Un plafond de GES serait «dangereux», selon Baird
Les conservateurs renient une promesse du discours du Trône de 2009
Photo : Agence Reuters Chris Wattie
Le candidat et ministre John Baird a déclaré hier que [..] la mise en place d'un marché du carbone, basé sur un plafond d'émissions et un système d'échange de crédits, ne verra jamais le jour au Canada parce que c'est «dangereux», «non canadien» et que cela divisera le pays.
Ottawa et Montréal — Quiconque gardait encore quelque espoir en ce qui concerne les intentions environnementales du Parti conservateur en matière de lutte contre les changements climatiques sera déçu. En effet, le candidat et ministre John Baird a déclaré hier que, malgré les engagements internationaux de son gouvernement et ceux compris dans le discours du Trône de 2009, la mise en place d'un marché du carbone, basé sur un plafond d'émissions et un système d'échange de crédits, ne verra jamais le jour au Canada parce que c'est «dangereux», «non canadien» et que cela divisera le pays. Les groupes environnementaux ont réagi avec verdeur.
John Baird s'est présenté en conférence de presse hier pour dénoncer le chef libéral Michael Ignatieff qui avait qualifié la campagne conservatrice de «non canadienne» parce que se déroulant dans une bulle. Pour répliquer à l'attaque, John Baird a voulu illustrer le caractère anticanadien, à son avis, de M. Ignatieff.
«Cette semaine, il a lancé une plateforme électorale contenant l'instauration d'un système de plafond et d'échange [de crédits d'émissions de gaz à effet de serre (GES)]. Cela mettrait en confrontation différentes régions du pays. C'est dangereux et non canadien», a affirmé M. Baird, qui a été à deux reprises ministre fédéral de l'Environnement.
Appelé à clarifier sa position, John Baird a expliqué que son gouvernement, s'il est réélu, se concentrera sur la réglementation «plutôt que sur un système de plafonds et d'échange, qu'on préfère appeler un "système de plafond et de taxation"». Il ajoute aussitôt que «la proposition de M. Ignatieff divise incroyablement [...] parce qu'elle redistribue la richesse de l'Alberta et de la Saskatchewan vers d'autres provinces».
Encore en avril dernier, un autre ministre fédéral de l'Environnement, Jim Prentice, déclarait en comité qu'un marché du carbone serait instauré au Canada, mais seulement si les États-Unis allaient de l'avant.
Les groupes environnementaux ont été prompts à dénoncer cette abdication des engagements conservateurs.
«Je trouve très curieuse cette citation de M. Baird. Se souvient-il qu'il a lui-même proposé aux Canadiens à plusieurs reprises entre 2007 et 2011 de mettre en place un système de plafonnement et d'échange? Est-ce que le Parti conservateur critique ses propres propositions, ou a-t-il changé d'idée sans le laisser savoir aux Canadiens?» se demandait hier Steven Guilbeault, coordonnateur général adjoint d'Équiterre.
Pour Clare Demerse, de l'Institut Pembina, «il est troublant de constater que John Baird, bien au fait de ces enjeux, ne sache pas que c'est le système qui fait le plus consensus dans toutes les régions du Canada».
C'est effectivement la position de la majorité des grandes provinces canadiennes et de plusieurs institutions économiques, dont la Table ronde nationale sur l'économie et l'environnement (TRNEE), dont les membres issus de la communauté d'affaires en grande partie ont été nommés par les conservateurs.
L'engagement de 2009
Clare Demerse estime que le revirement conservateur est d'autant plus inadmissible que ce gouvernement s'était engagé à mettre en place un système de plafond et d'échange de crédits dans le discours du Trône de 2009: «Nous allons nous concerter avec les gouvernements des provinces et nos partenaires pour élaborer et mettre en place un système nord-américain de plafonnement et d'échange de droits d'émission de gaz à effet de serre», déclarait la gouverneure générale Michaëlle Jean au nom du gouvernement Harper.
Or, le gouvernement Obama entend instituer un tel système via son Agence de protection de l'environnement (EPA) si le projet de loi qui va dans le même sens au Congrès ne voit pas le jour en raison de l'obstruction des républicains.
De son côté, Hugo Séguin, le porte-parole du Réseau Action Climat Canada, estime que «en dénonçant l'engagement libéral de mettre en place un tel marché, John Baird torpille une mesure dont il a déjà lui-même fait la promotion. Reste maintenant à savoir si John Baird parle en tant que candidat d'Ottawa West-Nepean, ou s'il parle au nom du gouvernement Harper».
Thomas Mulcair, député du NPD et ancien ministre québécois de l'Environnement, n'en revient pas: «C'est pourtant le même gouvernement qui disait, il y a quelques jours, avoir un programme d'énergies propres pour remplacer les énergies sales. Le système de plafonnement des émissions a fonctionné pour réduire les pluies acides grâce aux mécanismes du marché. Ne pas l'utiliser est d'une absurdité patente. C'est un système très équitable, car il forcerait les régions qui n'ont jamais internalisé les coûts de leur pollution à le faire. Et cela réduirait les méfaits d'une politique énergétique conservatrice, concentrée sur les sables bitumineux, laquelle fait grimper le dollar aux dépens de l'industrie manufacturière d'autres régions du Canada, des dommages [qui prendront beaucoup de temps à être] corrigés.»
