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    Aucune mesure pour réintégrer le Québec

    Duceppe reproche à ses adversaires leur absence de propositions sur le front constitutionnel

    14 avril 2011 |Alec Castonguay, Hélène Buzzetti | Canada
    C’est lors du cinquième et avant-dernier segment du débat, consacré à la Constitution, que les quatre chefs ont fait preuve d’un peu de passion. <br />
    Photo: Agence Reuters C’est lors du cinquième et avant-dernier segment du débat, consacré à la Constitution, que les quatre chefs ont fait preuve d’un peu de passion.
    Ottawa — La place du Québec au sein du Canada a donné lieu aux moments les plus passionnés du débat des chefs en français hier soir. Et un constat s'est imposé: ni Michael Ignatieff ni Stephen Harper n'ont l'intention de prendre des mesures pour réintégrer le Québec dans le giron constitutionnel canadien. Pour les deux hommes, ce débat est dépassé.

    C'est lors du cinquième et avant-dernier segment du débat que les quatre chefs ont fait preuve d'un peu de passion. Le chef du Bloc québécois, dans son élément, s'en est pris à chacun de ses adversaires tour à tour pour leur reprocher leur absence de propositions sur le front constitutionnel.

    À Michael Ignatieff, il lui a reproché de ne rien proposer d'autre aux Québécois que de participer au projet canadien. «Vous êtes le chef du parti qui a imposé une Constitution au Québec. Vous devriez avoir une position. Moi je suis souverainiste. Vous me dites que vous l'aimez, vous l'aimez, vous l'aimez le Québec. J'aimerais cela que vous le prouviez!» a-t-il lancé.

    Dans un élan de candeur, M. Ignatieff s'est exclamé: «Nous sommes en 2011, M. Duceppe! [...] Oui, j'aimerais cela que le Québec soit inclus dans la Constitution, mais les familles que je rencontre, ce n'est pas leur priorité principale.» L'idée de concéder des pouvoirs supplémentaires a aussi été écartée par le chef libéral. «Vous avez tout ce qu'il vous faut pour être souverain dans les domaines de compétences provinciales. Le Québec est plus respecté que jamais! Je ne comprends pas pourquoi la souveraineté reste pertinente dans un monde actuel.»

    À cela, Stephen Harper lui a donné raison. Le chef conservateur n'était toutefois pas en reste. C'est lui qui a dû entamer le face-à-face avec Gilles Duceppe dans ce segment. Ce dernier l'a accusé de ne pas avoir respecté sa promesse de donner un siège au Québec à l'UNESCO. «Il a raison de dire que le Québec se tient debout à l'UNESCO. Il a raison: il n'a pas de siège!» M. Harper a soutenu que ce siège existait et qu'il avait le même poids que celui du Québec à la Francophonie, ce qui est faux.

    M. Harper a vanté sa reconnaissance de la nation québécoise «dans un Canada uni». «Pour la première fois, on a utilisé le mot "canadien" pour désigner la nation», s'est félicité le chef conservateur. Encore là, M. Duceppe a saisi l'occasion pour marteler que cette reconnaissance ne s'était pas accompagnée de gestes concrets. Il a rappelé la tentative de rapatrier à Toronto la commission des valeurs mobilières ou encore l'abolition du registre des armes à feu, deux initiatives auxquelles l'Assemblée nationale s'était opposée unanimement. «Vous contredisez systématiquement les consensus de l'Assemblée nationale.»

    Quant à Jack Layton, il s'est vanté de diriger un parti qui le premier a reconnu la nation québécoise... en 1961. «Et après cela, vous avez approuvé le rapatriement de la Constitution et l'adoption de la loi sur la clarté!» a répliqué du tac au tac Gilles Duceppe.

    M. Harper, après le face-à-face avec M. Duceppe, s'est totalement effacé de ce débat entre les trois autres. Après près de 10 minutes de discussion, il a réintégré la conversion, les bras en croix, pour dire que c'était la raison pour laquelle il demandait un gouvernement majoritaire: parce que les souverainistes de M. Duceppe et les «centralisateurs» de M. Ignatieff ne pourraient jamais s'entendre.

