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Manipulation

Manon Cornellier   23 février 2011  Canada
L'image était parfaite pour une affiche électorale vantant la poigne de fer des conservateurs face aux indésirables. Debout sur le pont d'un cargo rouillé ayant servi en 2009 à transporter des demandeurs d'asile d'origine tamoule, le premier ministre Stephen Harper regarde au large avant de se trouver sur le quai et de tourner le dos au Ocean Lady, l'air perplexe.

«Si notre gouvernement continue d'encourager l'immigration légitime des personnes qui respectent la loi, nous continuons à nous attaquer à l'immigration clandestine, a-t-il déclaré. Avec la Loi visant à empêcher les passeurs d'utiliser abusivement le système d'immigration canadien [C-49], notre gouvernement envoie le message clair qu'il ne tolérera aucune utilisation abusive de notre généreux système d'immigration.»

Le gouvernement tient ce discours depuis des mois, surtout depuis l'arrivée l'été dernier sur la côte ouest d'un deuxième bateau transportant 492 migrants d'origine tamoule qui ont tous demandé le statut de réfugié. Avant même qu'ils accostent, les conservateurs parlaient d'immigrants illégaux, de clandestins, d'abuseurs du système. Le gouvernement n'a cessé depuis de promettre qu'il fallait fermer la porte à ces personnes qui passent illégalement devant tout le monde, affectant, laisse-t-il entendre faussement, le traitement des demandes d'immigration et la réunification de familles d'immigrants qui, eux, suivent les règles à la lettre.

Une sorte de mise en condition, en somme, pour une présentation alarmiste des faits qui sert à promouvoir des solutions à l'avenant. Un peu comme ce qu'on voit en matière de justice. Les bateaux transportant des Tamouls sont des cas isolés, mais ils servent de fondation à des changements draconiens apportés au droit d'asile dans le projet C-49 présenté en octobre dernier. Le premier volet du projet fait l'unanimité, car il punit sévèrement passeurs et compagnies maritimes qui abusent des migrants. La seconde partie, par contre, suscite la réprobation générale, car elle prévoit la détention sans révision pendant un an des demandeurs d'asile arrivant en groupe avec l'aide d'un passeur. Et même si les passagers sont bel et bien réfugiés, ils pourraient être privés pendant cinq ans de la possibilité de faire une demande de résidence permanente et du droit de parrainer leurs proches. Un système à deux vitesses, sans égard pour le fondement de la demande, et qui entretient la méfiance à l'endroit de ces réfugiés.

***

Le plus gros problème avec l'approche du gouvernement est qu'on présume que l'arrivée clandestine au pays est synonyme d'immigration clandestine. Ce n'est pas toujours le cas. Quand une personne fuit la persécution, elle utilise la plupart du temps des moyens détournés pour fuir son pays et trouver une terre d'asile. Le but est de sauver sa peau, à tout prix, et souvent au risque de sa vie.

La loi canadienne est claire. Si une personne entre illégalement au pays et y fait une demande d'asile, sa demande doit être jugée selon son bien-fondé. A-t-elle raison de craindre d'être persécutée? Si oui, on lui accorde le refuge. Sinon, on peut l'expulser, bien que cela puisse prendre beaucoup de temps.

Le ministre de la Citoyenneté et de l'Immigration, Jason Kenney, a d'ailleurs présenté une réforme pour accélérer les choses en juin dernier et, fait rare pour ce gouvernement, il a accepté d'amender son projet pour obtenir l'appui unanime de la Chambre. La réforme doit entrer en vigueur plus tard cette année et suscite beaucoup d'espoir. Mais comme elle est nuancée et compliquée, elle se prête mal aux mises en scène et aux slogans musclés, contrairement au projet de loi C-49 qu'aime vanter le premier ministre, mais qui n'a aucune chance d'être adopté par ce Parlement.

