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    Notes de campagne (1)

    Chantal Hébert
    4 avril 2011 |Chantal Hébert | Canada | Chroniques
    L'engagement libéral de verser 4000 $ (échelonnés sur plusieurs années) à chaque étudiant qui poursuit des études post-secondaires sans égard à ses revenus familiaux a eu plus de résonance que la moyenne des autres promesses faites par les partis fédéraux pendant la première semaine de la campagne.

    Elle n'a certainement pas déplu à bien des parents de classe moyenne qui voient venir avec angoisse les factures qui les attendent au tournant du début des études universitaires de leurs enfants. Mais elle a également été particulièrement bien reçue dans les milieux étudiants.

    Si Michael Ignatieff cherchait à se donner un peu d'élan dès le départ de la campagne, sa stratégie était bien calculée. La question reste maintenant d'évaluer la valeur réelle de cet élan. En matière d'exercice du droit de vote, les électeurs âgés de 18 à 24 ans sont de mauvais coucheurs. Ils ne sont peut-être pas toujours moins attentifs que leurs aînés aux campagnes électorales, mais ils sont nettement moins portés à se manifester dans l'isoloir. Cela explique, en passant, le décalage récurrent entre la performance de Québec solidaire ou du Parti vert dans les sondages par rapport aux résultats le jour du vote.

    Si les jeunes électeurs votaient avec la même assiduité que la tranche la plus âgée de l'électorat, leur participation pourrait changer la teneur même du discours politique au Canada et, pour le même prix, le rapport de force entre les diverses formations fédérales.

    Barack Obama n'aurait pas gagné la présidence américaine s'il n'avait pas mobilisé une foule d'électeurs qui n'avaient pas l'habitude d'aller voter, notamment beaucoup de jeunes. Au Canada, le Parti conservateur actuel aurait nettement moins de chances d'être reporté au pouvoir et à peu près aucune chance de gagner une majorité gouvernementale si la tranche la plus jeune de l'électorat se présentait massivement au rendez-vous du 2 mai.

    ***

    En attendant, et malgré une première semaine libérale jugée meilleure que la moyenne par la plupart des observateurs, les sondages, au total, ne font pas état d'un déplacement d'opinion significatif en faveur du PLC. Ce n'est pas anormal, d'autant que Michael Ignatieff a commencé la campagne à contre-courant d'une tendance pro-Parti conservateur.

    On sent particulièrement ces vents contraires à Montréal — la dernière forteresse du PLC au Québec et la grande ville qui a le plus résisté jusqu'à présent aux appels du pied du Parti conservateur. Dans cette campagne, Stephen Harper tient néanmoins des rassemblements aussi bien ou mieux fréquentés que ceux de son adversaire libéral.

    Dans la région montréalaise, la principale clientèle du parti de Michael Ignatieff est généralement encore plus fédéraliste que libérale. C'est particulièrement le cas quand le pouvoir semble attendre le Parti québécois au détour du tournant des prochaines élections.

    En 2008, les états de service indéniables de Stéphane Dion sur le front post-référendaire l'avaient aidé à fidéliser cette base. Mais son flirt subséquent avec le Bloc québécois au moment de la création d'une coalition PLC-NPD avait fait grincer bien des dents au sein de l'électorat ultrafédéraliste montréalais.

    De plus, l'opération charme menée par Stephen Harper auprès de la communauté juive n'est pas sans écho à Montréal, surtout à la lumière de certaines prises de position de Michael Ignatieff, notamment sur la guerre de 2006 au Liban.

    Tout cela pour dire que la conclusion répandue qui veut que le plan de match des conservateurs consiste à avoir fait une croix sur le Québec en vue du vote du 2 mai est un peu hâtive.

    Si tel était le cas, le Parti conservateur n'aurait notamment pas aussi soigneusement synchronisé la promesse de son chef d'appuyer les menées hydroélectriques de Terre-Neuve-et-Labrador et l'annonce d'un règlement assuré du dossier TPS-TVQ pour la fin de l'été la semaine dernière.

    Il est vrai que, contrairement à 2008, Stephen Harper a davantage mis ses oeufs dans le panier ontarien que dans celui du Québec. Mais il est également exact que le Parti conservateur met plus d'énergie que jamais à tenter de gagner du terrain en région et de mettre le bout d'un orteil à Montréal. À tout prendre, M. Harper échangerait sans doute même quelques sièges dans la région de Québec pour une ou deux circonscriptions montréalaises — afin de ne pas être autant à la merci des sautes d'humeur du maire Régis Labeaume.

    ***

    Un mot en terminant sur l'impact des médias sociaux, et en particulier de Twitter, sur la campagne électorale. De l'intérieur, ils accélérèrent la cadence des échanges entre les protagonistes et donnent une allure plus dynamique à la campagne. L'envers de la médaille, par contre, c'est le danger d'une campagne à deux vitesses qui verrait la classe politique, la presse parlementaire et l'électorat le plus engagé à l'égard de la politique s'isoler ensemble dans une bulle virtuelle plus ou moins hermétique au rythme et à la réalité du terrain.

    ***

    Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.

    chebert@thestar.ca












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