dimanche 27 mai 2012 Dernière mise à jour 01h01
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Le glas a sonné

Le gouvernement conservateur devient le premier de l'histoire canadienne à tomber pour outrage au Parlement

Le premier ministre se rendra ce matin à la résidence du gouverneur général pour <br />
lui demander de convoquer un scrutin le 2 ou le 9 mai.<br />
Photo : Agence Reuters Andy Clark
Le premier ministre se rendra ce matin à la résidence du gouverneur général pour
lui demander de convoquer un scrutin le 2 ou le 9 mai.
Ottawa — Journée historique hier à Ottawa, alors que le gouvernement conservateur de Stephen Harper a été renversé et est devenu le premier de l'histoire politique canadienne à tomber en étant reconnu coupable d'outrage au Parlement. Le glas a sonné: c'est la fin de la 40e législature, et le pays est en élections.

Le premier ministre se rendra ce matin à la résidence du gouverneur général pour lui demander de convoquer un scrutin le 2 ou le 9 mai. Ce sera le coup de départ officiel de la campagne électorale. Les caravanes des quatre grands partis prendront immédiatement la route des promesses et des attaques qui habillent généralement les luttes électorales.

C'est donc une motion de l'opposition officielle qui a scellé le sort du gouvernement. Elle stipulait que la Chambre reconnaît le «gouvernement coupable d'outrage au Parlement, ce qui est sans précédent dans l'histoire parlementaire canadienne», et que la Chambre «ne fait plus confiance au gouvernement».

156 députés de l'opposition ont voté pour cette motion (Keith Martin et Michel Guimond étaient absents), alors que 145 conservateurs et indépendants (André Arthur et Helena Guergis) ont voté contre. À l'annonce du résultat, plusieurs députés ont lancé en l'air des feuilles de papier. Les gradins du Parlement étaient remplis, et l'effervescence palpable.

C'est la sixième fois dans l'histoire du pays qu'un gouvernement tombe à la suite de motions déposées par l'opposition. Paul Martin (2005), Joe Clark (1979), Pierre Elliot Trudeau (1974) et John Diefenbaker (1963) étaient les derniers en date.

Le vote est survenu au milieu d'une journée absolument fébrile à Ottawa. Si la période de questions a été houleuse et les débats autour de la motion souvent passionnés, les députés des différents partis ont aussi passé plusieurs minutes à échanger et à se serrer la main sur le parquet de la Chambre avant de tenir le vote fatidique. Une façon de rappeler qu'il y a une part de théâtre dans l'agressivité des débats aux Communes.

Dans une brève allocution devant les médias à la suite du vote, M. Harper n'a pas fait mention une seule fois de la raison de la chute de son gouvernement. Tout son discours a porté sur le budget Flaherty, et le premier ministre n'a pris aucune question. «Le vote me déçoit bien sûr, mais je pense qu'il va aussi décevoir la plupart des Canadiens», a-t-il dit.

«Le budget présenté cette semaine est d'une importance critique pour compléter la reprise économique, a poursuivi M. Harper. Il n'y a rien dans ce budget que l'opposition ne pouvait pas ou ne devait pas soutenir. Malheureusement, M. Ignatieff et ses partenaires de la coalition ont bien fait comprendre qu'ils avaient déjà décidé de déclencher des élections, des élections dont les Canadiens ne voulaient clairement pas.»

En quelques phrases, il a évoqué deux thèmes dont il risque de faire abondamment usage dans les prochaines semaines: l'économie et la «menace» d'une coalition.

Fumisterie

Prenant la parole à son tour, Michael Ignatieff a dénoncé en point de presse le silence de M. Harper sur la motion adoptée hier. «Il continue son mépris pour la démocratie, a affirmé le chef libéral. Ça dit tout ce que vous devez savoir sur cet homme.»

M. Ignatieff a présenté le Parti libéral comme étant la «seule alternative claire au gouvernement Harper, qui ignore les priorités des familles canadiennes». Il a affirmé qu'«un vote pour le NPD, pour les verts ou pour le Bloc sera un vote pour avoir encore plus [de Harper]», une équation qu'il répétera abondamment durant la campagne, confiaient récemment des libéraux.