***

Le C-49 et le cas des Tamouls ont l'avantage, pour les conservateurs, de polariser l'opinion tout en alimentant plusieurs préjugés à l'égard de ceux qui prennent leur défense. Même les juges et les avocats sont ciblés. Dans un discours prononcé devant la Faculté de droit d'une université ontarienne, M. Kenney les a accusés de miner le système en poursuivant des cas douteux en multipliant les appels. Selon lui, les juges de la Cour fédérale mettent trop facilement en doute des décisions prises par la Commission de l'immigration et du statut de réfugié (CISR), contrecarrant du même coup les réformes apportées.

Le plus étrange est qu'il a lui-même reconnu que seulement 1 % des décisions de la CISR sont renversées et a conclu en citant favorablement un juge qui déplorait l'abus de procédure d'un demandeur d'asile. Or, la semaine dernière, un juge de la Cour fédérale a rejeté un nouvel appel du gouvernement fédéral qui tentait, pour la énième fois depuis novembre, de bloquer la libération d'un des Tamouls du Sun Sea. Ces appels à répétition d'une décision de la CISR ont fait dire au juge Edmond Blanchard qu'il y avait «abus du processus judiciaire» de la part d'Ottawa. Le ministre Kenney a répondu lundi qu'il demanderait aux avocats du gouvernement de continuer d'avoir recours à cette tactique.

Comme en matière de justice, le gouvernement mise sur l'antipathie du public à l'égard de certains groupes pour faire accepter des mesures à la limite du droit (C-49) et justifier le mépris pour certaines décisions des tribunaux. Et tant pis si le respect de la loi et des droits finit par être à géométrie variable.
 
 
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  • France Marcotte - Abonnée
    23 février 2011 08 h 08
    L'envers du décor
    Ce genre de mise en scène n'est pas rare il me semble mais rarement ainsi démontée.
    Un grand homme pose sur le pont d'un vieux rafiot craquant, inspiré par le vent du large qui décoiffe la mise imperturbable de ses cheveux...Et clic clic pour le journal de 18 heures et la population, harassée, fatiguée à cette heure, gobe en opinant du bonnet au-dessus de son auge.

    L'envers du décor est tout autre.
    "Les bateaux transportant des Tamouls sont des cas isolés, mais ils servent de fondation à des changements draconiens apportés au droit d'asile dans le projet C-49 présenté en octobre dernier" (et qui n'a aucune chance d'être adopté par le parlement).
    Par ailleurs, "Le ministre de la Citoyenneté et de l'Immigration, Jason Kenney, a présenté une réforme pour accélérer (les demandes d'asile) en juin dernier et il a accepté d'amender son projet pour obtenir l'appui unanime de la Chambre".
    Cette dernière mesure est plus noble, se résume plus difficilement dans un clip et ne fait pas de très bonnes photos.
    L'important pour gagner des votes, ce sont les mesures qui surfent sur les préjugés et s'avalent instantanément.
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  • Monsieur Pogo - Inscrit
    23 février 2011 11 h 37
    La coupe est pleine
    La coupe est pleine, il y suffisamment d’immigrants au Canada en provenance des pays du Tiers-monde.

    À la fin des années quatre-vingts, j’ai séjournée pendant deux années en Europe, principalement dans la banlieue parisienne, ainsi qu’aux Pays-Bas, à Amsterdam.

    De retour à Montréal, j’ai vécu pendant trois années sur la Rive-Sud dans un quartier qui est devenu bi-ethnique, à cause de la présence de HLM.

    Je dis bi-ethnique, parce que ces logements subventionnés étaient occupés à plus de quatre-vingts pour cents par des Haïtiens et des Magrébins.

    Fort de ces expériences, moi qui, auparavant, étais favorable à ce genre d’immigration, j’ai depuis changé mon fusil d’épaule.

    Malheureusement, je ne pourrais en ces pages justifier mon dépit sans que les moralistes qui habitent les beaux quartiers ne me taxent de xénophobe.

    Or, ce sont justement ces grandes âmes qui sont la cause de la montée de l’extrême-droite en Europe.

    En fait, le patronat nous impose une immigration que la vaste majorité des citoyens occidentaux me veulent plus. La réaction de la population risque d’être dramatique.
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  • Denis Boyer - Inscrit
    23 février 2011 12 h 45
    Fermé sur lui-même, convaincu du contraire...
    Vous avez raison, M. Pogo, de redouter la foudre des moralistes!

