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    Recensement - Statistique Canada se fera insistant

    L'Enquête nationale pourra donner lieu à cinq avis afin d'obtenir une réponse volontaire

    21 février 2011 |Hélène Buzzetti | Canada
    Wayne Smith statisticien en chef de Statistique Canada<br />
    Photo: Jack Wright Wayne Smith statisticien en chef de Statistique Canada
    Ottawa — Lorsque le gouvernement conservateur a décidé de rendre non obligatoire le formulaire long du recensement, en juin dernier, il a expliqué que l'État ne devrait pas harceler ses citoyens pour leur soutirer des informations personnelles. Il sera déçu d'apprendre que, cette année encore, Statistique Canada sollicitera sans relâche les Canadiens pour obtenir une réponse à son Enquête nationale, sur une base volontaire ou pas.

    Les Canadiens qui auront été sélectionnés pour remplir la version longue du recensement (Enquête nationale auprès des ménages) recevront pas moins de cinq avis de Statistique Canada les invitant à répondre. D'abord, ils seront appelés en mai prochain à remplir le formulaire en ligne. Ceux qui ne l'auront pas fait recevront début juin un formulaire papier. En l'absence de réponse, ils recevront un rappel. Après un autre silence du citoyen, Statistique Canada enverra une personne frapper à la porte du ménage pour obtenir une réponse (et cette personne y retournera tant que personne n'aura répondu à la porte). En cas de refus, l'agence ne se démontera pas pour autant. Elle enverra un autre agent pour convaincre les récalcitrants. Ce n'est qu'après un second refus en personne que Statistique Canada lâchera prise.

    C'est en entrevue avec Le Devoir que le nouveau statisticien en chef de Statistique Canada, Wayne Smith, a expliqué ce processus. «Si quelqu'un dit qu'il refuse de participer, on va néanmoins retourner une autre fois en personne, pour demander sa collaboration, avec quelqu'un d'un peu plus expérimenté pour expliquer pourquoi c'est tellement essentiel cette information-là. Si on refuse une deuxième fois, c'est fini. On n'y va plus. C'est définitif.»

    Auparavant, Statistique Canada envoyait un agent tant et aussi longtemps qu'une réponse n'était pas obtenue et qu'il était «rentable» — ou sécuritaire — de le faire.

    Wayne Smith pourrait être comparé à un capitaine dans la tempête. Il a pris les rênes de Statistique Canada (à titre intérimaire, puis permanent depuis janvier dernier) après le départ fracassant de son prédécesseur, Munir Sheikh, qui contestait la décision des conservateurs de rendre non obligatoire la version longue du recensement. Depuis, M. Smith travaille à rassurer la population. Tout en reconnaissant que le caractère désormais volontaire de l'enquête complique la vie à l'agence, M. Smith estime qu'il est encore possible de faire du bon travail.

    «La vie serait beaucoup plus facile avec une enquête obligatoire, il n'y a pas de doute. On serait plus sûrs des résultats qu'on obtiendrait. Ce n'est pas ce que le gouvernement a décidé, mais nous sommes convaincus de pouvoir réussir cette enquête-là.»

    Des résultats fiables


    Deux raisons expliquent son optimisme. D'abord, Statistique Canada a l'expérience des enquêtes sur une base volontaire. «Avant 1981, rappelle-t-il, toutes les enquêtes faites par Statistique Canada étaient obligatoires. Il y a eu un grand débat au Parlement à la fin des années 1970 pour déterminer s'il était raisonnable d'obliger les Canadiens à répondre à toutes sortes d'enquêtes. On jugeait que l'intérêt des données n'était pas suffisant. [...] Toutes nos enquêtes sociales, toutes sauf l'enquête sur la population active qui donne les chiffres sur l'emploi, sont devenues volontaires.» Les taux de réponse ont diminué, mais pas au point de remettre en question la validité des résultats.

