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Un déficit de courage

Chantal Hébert   21 février 2011  Canada
Si la Chambre des communes était pourvue d'un coq, il aurait déjà chanté trois fois en entendant la ministre de la Coopération internationale, Beverley Oda, rendre des comptes à l'opposition au sujet de la décision de couper les vivres à l'agence d'aide internationale Kairos.

Au cours de la dernière année, la ministre a changé sa version des faits à plusieurs reprises. Elle a commencé par imputer la décision à ses fonctionnaires pour ensuite se résigner à en reconnaître la maternité. Elle a fourni des explications à géométrie variable pour la justifier. Elle a admis avoir ordonné qu'un document gouvernemental soit trafiqué pour appuyer ses dires.

L'opposition réclame la démission de la ministre Oda pour cause de mensonge, ce en quoi presque tous les commentateurs indépendants lui donnent raison. S'il faut en croire un échantillon fourni par le Globe and Mail, les experts de l'opinion publique sont d'un autre avis.

***

La semaine dernière, le quotidien a posé la question suivante à quatre sondeurs: Stephen Harper pourrait-il gagner des votes en congédiant Bev Oda? Trois d'entre eux ont répondu que le premier ministre aurait autant ou plus à perdre qu'à gagner en cessant d'appuyer sa ministre.

Selon Nik Nanos, Darrell Bricker et Dimitri Pantazopoulos, un congédiement équivaudrait à admettre que le gouvernement a mal agi, ce qui pourrait se retourner contre lui; les Canadiens ne s'intéressent pas vraiment à la véracité des propos d'une ministre obscure; la démission de Bev Oda ne ferait que confirmer l'opinion des électeurs qui pensent déjà du mal du régime Harper.

Seul dans l'autre camp, Frank Graves a argué qu'en cautionnant sa ministre, le premier ministre braque les projecteurs sur ce qui est déjà son talon d'Achille, à savoir la promotion d'une culture gouvernementale basée principalement sur l'idée que la fin justifie les moyens.

Si l'on a demandé à des sondeurs de se prononcer sur la question de l'heure à Ottawa, c'est parce que, depuis cinq ans, le Parlement minoritaire est systématiquement observé sous le prisme du jeu politique et du score électoral.

À force de traiter l'arène parlementaire comme une patinoire de la LNH, on finit par perdre le sens de la moralité publique. Et si la vérité est la première victime d'une guerre politique où tous les coups sont permis, le courage n'est pas loin derrière.

Sur la colline parlementaire, Mme Oda est considérée comme une ministre consciencieuse, mais foncièrement animée par la crainte de déplaire au premier ministre. Elle n'est pas la seule. À de très rares exceptions près, les ministres de M. Harper ont préféré se plier en quatre ou même quitter discrètement la vie politique plutôt que de dire non à leur patron — quitte à passer pour des marionnettes.

L'absence chronique de courage n'est pas exclusive aux banquettes ministérielles. Elle sévit également du côté de l'opposition.

***

Malgré le sérieux qu'il affirme accorder à l'épisode Oda, Michael Ignatieff n'a fait aucune démarche pour censurer formellement le gouvernement. Le Parti libéral a plutôt ouvert une page sur Facebook et organisé une pétition virtuelle!

De son côté, Jack Layton est allé rencontrer le premier ministre pour négocier l'appui de son parti au prochain budget en échange de quelques paragraphes d'inspiration néo-démocrate vendredi, comme si l'affaire Oda se passait en vase clos par rapport au reste de la vie parlementaire.

À force de ne pas joindre le geste à la parole et de ne pas exercer le mandat de surveillance que leur a confié l'électorat parce que les sondages ne leur promettent pas une partie gagnée d'avance, les partis d'opposition finissent par laisser toute la glace au gouvernement conservateur. Et à force d'avoir peur d'avoir peur, ils ont convaincu bien des électeurs de ne pas les prendre au sérieux.

