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    Le Québec n'intéresse pas les partis fédéraux

    «Si le Bloc existe, c'est parce que les trois autres partis sont nuls», croit le sénateur Jean-Claude Rivest

    24 mars 2011 |Robert Dutrisac | Canada
    Le sénateur indépendant Jean-Claude Rivest avec le chef du Bloc québécois Gilles Duceppe en mars 2010.
    Photo: Jake Wright - Collaboration spéciale Le sénateur indépendant Jean-Claude Rivest avec le chef du Bloc québécois Gilles Duceppe en mars 2010.
    Jean-Claude Rivest est inquiet. Le sénateur indépendant nommé par Brian Mulroney en 1993, ce compagnon d'armes de Robert Bourassa, constate que les Canadiens ne s'intéressent plus au Québec. La réalité québécoise ne fait plus partie du discours des trois grands partis fédéraux. Et au Québec, tant les fédéralistes qui veulent renouveler le régime fédéral que les souverainistes qui veulent en sortir sont en hibernation. Il est loin le temps où le Québec définissait les enjeux politiques au Canada.

    «Ce qui me fatigue beaucoup, c'est l'espèce d'inconscience des grands partis fédéraux qui ne s'intéressent plus du tout aux réalités québécoises. Il n'y a pas de discours majeur de la part de Harper, d'Ignatieff ou de Layton qui porte sur la réalité et les problèmes du Québec», a livré Jean-Claude Rivest dans une entrevue au Devoir lundi dernier, avant que les perspectives d'élections fédérales ne se précisent.

    Il y a un peu plus d'un mois, à Québec, Jean-Claude Rivest prononçait une allocution, devant les membres de l'Institut québécois d'affaires publiques, sur le thème de l'absence du Québec dans les préoccupations politiques au Canada.

    «Le regard de l'opinion publique canadienne sur le Québec est pas mal furtif, distant», notait-il. Certes, «la place que le Québec a occupée, à partir des années 60, dans l'espace politique canadien dépassait probablement l'importance réelle que nous avions», reconnaît-il. Mais aujourd'hui, «il y a vraiment plus qu'une pause, il y a comme un effacement, ce qui est inquiétant pour l'avenir même du Québec».

    «À la faveur de la Révolution tranquille, nous sommes passés d'une société traditionnelle, très gentille, relativement docile si on se situe dans la perspective canadienne.» Jean Lesage (Jean-Claude Rivest a été secrétaire particulier du chef libéral de 1967 à 1969 quand celui-ci était dans l'opposition) a doté «l'État du Québec» — selon l'expression qu'il fut le premier à employer à titre de premier ministre du Québec — d'une administration publique moderne qui pouvait traiter d'égal à égal avec les grands mandarins fédéraux. Commençait à se façonner la réalité du Québec d'aujourd'hui, «une identité québécoise particulière, singulière et très déterminée qui est celle d'un peuple, d'une nation».

    Si le Québec a réussi à définir l'«agenda» politique au Canada, c'est en raison de trois grandes «démarches», trois grandes «forces» québécoises, résume Jean-Claude Rivest. La première, c'est la démarche du fédéralisme renouvelé, des revendications du Québec défendues par Jean Lesage, Daniel Johnson père et Robert Bourassa.

    Le deuxième «grand, immense courant», c'est le mouvement souverainiste, du Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN) au Parti québécois. «Autant la démarche du Parti libéral du Québec que le mouvement souverainiste véhiculaient à leur manière et avec leur tradition politique les valeurs profondes du Québec, notre identité québécoise», souligne le sénateur.

    La troisième de ces forces, elle s'est incarnée par Pierre Elliott Trudeau qui, rejetant tant les transferts de pouvoirs que la souveraineté, a affirmé l'égalité individuelle des droits et instauré le bilinguisme institutionnel. «La conjonction de ces trois éléments a fait en sorte que pour le pauvre Canadien qui vivait à Toronto ou à Saskatoon, c'était toujours les histoires du Québec qui faisaient l'agenda», rappelle Jean-Claude Rivest.

    La dynamique politique s'appuyait sur le principe des deux peuples fondateurs, des deux nations, un concept qui apparaît «désuet» aujourd'hui aux yeux des Canadiens. «Le Canada évolue. Les Canadiens anglais, il y en a de moins en moins. Les gens, qui sont arrivés de partout au Canada, n'ont pas cette mémoire, cette connaissance historique de cette réalité.»

    Auparavant, dans les congrès des grands partis politiques fédéraux, la présence du Québec se faisait fortement sentir. Ce n'est plus le cas, souligne Jean-Claude Rivest. Le personnel politique chevronné à Ottawa ne connaît pas le Québec. «Je suis sénateur à Ottawa. Je ne connais pas un Québécois au bureau du premier ministre qui sait où est Asbestos ou Matane. Qui appelez-vous si vous avez un problème à régler?» Il n'a plus de Bernard Roy, comme avec Brian Mulroney, ou de Jean Pelletier, comme avec Jean Chrétien.

    Certes, les partis fédéraux ont des porte-parole québécois: Steven Blaney pour les conservateurs, Denis Coderre pour les libéraux et Thomas Mulcair pour les néodémocrates. «Ils tirent sur tout ce qui passe. C'est sympathique, mais ce n'est pas une politique.»

    Oui, mais il y a le Bloc québécois, entonne-t-on. «Ils gueulent beaucoup contre le Bloc québécois. C'est sûr que le Bloc, ça nous coupe les jambes. Mais si le Bloc existe, c'est parce que les trois autres partis sont nuls», juge Jean-Claude Rivest. Certes, le Bloc est limité à l'activité parlementaire et il n'est pas «le meilleur porteur de ballon». Mais «lorsque les échéances électorales arrivent, les gens disent: "au moins, le Bloc parle de nous. Il a peut-être tous les défauts du monde, mais il a une chose, c'est qu'il parle des réalités québécoises". Il ne le fait pas dans une perspective souverainiste dans 99 % des cas.»

    Singulièrement au Québec, les fédéralistes qui prônent le renouvellement du régime politique canadien et les souverainistes se retrouvent dans la même situation. «Autant les partisans de la souveraineté ne veulent pas la faire demain matin, autant les gens qui voudraient restructurer le fédéralisme croient qu'ils n'ont aucune chance de le faire à court terme», fait-il observer. Les tenants des deux courants ont une responsabilité devant le vide politique actuel. «À ne rien demander, à ne pas en parler, à remettre ça dans 15 ans, ça ne peut pas aider à combler le vide que je vois», déplore Jean-Claude Rivest.

    «Je souhaite que les politiciens à l'Assemblée nationale redécouvrent l'importance de parler des vraies choses», c'est-à-dire de toutes les facettes du développement du Québec et de son identité. Pour éviter que les Québécois et la francophonie au Canada ne deviennent qu'un élément du multiculturalisme, «il faudra avoir un culte, une passion, une présence, une dévotion pour la défense et la promotion de l'identité québécoise», fait valoir Jean-Claude Rivest.












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