    L'autre raison plus fondamentale de la confiance de M. Smith a trait à l'absence de preuve de ceux qui le critiquent. Ces derniers craignent qu'en devenant non obligatoire, l'Enquête sous-évalue systématiquement certaines catégories de Canadiens, en particulier les immigrants, les pauvres et les autochtones. Une fois ces gens gommés du paysage, ils risqueraient de voir leurs besoins sous-estimés par les gouvernements. M. Smith n'est pas d'accord.

    «Une partie du problème de sous-représentation n'a rien à voir avec le fait que c'est volontaire ou pas», note-t-il. Même lors d'un recensement long obligatoire, le taux de réponse est de 94 %. Les gens sous-représentés sont les jeunes hommes de 19 à 34 ans, les jeunes célibataires, les familles défavorisées et les immigrants arrivés au cours des cinq dernières années. Statistique Canada a de la difficulté à les trouver...

    Les jeunes ont tendance à vivre en colocation, et un des répondants ne pense pas avoir à remplir le formulaire unique par ménage pour son colocataire. Les familles pauvres vivent parfois dans des logements illégaux dans un sous-sol ne comportant pas d'adresse distincte. Elles ne reçoivent pas de formulaire. Et les immigrants vivent parfois chez de la famille qui, encore là, ne croit pas avoir à les déclarer sur le formulaire unique.

    «Il faudrait qu'on m'explique en quoi ces groupes-là seront nécessairement plus réfractaires à répondre. J'ai demandé des recherches à l'interne, et il semble que le refus n'est pas l'apanage d'un type de personnes.» M. Smith en conclut que si le refus de répondre est uniforme d'un groupe à l'autre ou d'une ville à l'autre, les résultats seront tout aussi fiables qu'avant sur ce point.

    Un test effectué par Statistique Canada a permis de découvrir par exemple que, à Toronto, la population noire dénombrée était 13,2 % moins nombreuse avec un questionnaire non obligatoire. Les gens exerçant une profession libérale étaient représentés à peu près dans les mêmes proportions, mais ceux exerçant un métier manuel étaient près de 8 % moins nombreux.

    Auparavant, le formulaire long obligatoire du recensement était envoyé à un ménage sur cinq avec un taux de réponse de 94 %. Maintenant, il sera envoyé à un ménage sur trois, dans l'espoir d'obtenir un taux de réponse de 50 %. Cela signifie qu'avant, 19 % de tous les Canadiens répondaient et qu'ils seront maintenant 17 %.

    Est-ce suffisant? «C'est un peu bas, reconnaît M. Smith, mais on n'a jamais fait d'enquête de cette envergure sur une base volontaire dans le passé. [...] Et les émotions [dans la population] sont très fortes à ce propos. Le climat est très incertain. On ne peut pas être certain de pouvoir atteindre les taux de réponse de 70 % qu'on obtient normalement pour les enquêtes sur une base volontaire.» Le statisticien en chef admet que la marge d'erreur de l'enquête sera sûrement plus élevée qu'auparavant et que certains utilisateurs décideront peut-être de ne plus utiliser les données.

    Confidentialité


    Le recensement a par ailleurs déjà commencé dans les communautés nordiques, et 1500 des 27 000 ménages visés ont été joints. Le taux de réponse au recensement court est «presque parfait», alors que celui pour l'Enquête nationale auprès des ménages (envoyée à tous dans le Nord et pas seulement à un ménage sur cinq) est de 90 %.

    Par ailleurs, Statistique Canada offrira encore le choix aux Canadiens de remplir directement le formulaire par Internet au moyen d'un lien sécurisé. L'agence prévoit que 40 % de la population se prévaudra de cette option. Question de coûts, mais aussi de confidentialité. «Si la personne va sur Internet, ça ne passe pas par les mains des postiers, ou qui que ce soit d'autre. Ça va directement d'eux à Statistique Canada sans intermédiaire.»
     
     
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