Les sondeurs qui aujourd'hui affirment que l'électorat est imperméable au mensonge sont pourtant souvent les mêmes qui juraient, au début de la dernière campagne fédérale, que les conservateurs pouvaient taper impunément sur le clou de la culture et même y trouver leur profit.

Ce n'est pas un accident si le sentiment d'urgence qu'inspirait la question des changements climatiques au début du premier mandat conservateur a décliné dans l'opinion publique en tandem avec l'empressement libéral à amener le gouvernement Harper à rendre rapidement des comptes sur la question à l'électorat pendant les premiers mois du leadership de Stéphane Dion. Cette occasion reportée et finalement ratée constitue peut-être le grand rendez-vous manqué des cinq dernières années pour les libéraux.

Ces dernières semaines, les partis d'opposition ont tous laissé entendre qu'ils pourraient faire tomber le gouvernement à l'occasion du budget. Le régime d'imposition des entreprises (PLC), la lourdeur du fardeau des factures de chauffage (NPD), le financement d'un amphithéâtre à Québec (BQ) seraient des questions plus fondamentales que l'intégrité des institutions démocratiques canadiennes?

***

Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.

***

chebert@thestar.ca
 
 
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  • roger lapointe
    Abonné
    lundi 21 février 2011 05h29
    Cautionner le pouvoir.
    Les deux partis d'opposition à Ottawa,Démocrates et Libéraux, jouent un double jeu qui va leur péter sur la gueule comme un boomerang à la prochaine élection.A force d'entériner les politiques rétrogrades et perverses de Harper au Parlement tout en les dénonçant sur la place publique, ces deux partis sont en train de perdre toute crédibilité.
    Ne reste que le Bloc qui doit restreindre son activité au Québec,agir comme un vrai parti d'opposition sans aucun espoir de faire un jour la loi à Ottawa.

  • Marc L
    Abonné
    lundi 21 février 2011 05h52
    Une vision juste
    Voila pourquoi j'ai de la difficulté à prendre au sérieux les politiciens. Les conservateurs se comportent en dignes émules de Machiavel, alors que les autres partis se contentent de grappiller des "bébelles" ici et là, juste pour nous rappeler qu'ils existent encore. Pendant ce temps, la question fondamentale d'éthique amenée dans l'actualité par les mensonges éhontés de la ministre se perd dans le brouillard épais de l'insignifiance de nos politiciens.

  • France Marcotte
    Abonnée
    lundi 21 février 2011 06h46
    L'angle du courage
    C'est vrai, on ne regarde pas souvent nos politiciens sous cet angle: le courage, comme si on avait depuis longtemps cessé d'attendre quoi que ce soit de ce côté. On sait par contre que ça joue beaucoup au Parlement, on s'amuse comme des gamins; c'est moins salissant pour sa belle chemise blanche, on sue moins, on est comme des coqs en pâte.
    C'est pas ça la politique?

    "À force de ne pas joindre le geste à la parole et de ne pas exercer le mandat de surveillance que leur a confié l'électorat parce que les sondages ne leur promettent pas une partie gagnée d'avance, les partis d'opposition finissent par laisser toute la glace au gouvernement conservateur. Et à force d'avoir peur d'avoir peur, ils ont convaincu bien des électeurs de ne pas les prendre au sérieux", dit la chroniqueuse, qui elle-même témoigne d'un certain cran.

    De la politique qui sue, de la politique qui bave, qui trébuche, qui se relève...c'est vrai que ça ferait plus sérieux.