    Il y a bien des endroits au Québec où il n'est pas commode de résider malgré la prédominance de québécois de souche.

    Que dites-vous quand un parisien causasien entreprend des démarches pour immigrer au Québec? Est-ce que ça vous choque de voir un immigrant de plus, ou est-ce seulement lorsque la couleur de sa peau et son rang social n'est pas le même que le vôtre?

    Notre gouvernement étant complice des atrocités qui ont lieu à Haïti et ailleurs dans le monde, je ne pense pas qu'on fasse preuve de tellement d'altruisme en ouvrant nos portes à ceux qui tentent par tous les moyens de s'en sortir.
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  • Marc Lemieux - Inscrit
    23 février 2011 12 h 45
    C-49 aucune chance?
    Il n'est pas certain que la loi C-49 ne passera pas si les libéraux ne la bloquent plus, ce qui pourrait être le cas.

    David Mc Guinty (Libéral) a dit jeudi dernier qu'ils voulaient "améliorer" la situation au niveau de la reforme de l'immigration et des réfugiés, ce qui semblerait montrer qu'il n'est plus question de tout simplement s'y opposer mais de la négocier, en tous cas possiblement :

    http://openparliament.ca/bills/2329/

    (2eme intervention, "We are anxious to improve the situation on both the law and order fronts for Canadians but also on immigration and refugee reform." visiblement il n'est plus question de l'interdire)

    En pré-période de possibles élections fédérales les Libéraux ont tout intérêt à la faire passer avec des amendements, sinon cela pourrait renforcer les Conservateurs et avec la majorité à l'assemblée ils feront passer ce qu'ils veulent, ce qui serait un mauvais calcul au plan politique, aussi ils gagneraient des voies des Conservateurs.

    Manipulation? Je ne crois pas, sinon pourquoi les Libéraux ne tentent ils pas eux aussi de manipuler aussi via leurs idées? La vérité c'est que les gens, au fédéral, veulent de la limitation de l'immigration, ce n'est en rien manipulatoire. De toute façon il est vrai que la proportion de vrais réfugiés est faible, et qu'il faut réagir devant ce qui est un abus.
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  • Marc Lemieux - Inscrit
    23 février 2011 14 h 30
    @ Denis Boyer
    Je suis fatigué de cette immigration tiers mondiste, mais il est vrai qu'un Français ça ne me gène pas du tout, je le dis, sans peur et sans reproche. De même pour un Belge ou un Américain et même un Britannique pourquoi pas.

    Mais le tiers monde aura amené beaucoup de problèmes, achetez vous des verres, et ce n'est PAS une question de race ou de religion, mais de compatibilité culturelle, car il y a le problème sous jacent de l'intégration qui est un échec, ici ou en Europe par exemple, et donc de la juxtaposition de cultures.

    Quand je vois que le Bloc dit défendre l'identité québécoise en refusant des lois comme la loi C-49, visant par exemple des gens qui ne parlent même pas français, sans vouloir sembler dur il est certain que je voterai Conservateur.

    Le statut de réfugié est devenu un moyen d'immigration clandestine et pas qu'au Canada, il faut arrêter ça comme d'ailleurs la France l'a fait, et je souhaite que Harper ait le pouvoir total au fédéral. Si le Bloc change d'avis je voterai pour lui, sinon non et peut-être plus jamais.
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  • Monsieur Pogo - Inscrit
    23 février 2011 20 h 03
    @Denis Boyer

    Mon cher monsieur, il n’est pas question de faciès, mais de traits culturels et même de bienséance, bien que l’accumulation de mauvaises expériences nourrisse a posteriori bien des méfiances somme toute légitimes, d’autant que je pourrais opposer des éléments factuels à vos vœux pieux.

    Par ailleurs, personnellement je n’y suis pour rien avec les déboires de l’Île-de-Beauté, je n'y ai même jamais coupé un arbre...
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