Questionné sur la possibilité de former une coalition si jamais les conservateurs obtenaient un autre mandat minoritaire, le chef libéral a indiqué que «tout ce discours de coalition, c'est de la fumisterie. Les conservateurs sortent ça parce qu'ils ont peur de la vraie alternative. J'ai dit mille fois et je vais le redire: je suis en politique pour créer un gouvernement libéral».

Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a quant à lui rejeté l'idée voulant que seuls les libéraux puissent empêcher l'élection des conservateurs. «Je demande à ces partis [le NPD et le PLC] de faire dans le reste du Canada ce que nous faisons au Québec, a-t-il dit. On a remporté six victoires consécutives. Les Québécois se reconnaissent dans notre travail. [...] Moi, je veux prendre beaucoup de responsabilités, mais certainement pas la responsabilité de l'impuissance des autres.»

M. Duceppe a appelé à un rejet «massif» des conservateurs au Québec, arguant que ce parti «présente une idéologie rétrograde et étroite qui ne correspond pas aux valeurs et intérêts des Québécois».

Dernier à se présenter au micro après le vote, Jack Layton a axé son discours sur l'économie, donnant l'impression que le gouvernement était tombé à cause de son budget et non sur la motion d'outrage au Parlement. «M. Harper a rejeté les propositions qu'on lui a faites et il a fait le choix de déclencher des élections au lieu de travailler avec les autres», a lancé le chef néodémocrate.

Comme Gilles Duceppe, M. Layton a repoussé les prétentions de Michael Ignatieff sur la nécessité de voter libéral pour sortir des années Harper. «C'est l'ancienne attitude libérale du "tout m'est dû"», a dit M. Layton, qui a plaidé pour l'élection d'une équipe néodémocrate qui va «combattre les conservateurs partout d'un océan à l'autre».

Le Québec d'abord

Le Bloc québécois entamera aujourd'hui sa campagne à Montréal. Les trois autres partis lancent la course depuis Ottawa, mais se sépareront ensuite: les libéraux seront à Montréal demain, le NPD ira directement à Edmonton, et les conservateurs devraient faire un tour au Québec avant d'aller à Toronto.

La journée d'hier marquait par ailleurs la dernière présence du président de la Chambre des communes, Peter Milliken, qui quitte le Parlement 23 ans après son élection comme député. M. Milliken était président depuis plus de dix ans, un record, et a reçu hier des éloges marqués de tous les partis — une pause dans l'acrimonie des débats qu'il a départagés depuis 2001.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires  Chargement ...
  • Marc Lemieux - Inscrit
    26 mars 2011 02 h 38
    Les libéraux idiots
    Les libéraux sont des idiots, trop aveuglés par la soif de pouvoir pour voir qu'ils vont faire élire Harper encore une fois et peut-être même le renforcer. Outrage au parlement? Pour une question de budget c'est un peu surfait et sans importance, toutes les lois ont des budget, c'est le faux argument d'un Igniatieff qui semblait quelque peu perdre les pédales ces derniers jours. De l'argent pour les familles canadiennes dit il, il y a fort à parier que nous n'aurons pas un sous de plus s'il est élu, et les mesures de Harper à l'échelle du budget fédéral sont dérisoires.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Le Voyageur - Inscrite
    26 mars 2011 08 h 30
    @ Marc Lemieux
    À tout le monde, signez la pétition de Pas de démocratie sans voix :

    http://www.pasdedemocratiesansvoix.qc.ca/content/p

    La santé de notre démocratie en dépend!
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Rironie - Inscrit
    26 mars 2011 09 h 43
    Si la tendance se maintient...
    D'ici une quainzaine d'années, les pays arabes auront leur démocratie, et nous aurons notre dictature. À moins de foutre dehors un gouvernement qui se fout du Parlement, mais ça ne semble pas du tout parti pour ça.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Jeannot Vachon - Inscrit
    26 mars 2011 14 h 22
    Gouverner par le mensonge

    Quelles sont les stratégies de Stephen Harper et de ses ministres pour se maintenir au pouvoir et pour garder une certaine faveur populaire? Désinformer, cacher la vérité, tordre les faits et, à l’occasion, carrément mentir.