  • Denis Miron
    Inscrit
    lundi 21 février 2011 07h06
    À vaincre par sondage,on triomphe sans gloire?
    La «bullshitocratie» serait-elle l’étape transitoire entre la démocratie et le fascisme?Les sondages nous répètent sans cesse que les canadiens ne veulent pas d’élection, peut-être qu’un jour, il y en aura vraiment plus, si Harper devient majoritaire?
    Il faut aussi se demander si la démocratie se limite à tracer un X sur un bulletin de vote à tous les 4 ans?
    Néo-démocrate ou néo-bullshitocrate?
    « À vaincre par sondage , on triomphe sans gloire»

  • chat58
    Inscrit
    lundi 21 février 2011 09h22
    Courage.
    Bonjour.
    Il est facile pour le Bloc de chialer et de faire de l' obstruction, ils ne serons jamais au pouvoir. Quelqu' un qui est normal et qui ne vit pas sur une autre planete, l' indépendance est impossible et illusoire, alors le Bloc aurait plus sa raison d' être un parti fédéraliste , une alternative aux Libéraux , de plus il n' est pas sur qu' ils défendent toutes les aspirations du quebec car sur certains dossiers(Le registre des armes a feu), ils sont pour le harcellement des honnêtes gens et refusent de s' attaquer au crime organisé la ou sont les vrais coupable , ex: Réserves Autochtones, trafic d' armes, de cigarettes, de casinos illégaux dans ces mêmes réserves, en fin de compte le bloc n, est pas mieux que les libéraux, ils sont la que pour leur pension
    Gaston Dufour, Alma..

  • Christina Berryman
    Abonnée
    lundi 21 février 2011 16h43
    C'est la faute au P.Q. !
    Cher chat 58 vous avez oublié de blâmer le parti québécois par qui tout ce qu'il y de mal au Québec arrive. C'est pourquoi Harpeur et Charest sont heureux car ils n'ont rien à voir avec nos déficits majeurs et le don de nos ressources à la vente de feu près de chez vous. D'ailleurs, selon Nathalie Normandeau, la pollution des pets de vaches dépasse tout le reste...inspirez à fond vous allez voir, il n'y a pas de corruption nulle part! Jacques Côté. P.S. Sérieusement, je vous félicite pour la clarté de votre analyse madame Hébert mais, vous le savez, il n'y a pas plus aveugle que celui qui ne veut pas savoir ni woire! Jacques Côté.

  • Raymond Saint-Arnaud
    Abonné
    lundi 21 février 2011 17h57
    @ M. Gaston Dufour, alias le chat58
    Je ne connais pas l’expertise que M. Gaston Dufour, alias le chat58, possède pour déclarer péremptoirement dans cette page que « l' indépendance (sous-entendu du Québec) est impossible et illusoire ».

    Quelques faits:
    En 2006, le PIB du Québec s'élèvait à 230,6 milliards de $ US PPA, soit 19,7 % du PIB canadien. En 2006, l'État du Québec se situait ainsi au 22e rang dans monde quant à son produit intérieur brut (PIB) par habitant de 30 143 $ US, derrière Singapour et la France, mais devant l'Italie et l'Espagne. Sur le plan de la superficie de son territoire (1 667 441 km2), le Québec souverain se placerait au 18e rang dans le monde et, en regard de la population (7 651 531 habitants), il se situerait au 94e rang. Dans le même peloton que plusieurs pays européens de taille comparable (Norvège, Danemark, Suède, Suisse, Irlande, etc). Cela malgré le fait que nous n'ayons pas le plein contrôle de nos impôts, et malgré l'histoire séculaire d'un Québec rapetissé par les politiciens fédéraux.

    L’avenir.
    Les souverainistes québécois veulent construire le Québec de demain. Le Québec, 22e économie mondiale, ne l'oublions pas. On n'est pas né pour un petit pain, on est capable. Malgré les entraves d'Ottawa, nous avons réussi à nous imposer dans plusieurs domaines dans le monde. Il est temps que le Québec soit le maître de son avenir. Nous avons pleinement le droit d'être ce que nous sommes. Il faut faire la souveraineté du Québec.

    Vivement sortir le Canada du Québec! Tout le monde va être content: le ROC et le Québec.

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