Le glas a sonné
Le gouvernement conservateur devient le premier de l'histoire canadienne à tomber pour outrage au Parlement
Photo : Agence Reuters Andy Clark
Le premier ministre se rendra ce matin à la résidence du gouverneur général pour
lui demander de convoquer un scrutin le 2 ou le 9 mai.
lui demander de convoquer un scrutin le 2 ou le 9 mai.
Ottawa — Journée historique hier à Ottawa, alors que le gouvernement conservateur de Stephen Harper a été renversé et est devenu le premier de l'histoire politique canadienne à tomber en étant reconnu coupable d'outrage au Parlement. Le glas a sonné: c'est la fin de la 40e législature, et le pays est en élections.
Le premier ministre se rendra ce matin à la résidence du gouverneur général pour lui demander de convoquer un scrutin le 2 ou le 9 mai. Ce sera le coup de départ officiel de la campagne électorale. Les caravanes des quatre grands partis prendront immédiatement la route des promesses et des attaques qui habillent généralement les luttes électorales.
C'est donc une motion de l'opposition officielle qui a scellé le sort du gouvernement. Elle stipulait que la Chambre reconnaît le «gouvernement coupable d'outrage au Parlement, ce qui est sans précédent dans l'histoire parlementaire canadienne», et que la Chambre «ne fait plus confiance au gouvernement».
156 députés de l'opposition ont voté pour cette motion (Keith Martin et Michel Guimond étaient absents), alors que 145 conservateurs et indépendants (André Arthur et Helena Guergis) ont voté contre. À l'annonce du résultat, plusieurs députés ont lancé en l'air des feuilles de papier. Les gradins du Parlement étaient remplis, et l'effervescence palpable.
C'est la sixième fois dans l'histoire du pays qu'un gouvernement tombe à la suite de motions déposées par l'opposition. Paul Martin (2005), Joe Clark (1979), Pierre Elliot Trudeau (1974) et John Diefenbaker (1963) étaient les derniers en date.
Le vote est survenu au milieu d'une journée absolument fébrile à Ottawa. Si la période de questions a été houleuse et les débats autour de la motion souvent passionnés, les députés des différents partis ont aussi passé plusieurs minutes à échanger et à se serrer la main sur le parquet de la Chambre avant de tenir le vote fatidique. Une façon de rappeler qu'il y a une part de théâtre dans l'agressivité des débats aux Communes.
Dans une brève allocution devant les médias à la suite du vote, M. Harper n'a pas fait mention une seule fois de la raison de la chute de son gouvernement. Tout son discours a porté sur le budget Flaherty, et le premier ministre n'a pris aucune question. «Le vote me déçoit bien sûr, mais je pense qu'il va aussi décevoir la plupart des Canadiens», a-t-il dit.
«Le budget présenté cette semaine est d'une importance critique pour compléter la reprise économique, a poursuivi M. Harper. Il n'y a rien dans ce budget que l'opposition ne pouvait pas ou ne devait pas soutenir. Malheureusement, M. Ignatieff et ses partenaires de la coalition ont bien fait comprendre qu'ils avaient déjà décidé de déclencher des élections, des élections dont les Canadiens ne voulaient clairement pas.»
En quelques phrases, il a évoqué deux thèmes dont il risque de faire abondamment usage dans les prochaines semaines: l'économie et la «menace» d'une coalition.
Fumisterie
Prenant la parole à son tour, Michael Ignatieff a dénoncé en point de presse le silence de M. Harper sur la motion adoptée hier. «Il continue son mépris pour la démocratie, a affirmé le chef libéral. Ça dit tout ce que vous devez savoir sur cet homme.»
M. Ignatieff a présenté le Parti libéral comme étant la «seule alternative claire au gouvernement Harper, qui ignore les priorités des familles canadiennes». Il a affirmé qu'«un vote pour le NPD, pour les verts ou pour le Bloc sera un vote pour avoir encore plus [de Harper]», une équation qu'il répétera abondamment durant la campagne, confiaient récemment des libéraux.