    Gilles Duceppe, le plus expérimenté du groupe — c'était son 14e débat —, s'est d'ailleurs rapidement présenté comme le seul chef capable de défendre les intérêts du Québec. «Mon engagement est de servir le Québec. Si c'est bon, on appuie et c'est tant mieux. Si ce n'est pas bon, je m'oppose et je vis avec les conséquences.» Jack Layton lui a alors répliqué que le Bloc québécois est «une équipe de défenseurs», sans aucun attaquant. «Le NPD peut compter des buts», a lancé Jack Layton. «Depuis que le Bloc existe, il a toujours eu plus de joueurs sur la glace que le NPD!» lui a lancé M. Duceppe.

    Stephen Harper, qui cherche à consolider ses circonscriptions au Québec, a réussi à passer son message axé autour de l'économie, n'étant pas attaqué avec force sur le sujet par ses adversaires. Le chef conservateur a martelé que les élections en cours sont la responsabilité des partis d'opposition aux Communes. «On est le pays qui est sorti le plus vite de la récession. Le Canada est sur la bonne voie économique. Il faut un gouvernement stable et majoritaire pour poursuivre», a-t-il dit, ajoutant qu'il faut «baisser les taxes et les impôts pour stimuler la croissance».

    Le chef du NPD a rappelé qu'il y a encore des milliers de chômeurs au pays malgré la fin de la récession. «Les baisses d'impôt aux grandes sociétés ne sont pas la solution», a-t-il soutenu. Le chef libéral, Michael Ignatieff, a affirmé que les priorités des conservateurs «ne sont pas les bonnes», ajoutant: «Harper propose des avions de chasse, des mégaprisons et des baisses d'impôt aux entreprises. Or, il faut faire du développement régional. Il faut des investissements en Mauricie, pas à Ottawa», a-t-il dit en référence à la question d'une citoyenne qui ouvrait le débat.

    À un certain moment, le message du chef conservateur destiné aux régions «qui doivent être au pouvoir» a même incité Stephen Harper à jouer la carte anti-Montréal dans le dossier du pont Champlain. «Je ne prendrai pas les ressources en région pour un pont à Montréal», a-t-il dit, alors que tous les autres chefs soutenaient que rebâtir ce lien avec la Rive-Sud est prioritaire.

    Gilles Duceppe a soutenu que le gouvernement Harper n'a pas aidé l'économie du Québec. «Vous avez fait des choix au détriment du Québec en mettant 10 milliards de dollars dans l'industrie automobile de l'Ontario et seulement 170 millions pour la forêt au Québec», a-t-il dit. M. Harper a soutenu que son gouvernement avait consenti «des milliards» à l'industrie forestière, amenant M. Duceppe à lancer: «Ah oui? Ils sont bien cachés!»

    Le chef libéral, Michael Ignatieff, pour qui c'était le premier débat en français, a paru nerveux en début de débat, cherchant ses mots avant de retrouver ses marques et de regarder régulièrement droit dans la caméra. Il a, dès le départ, martelé le message que le Parti libéral «est la seule alternative à un gouvernement conservateur». Il a réussi, contrairement au débat en anglais, à parler de ses propositions, notamment en matière d'éducation et de garderies.

    Dans le segment sur «les valeurs», Michael Ignatieff a renouvelé sa défense du registre des armes à feu, «vital pour la protection des femmes». Stephen Harper s'est inscrit en faux. «On a déjà des restrictions sévères pour les armes à feu. Mais les gens en région se demandent pourquoi chaque fois qu'il y a des crimes à Montréal et Toronto, on impose plus de contrôle aux chasseurs», a-t-il dit.

    Gilles Duceppe a répliqué, en pointant Stephen Harper, qu'un système de justice «à l'américaine» n'est pas la solution étant donné que le taux de criminalité baisse au Canada. «Plus d'armes en circulation et plus de monde en prison, c'est un cocktail explosif. L'idéologie, au détriment des vrais enjeux, c'est le problème qui afflige le pays.»

    Le chef conservateur, en matière de justice, a soutenu qu'il est nécessaire «de ne pas voir des peines bonbons pour les crimes graves». Vrai, mais il faut davantage de prévention et un équilibre, a répliqué Michael Ignatieff. «Il faut aider les jeunes à aller au collège et à l'université pour éviter qu'ils ne tombent du mauvais côté.»

    Le débat en français, qui s'est déroulé au Centre des conférences d'Ottawa, marquait le milieu de la campagne, alors que les caravanes politiques reprennent aujourd'hui la route pour un sprint final de deux semaines et demie jusqu'au vote du 2 mai. 












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