Pour Daniel Breton, de la coalition MCN-21, «s'il y a un parti qui cherche par tous les moyens à diviser les Canadiens, c'est le Parti conservateur. Il ridiculise d'un côté les gens, entreprises et gouvernements qui veulent agir de façon responsable, qui pensent et agissent en termes de collectivité et à long terme. Les conservateurs tentent par tous les moyens d'attirer plutôt ceux qui veulent agir en citoyens irresponsables, en simples consommateurs qui ne pensent qu'à eux-mêmes et à court terme. C'est la politique dans son sens le plus étroit. Ils se disent que pour les problèmes environnementaux urgents, comme les changements climatiques, ceux qui viendront après eux se débrouilleront pour réparer les pots cassés.»
John Baird s'est présenté en conférence de presse hier pour dénoncer le chef libéral Michael Ignatieff qui avait qualifié la campagne conservatrice de «non canadienne» parce que se déroulant dans une bulle. Pour répliquer à l'attaque, John Baird a voulu illustrer le caractère anticanadien, à son avis, de M. Ignatieff.
«Cette semaine, il a lancé une plateforme électorale contenant l'instauration d'un système de plafond et d'échange [de crédits d'émissions de gaz à effet de serre (GES)]. Cela mettrait en confrontation différentes régions du pays. C'est dangereux et non canadien», a affirmé M. Baird, qui a été à deux reprises ministre fédéral de l'Environnement.
Appelé à clarifier sa position, John Baird a expliqué que son gouvernement, s'il est réélu, se concentrera sur la réglementation «plutôt que sur un système de plafonds et d'échange, qu'on préfère appeler un "système de plafond et de taxation"». Il ajoute aussitôt que «la proposition de M. Ignatieff divise incroyablement [...] parce qu'elle redistribue la richesse de l'Alberta et de la Saskatchewan vers d'autres provinces».
Encore en avril dernier, un autre ministre fédéral de l'Environnement, Jim Prentice, déclarait en comité qu'un marché du carbone serait instauré au Canada, mais seulement si les États-Unis allaient de l'avant.
Les groupes environnementaux ont été prompts à dénoncer cette abdication des engagements conservateurs.
«Je trouve très curieuse cette citation de M. Baird. Se souvient-il qu'il a lui-même proposé aux Canadiens à plusieurs reprises entre 2007 et 2011 de mettre en place un système de plafonnement et d'échange? Est-ce que le Parti conservateur critique ses propres propositions, ou a-t-il changé d'idée sans le laisser savoir aux Canadiens?» se demandait hier Steven Guilbeault, coordonnateur général adjoint d'Équiterre.
Pour Clare Demerse, de l'Institut Pembina, «il est troublant de constater que John Baird, bien au fait de ces enjeux, ne sache pas que c'est le système qui fait le plus consensus dans toutes les régions du Canada».
C'est effectivement la position de la majorité des grandes provinces canadiennes et de plusieurs institutions économiques, dont la Table ronde nationale sur l'économie et l'environnement (TRNEE), dont les membres issus de la communauté d'affaires en grande partie ont été nommés par les conservateurs.
L'engagement de 2009
Clare Demerse estime que le revirement conservateur est d'autant plus inadmissible que ce gouvernement s'était engagé à mettre en place un système de plafond et d'échange de crédits dans le discours du Trône de 2009: «Nous allons nous concerter avec les gouvernements des provinces et nos partenaires pour élaborer et mettre en place un système nord-américain de plafonnement et d'échange de droits d'émission de gaz à effet de serre», déclarait la gouverneure générale Michaëlle Jean au nom du gouvernement Harper.
Or, le gouvernement Obama entend instituer un tel système via son Agence de protection de l'environnement (EPA) si le projet de loi qui va dans le même sens au Congrès ne voit pas le jour en raison de l'obstruction des républicains.
De son côté, Hugo Séguin, le porte-parole du Réseau Action Climat Canada, estime que «en dénonçant l'engagement libéral de mettre en place un tel marché, John Baird torpille une mesure dont il a déjà lui-même fait la promotion. Reste maintenant à savoir si John Baird parle en tant que candidat d'Ottawa West-Nepean, ou s'il parle au nom du gouvernement Harper».
Thomas Mulcair, député du NPD et ancien ministre québécois de l'Environnement, n'en revient pas: «C'est pourtant le même gouvernement qui disait, il y a quelques jours, avoir un programme d'énergies propres pour remplacer les énergies sales. Le système de plafonnement des émissions a fonctionné pour réduire les pluies acides grâce aux mécanismes du marché. Ne pas l'utiliser est d'une absurdité patente. C'est un système très équitable, car il forcerait les régions qui n'ont jamais internalisé les coûts de leur pollution à le faire. Et cela réduirait les méfaits d'une politique énergétique conservatrice, concentrée sur les sables bitumineux, laquelle fait grimper le dollar aux dépens de l'industrie manufacturière d'autres régions du Canada, des dommages [qui prendront beaucoup de temps à être] corrigés.»
Pour Daniel Breton, de la coalition MCN-21, «s'il y a un parti qui cherche par tous les moyens à diviser les Canadiens, c'est le Parti conservateur. Il ridiculise d'un côté les gens, entreprises et gouvernements qui veulent agir de façon responsable, qui pensent et agissent en termes de collectivité et à long terme. Les conservateurs tentent par tous les moyens d'attirer plutôt ceux qui veulent agir en citoyens irresponsables, en simples consommateurs qui ne pensent qu'à eux-mêmes et à court terme. C'est la politique dans son sens le plus étroit. Ils se disent que pour les problèmes environnementaux urgents, comme les changements climatiques, ceux qui viendront après eux se débrouilleront pour réparer les pots cassés.»
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