Questionné sur la possibilité de former une coalition si jamais les conservateurs obtenaient un autre mandat minoritaire, le chef libéral a indiqué que «tout ce discours de coalition, c'est de la fumisterie. Les conservateurs sortent ça parce qu'ils ont peur de la vraie alternative. J'ai dit mille fois et je vais le redire: je suis en politique pour créer un gouvernement libéral».
Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a quant à lui rejeté l'idée voulant que seuls les libéraux puissent empêcher l'élection des conservateurs. «Je demande à ces partis [le NPD et le PLC] de faire dans le reste du Canada ce que nous faisons au Québec, a-t-il dit. On a remporté six victoires consécutives. Les Québécois se reconnaissent dans notre travail. [...] Moi, je veux prendre beaucoup de responsabilités, mais certainement pas la responsabilité de l'impuissance des autres.»
M. Duceppe a appelé à un rejet «massif» des conservateurs au Québec, arguant que ce parti «présente une idéologie rétrograde et étroite qui ne correspond pas aux valeurs et intérêts des Québécois».
Dernier à se présenter au micro après le vote, Jack Layton a axé son discours sur l'économie, donnant l'impression que le gouvernement était tombé à cause de son budget et non sur la motion d'outrage au Parlement. «M. Harper a rejeté les propositions qu'on lui a faites et il a fait le choix de déclencher des élections au lieu de travailler avec les autres», a lancé le chef néodémocrate.
Comme Gilles Duceppe, M. Layton a repoussé les prétentions de Michael Ignatieff sur la nécessité de voter libéral pour sortir des années Harper. «C'est l'ancienne attitude libérale du "tout m'est dû"», a dit M. Layton, qui a plaidé pour l'élection d'une équipe néodémocrate qui va «combattre les conservateurs partout d'un océan à l'autre».
Le Québec d'abord
Le Bloc québécois entamera aujourd'hui sa campagne à Montréal. Les trois autres partis lancent la course depuis Ottawa, mais se sépareront ensuite: les libéraux seront à Montréal demain, le NPD ira directement à Edmonton, et les conservateurs devraient faire un tour au Québec avant d'aller à Toronto.
La journée d'hier marquait par ailleurs la dernière présence du président de la Chambre des communes, Peter Milliken, qui quitte le Parlement 23 ans après son élection comme député. M. Milliken était président depuis plus de dix ans, un record, et a reçu hier des éloges marqués de tous les partis — une pause dans l'acrimonie des débats qu'il a départagés depuis 2001.
Le premier ministre se rendra ce matin à la résidence du gouverneur général pour lui demander de convoquer un scrutin le 2 ou le 9 mai. Ce sera le coup de départ officiel de la campagne électorale. Les caravanes des quatre grands partis prendront immédiatement la route des promesses et des attaques qui habillent généralement les luttes électorales.
C'est donc une motion de l'opposition officielle qui a scellé le sort du gouvernement. Elle stipulait que la Chambre reconnaît le «gouvernement coupable d'outrage au Parlement, ce qui est sans précédent dans l'histoire parlementaire canadienne», et que la Chambre «ne fait plus confiance au gouvernement».
156 députés de l'opposition ont voté pour cette motion (Keith Martin et Michel Guimond étaient absents), alors que 145 conservateurs et indépendants (André Arthur et Helena Guergis) ont voté contre. À l'annonce du résultat, plusieurs députés ont lancé en l'air des feuilles de papier. Les gradins du Parlement étaient remplis, et l'effervescence palpable.
C'est la sixième fois dans l'histoire du pays qu'un gouvernement tombe à la suite de motions déposées par l'opposition. Paul Martin (2005), Joe Clark (1979), Pierre Elliot Trudeau (1974) et John Diefenbaker (1963) étaient les derniers en date.
Le vote est survenu au milieu d'une journée absolument fébrile à Ottawa. Si la période de questions a été houleuse et les débats autour de la motion souvent passionnés, les députés des différents partis ont aussi passé plusieurs minutes à échanger et à se serrer la main sur le parquet de la Chambre avant de tenir le vote fatidique. Une façon de rappeler qu'il y a une part de théâtre dans l'agressivité des débats aux Communes.