    C’est d’ailleurs le motif pour lequel ce gouvernement est déchu, pour avoir menti et caché la vérité aux parlementaires. Et qu’a dit Stephen Harper comme commentaire pour sa défaite? Que l’opposition avait rejeté son budget et qu’une coalition ambitionnait de le remplacer au pouvoir.

    Pourquoi brandir une hypothétique coalition comme un épouvantail? Ça voudrait simplement dire qu’une majorité de députés élus dirigerait le gouvernement plutôt que sa propre minorité.

    Et puis ce n’est pas le budget qui était au vote. Les parlementaires ont perdu la confiance en un gouvernement qui leur cachait les informations nécessaires pour voter de façon éclairée sur les projets de lois au feuilleton. Sans confiance, il est normal qu’un budget ne passe pas puisque plus rien ne passe. Qui continuerait à faire affaire avec une organisation qu’il sait malhonnête?

    Ce gouvernement qui se prétendait le champion de la morale et qui voulait doubler ou tripler toutes les sentences de prison est tombé pour cause de manque d’éthique. Il ne faut surtout pas s’attendre à ce qu’ils le reconnaissent ni qu’ils acceptent d’en recevoir un châtiment quelconque, eux pour qui la dureté des châtiments chez les autres revêt autant d’importance.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • johanne fontaine - Abonné
    26 mars 2011 14 h 42
    Les stratégies de Steven Harper pour museler la démocratie au Canada
    Les stratégies de Steven Harper pour museler la démocratie constituent des voies de fait à l'encontre du peuple canadien et de son régime démocratique.

    Notre ministre de la Justice (Québec), Jean-Marc Fournier se voit dans l'obligation d'engager des poursuites criminelles contre ledit Steven Harper.

    A défaut de ce faire, le ministre de la Justice du Québec, procureur général et notaire général du Québec, Jean Marc Fournier, se constitue lui-même, complice après le fait de tous et chacun des agissements de Steven Harper.

    Johanna Fontaine
    St-Cuthbert
    johannaf68@gmail.com
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Roland Berger - Abonné
    26 mars 2011 16 h 21
    Les dictateurs « démocratiques »
    Harper est en train de faire la démonstration que la démocratie dite libérale peut être utilisée pour établir une dictature. La sienne sera subrepticement théocratique en ce qu'elle forcera les Canadiens (et les Québécois) à se soumettre aux valeurs judéo-chrétiennes dont ils avaient réussi à se libérer en partie. Un retour en arrière ! Et ce n'est pas l'ego des chefs de l'opposition qui viendra empêcher le triste personnage de réussir. Il n'y aura pas de coalition. Et quand les Layton, Ignatieff et Duceppe seront partis, il sera trop tard.
    Roland Berger
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Denis Miron - Inscrit
    27 mars 2011 10 h 28
    La meilleure position pour affronter l'adversaire, c'est debout.
    Gouverner par le mensonge est le propre des «bullshithéocraties» de marché» au pas militaire. S'en prendre aux valeurs judéo-chrétienne, c'est opter pour un préjugé facile au service de ceux qui pratiquent la division pour régner.
    «Ceux qui croient impossible de vaincre les résistances d’une démocratie truquée l’affaiblissent encore, et ceux qui ne font pas confiance en la raison populaire ne lui donnent aucune chance de la voir se développer
    Personne bien sûr ne le sait, mais tout le monde en revanche devrait savoir ceci : c’est le défaitisme de ceux qui n’y croient pas qui engendre l’échec, et non pas l’échec qui engendre le défaitisme»
    Caleb Irri
    Un adversaire s'affronte toujours mieux debout qu'à plat ventre. La meilleur défense, c'est l'attaque.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
7 réactions
4 votes Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012