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    Notes de campagne (2)

    Chantal Hébert
    18 avril 2011 |Chantal Hébert | Canada | Chroniques
    Après avoir regardé aller Jack Layton pendant les deux débats télévisés de la semaine dernière, on comprend mieux pourquoi le NPD avait intérêt à aller en campagne avec lui à sa tête ce printemps plutôt que de prendre le risque que sa santé ne lui permette plus de continuer à diriger son parti dans un an ou plus.

    On voit mal comment un autre chef néo-démocrate — moins aguerri et moins bien établi dans l'opinion publique — aurait pu tirer aussi efficacement son épingle du jeu des débats télévisés. La plupart du temps dans le passé, le NPD est sorti de l'exercice dans le rôle attitré de cinquième roue du chariot fédéral.

    Dans un premier temps, les débats 2011 ont confirmé — si besoin était — que Jack Layton est suffisamment en possession de ses moyens physiques pour mener la rude vie d'un chef en campagne et, par la suite, pour faire un autre bout de chemin à la tête du NPD dans le prochain Parlement.

    Dans un second temps, ils auront démontré que sa quatrième campagne le trouve au sommet de sa forme politique. La version 2011 de Jack Layton est infiniment plus efficace sur le plan de la livraison du contenu que ses prédécesseurs néodémocrates. Reste à voir si ce sera suffisant pour que le NPD arrive en bon état au fil d'arrivée du 2 mai.

    ***

    De l'avis général, Joe Clark, qui était alors le chef du Parti progressiste-conservateur, avait gagné les deux débats de la campagne 2000. Mais le jour du vote, sa formation avait dû se contenter d'une pitoyable douzaine de sièges.

    Le NPD actuel est en meilleure santé que la formation diminuée qu'a menée Joe Clark dans sa dernière incarnation politique. À l'ouest de l'Ontario, les néo-démocrates sont la plupart du temps la principale force d'opposition aux conservateurs.

    Mais au Québec et en Ontario — les provinces qui comptent pour les deux tiers des sièges fédéraux — Jack Layton aura fort à faire pour faire durer l'effet débat jusque dans l'isoloir.

    Toutes régions confondues, c'est au Québec que le NPD a connu la plus nette progression depuis 2008, mais c'est également en territoire québécois que le défi de transformer le succès d'estime des débats en sièges est le plus grand.

    Sur papier, le terrain le plus favorable au NPD est celui de circonscriptions à profil libéral et fédéraliste, comme Outremont ou encore Hull-Aylmer et Gatineau. En région, par contre, les néo-démocrates sont généralement mieux placés pour brouiller les cartes que pour faire des gains.

    Cela dit, la montée de l'ADQ au scrutin québécois de 2007 et l'arrivée surprise du Parti conservateur fédéral dans le paysage au scrutin fédéral de 2006 ont démontré que le Québec est capable de mouvements d'opinion qui ont l'allure de grands coups de vent électoraux.

    Pour la suite des choses pour le NPD, l'Ontario encore davantage que le Québec est le terrain de tous les dangers. À plusieurs reprises dans le passé, la perception d'une grande menace conservatrice a incité une frange importante du contingent néo-démocrate de cette province à se replier sur le PLC.

    La performance de Jack Layton aux débats a eu pour effet d'enrayer ce mouvement. Mais personne ne peut jurer qu'une série de sondages qui placeraient Stephen Harper en territoire majoritaire n'aurait pas un impact dévastateur pour le NPD sur la psychologie électorale ontarienne.

    Ceci expliquant cela, au lendemain des débats, conservateurs et néo-démocrates ont tourné ensemble leurs canons vers le PLC. Pour remporter la majorité qu'il ambitionne, Stephen Harper a besoin de s'accaparer l'aile droite du PLC. Pour le NPD, la meilleure façon de prévenir une saignée de fin de campagne vers les libéraux consiste à les rendre repoussants.

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    Les libéraux ont répliqué en martelant le clou de la santé. Ils risquent de se taper sur les doigts. D'abord parce que bien des électeurs identifient davantage le NPD au thème de la santé que le PLC. Ensuite, parce que dans l'histoire moderne du Canada, personne n'a sabré autant dans le budget de la santé que l'équipe Chrétien/Martin à l'époque de la guerre au déficit des années 90.

    L'entente de dix ans négociée par le gouvernement Martin en 2004 pour réparer les dégâts est le seul grand chantier libéral que Stephen Harper n'a pas fermé à son arrivée au pouvoir. Pour se blinder davantage, le chef conservateur a promis pendant la campagne de maintenir le rythme d'augmentation du transfert aux provinces pour la santé à 6 % pour la durée du prochain mandat (2016).

    Dans les faits, un gouvernement majoritaire conservateur est plus susceptible de se servir de la nécessaire lutte contre le déficit et de l'essentielle préservation du régime d'assurance-maladie pour réduire le reste de l'appareil fédéral à sa plus simple expression que de sabrer les budgets de la santé.

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    Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.

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    chebert@thestar.ca












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