Dans une brève allocution devant les médias à la suite du vote, M. Harper n'a pas fait mention une seule fois de la raison de la chute de son gouvernement. Tout son discours a porté sur le budget Flaherty, et le premier ministre n'a pris aucune question. «Le vote me déçoit bien sûr, mais je pense qu'il va aussi décevoir la plupart des Canadiens», a-t-il dit.
«Le budget présenté cette semaine est d'une importance critique pour compléter la reprise économique, a poursuivi M. Harper. Il n'y a rien dans ce budget que l'opposition ne pouvait pas ou ne devait pas soutenir. Malheureusement, M. Ignatieff et ses partenaires de la coalition ont bien fait comprendre qu'ils avaient déjà décidé de déclencher des élections, des élections dont les Canadiens ne voulaient clairement pas.»
En quelques phrases, il a évoqué deux thèmes dont il risque de faire abondamment usage dans les prochaines semaines: l'économie et la «menace» d'une coalition.
Fumisterie
Prenant la parole à son tour, Michael Ignatieff a dénoncé en point de presse le silence de M. Harper sur la motion adoptée hier. «Il continue son mépris pour la démocratie, a affirmé le chef libéral. Ça dit tout ce que vous devez savoir sur cet homme.»
M. Ignatieff a présenté le Parti libéral comme étant la «seule alternative claire au gouvernement Harper, qui ignore les priorités des familles canadiennes». Il a affirmé qu'«un vote pour le NPD, pour les verts ou pour le Bloc sera un vote pour avoir encore plus [de Harper]», une équation qu'il répétera abondamment durant la campagne, confiaient récemment des libéraux.
Questionné sur la possibilité de former une coalition si jamais les conservateurs obtenaient un autre mandat minoritaire, le chef libéral a indiqué que «tout ce discours de coalition, c'est de la fumisterie. Les conservateurs sortent ça parce qu'ils ont peur de la vraie alternative. J'ai dit mille fois et je vais le redire: je suis en politique pour créer un gouvernement libéral».
Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a quant à lui rejeté l'idée voulant que seuls les libéraux puissent empêcher l'élection des conservateurs. «Je demande à ces partis [le NPD et le PLC] de faire dans le reste du Canada ce que nous faisons au Québec, a-t-il dit. On a remporté six victoires consécutives. Les Québécois se reconnaissent dans notre travail. [...] Moi, je veux prendre beaucoup de responsabilités, mais certainement pas la responsabilité de l'impuissance des autres.»
M. Duceppe a appelé à un rejet «massif» des conservateurs au Québec, arguant que ce parti «présente une idéologie rétrograde et étroite qui ne correspond pas aux valeurs et intérêts des Québécois».
Dernier à se présenter au micro après le vote, Jack Layton a axé son discours sur l'économie, donnant l'impression que le gouvernement était tombé à cause de son budget et non sur la motion d'outrage au Parlement. «M. Harper a rejeté les propositions qu'on lui a faites et il a fait le choix de déclencher des élections au lieu de travailler avec les autres», a lancé le chef néodémocrate.
Comme Gilles Duceppe, M. Layton a repoussé les prétentions de Michael Ignatieff sur la nécessité de voter libéral pour sortir des années Harper. «C'est l'ancienne attitude libérale du "tout m'est dû"», a dit M. Layton, qui a plaidé pour l'élection d'une équipe néodémocrate qui va «combattre les conservateurs partout d'un océan à l'autre».
Le Québec d'abord
Le Bloc québécois entamera aujourd'hui sa campagne à Montréal. Les trois autres partis lancent la course depuis Ottawa, mais se sépareront ensuite: les libéraux seront à Montréal demain, le NPD ira directement à Edmonton, et les conservateurs devraient faire un tour au Québec avant d'aller à Toronto.
La journée d'hier marquait par ailleurs la dernière présence du président de la Chambre des communes, Peter Milliken, qui quitte le Parlement 23 ans après son élection comme député. M. Milliken était président depuis plus de dix ans, un record, et a reçu hier des éloges marqués de tous les partis — une pause dans l'acrimonie des débats qu'il a départagés depuis 2001.
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