaire général de l'organisme, Robert Ménard. Le régime iranien n'a manifestement aucune volonté de faire toute la lumière sur cette affaire et de poursuivre les responsables de ce meurtre.»
Avec l'Agence France-Presse et la Presse canadienne
La journaliste, morte le 11 juillet après deux semaines d'incarcération, a été portée en terre «en présence de nombreux responsables gouvernementaux», a soutenu l'agence de presse officielle IRNA. L'Iran justifie l'enterrement par la signature d'un document officiel de la part de Ezzat Kazemi, la mère de Mme Kazemi, qui vit toujours en Iran.
Toujours selon l'agence IRNA, Ezzat Kazemi serait «heureuse» que sa fille soit enterrée dans son village natal, où elle pourra se «rendre sur sa tombe pour prier toutes les semaines». Elle aurait signé les papiers pour «empêcher toute mauvaise utilisation de cet incident tragique», selon la lettre officielle.
Cette version contredit celle des autorités canadiennes et du fils de Mme Kazemi, Stephan Hachemi, lesquels soutiennent avoir signé les documents officiels pour le rapatriement du corps samedi dernier, à l'ambassade du Canada en Iran, en accord avec la mère de la journaliste photographe. Stephan Hachemi continue de soutenir que sa grand-mère a été forcée, «le fusil sur la tempe», de suivre la volonté des autorités iraniennes.
D'ailleurs, la demande de rapatriement de la dépouille tient toujours, puisque la loi coranique n'empêche pas d'exhumer un corps s'il y a un doute sur les raisons de la mort, comme c'est le cas présentement.
Le ministre Bill Graham n'a pas changé de discours lui non plus. «Nous continuons d'insister pour que le corps soit rapatrié au Canada, selon les volontés de son fils», a-t-il indiqué, avant d'ajouter qu'une «enquête ouverte et transparente» doit être menée dans cette affaire.
Signal clair à l'Iran
À la sortie d'une réunion de son cabinet hier, Jean Chrétien n'est pas passé par quatre chemins pour qualifier le geste iranien. «Je suis très mécontent qu'ils aient enlevé et tué une journaliste, a-t-il dit. C'est inacceptable. [...] Je pense que ce qu'ils ont fait est horrible.»
Le gouvernement a donc décidé de passer à l'action et a rappelé son ambassadeur en Iran, qui devrait arriver à Ottawa d'ici demain. «Tous les gouvernements savent que le rappel d'un ambassadeur est une façon diplomatique de faire part d'un extrême mécontentement et d'une extrême inquiétude à l'endroit des actions prises par un État», a soutenu Bill Graham. Des sanctions économiques contre l'Iran ne sont pas écartées.
Le ministre a toutefois refusé de renvoyer les diplomates iraniens présents au Canada, comme le réclamait l'Alliance canadienne. «C'est très difficile de renvoyer des gens lorsqu'on veut avoir des pourparlers avec eux», a-t-il expliqué.
Les réactions n'ont pas tardé à Téhéran. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Hamid Reza Assefi, a qualifié «d'injustifiable» l'attitude du Canada dans toute cette affaire. «Le rappel d'un ambassadeur pour consultations est une chose normale dans les relations diplomatiques, mais l'attitude du Canada à propos du décès regrettable d'une ressortissante iranienne est injustifiable», a-t-il soutenu.
Les autorités iraniennes ne reconnaissent pas la double nationalité et considèrent Zahra Kazemi comme Iranienne uniquement. «Nous espérons que le Canada évitera des actions précipitées et illogiques qui pourraient rendre la situation encore plus compliquée», a déclaré Hamid Reza Assefi.
Mais pour Hossein Mahoutiha, coordonnateur de l'Association de la défense des droits de l'homme en Iran, section Montréal, le geste canadien est «trop peu, trop tard». «Le Canada avait misé sur les réformateurs [dont le président Khatami] pour régler le dossier en Iran, mais on voit que le gouvernement canadien a perdu sa mise, soutient-il. Ce n'est pas un gouvernement démocratique qu'ils ont en face d'eux, c'est un gang mafieux. L'Iran comprend seulement le langage très dur et le Canada ne leur a pas parlé comme ça.»
Coupable jamais trouvé?
Mardi, à la suite du rapport d'enquête remis par quatre ministres iraniens, le gouvernement islamique a nommé le procureur général de Téhéran, Saïd Mortazavi, pour identifier et punir les coupables «du meurtre ou de l'accident» de Zahra Kazemi. Une vraie farce, selon Hossein Mahoutiha, puisque Mortazavi est considéré comme le principal suspect dans cette affaire, autant par les députés réformateurs iraniens que par la communauté internationale.
«C'est comme demander à un loup de compter les brebis, c'est sûr qu'il va mentir», affirme Hossein Mahoutiha. Il soutient que c'est la preuve que les conservateurs ont repris le contrôle de la situation. «En Iran, le système judiciaire n'est pas fait pour trouver la vérité, mais pour servir le régime, dit-il. C'est une démonstration de force des religieux qui veulent montrer que ce sont eux qui détiennent encore le pouvoir. En confiant le reste de l'enquête à Mortazavi, c'est une façon claire et nette de démontrer qu'on ne veut pas faire la lumière et qu'ils veulent qu'on oublie l'affaire.»
Reporters sans frontières a demandé hier au Canada de «prendre l'initiative de créer une commission d'enquête internationale» sur les circonstances de la mort de la journaliste, puisque le rapport iranien faisait uniquement état «d'une hémorragie au cerveau résultant d'une fracture du crâne», sans dire qui étaient les auteurs ou comment la fracture s'était produite.
«Il apparaît clairement aujourd'hui que seule une enquête internationale permettra d'identifier les coupables, souligne par voie de communiqué le secrétaire général de l'organisme, Robert Ménard. Le régime iranien n'a manifestement aucune volonté de faire toute la lumière sur cette affaire et de poursuivre les responsables de ce meurtre.»
Avec l'Agence France-Presse et la Presse canadienne
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