Revue de presse - Pas de pitié pour Bev Oda
Rien à faire. Impossible de trouver un seul quotidien prêt à prendre la défense de la ministre de la Coopération internationale, Bev Oda. De Halifax à Vancouver en passant par Winnipeg, le verdict est unanime: elle doit démissionner. Et plus cette affaire s'étire, plus les projecteurs se tournent vers Stephen Harper et la défense de sa ministre, alimentant du coup un débat sur le principe de la responsabilité ministérielle.
James Travers, du Toronto Star, note que pour sauver la face, le premier ministre répète que les ministres sont responsables de l'utilisation des fonds publics et que sa ministre n'a fait que son travail. Travers ne le conteste pas, mais rappelle que responsabilité se conjugue avec reddition de comptes. Oda avait le droit de s'opposer à la recommandation des fonctionnaires, mais «là où elle a complètement et fatalement manqué à ses responsabilités, c'est quand elle a tout fait pour éviter de répondre de sa décision». Le chroniqueur avoue cependant ne pas être surpris, le gouvernement actuel ayant pris l'habitude de se cacher derrière les fonctionnaires pour éviter d'expliquer leurs décisions. Toute cette affaire et la réaction du premier ministre montrent combien «le pouvoir a corrompu les conservateurs», écrit-il, avant de demander la démission de la ministre.
Selon le Star-Phoenix, de Saskatoon, les gestes posés par Oda sont le symptôme de problèmes plus profonds au sein de ce gouvernement. «Il y a une tendance chez les ministres de ce gouvernement conservateur à ignorer les conseils, à cacher l'information pertinente et à blâmer ensuite les fonctionnaires pour des virages politiques impopulaires ou inexplicables.» Dans le cas de Kairos, le Star-Phoenix pense que le gouvernement a erronément associé l'organisation à un groupe palestinien du même nom et que, au lieu de reconnaître son erreur, il a opté pour la tromperie. Le quotidien déplore que cela n'émeuve pas les Canadiens, car ils devraient s'inquiéter «du recours systémique par ce gouvernement à la tromperie, au brouillage, à la modification de documents, à l'obstruction et aux attaques personnelles contre les fonctionnaires et les opposants politiques». Le gouvernement est de moins en moins transparent, au point de rendre difficile pour les députés de faire leur travail.
Le Halifax Chronicle-Herald estime que «M. Harper ne fait que jeter un doute sur son propre jugement éthique et sa crédibilité» en défendant la ministre et en évitant de se prononcer sur l'altération du document et les mensonges qui ont suivi. «Si le premier ministre tient à garder Mme Oda au sein du cabinet, il doit aux Canadiens une réponse à deux questions. Combien grave doit être la déformation des faits avant qu'il ne congédie un ministre? Quand est-il acceptable de trafiquer des documents et quand est-ce que ce ne l'est plus? Bref, où trace-t-il la ligne éthique si ces transgressions ne sont pas des raisons incontournables pour écarter un ministre?»
Toute cette affaire amène Andrew Coyne, du Macleans, à se demander si «ce gouvernement peut être à la hauteur des normes de base d'un comportement démocratique et civilisé». Les faits, dit-il, sont connus et ne laissent pas de doute. Il y a eu mensonges. Par le passé, du moins avant le gouvernement Chrétien, cela aurait été un ticket vers la sortie. Mais ce gouvernement, qui ne nie pas que la ministre ait menti, ne le reconnaît pas non plus, évitant le sujet pour nous parler du pouvoir de décision des ministres. Tout le monde en convient, dit Coyne, mais cela ne leur donne pas le droit de manipuler les faits et de mentir. La réplique du premier ministre est maintenant l'enjeu, croit-il, car cette affaire réunit tous les ingrédients caractérisant les méthodes de son gouvernement, c'est-à-dire «un refus de faire preuve d'ouverture avec le public, d'expliquer les raisons de ses gestes et d'en prendre l'entière responsabilité». Et tout cela parce qu'on ne veut pas admettre que les décisions reposent sur «des motifs, une intention sous-jacente, un but, une philosophie, une idéologie». Si ce genre de conduite peut perdurer, dit-il, «c'est non seulement le gouvernement qui deviendra une farce sur le plan moral, mais aussi le Parlement, dont c'est le travail de contrôler ce genre de choses». Et quand le Parlement est berné, ce sont tous les électeurs qui le sont, ce qui amène Coyne à demander à Michael Ignatieff ce qu'il fera maintenant.
Le National Post note que le gouvernement Harper se rend vulnérable par sa propre faute. La responsabilité ministérielle, rappelle le Post, ne se limite pas à prendre des décisions; elle exige aussi de le faire avec éthique et dans la vérité. L'Ottawa Citizen parle d'agissements qui laissent transparaître «un mépris sérieux pour le système parlementaire et, par ricochet, pour le public». Le Globe and Mail note tristement que la ministre qui a fait fi des processus démocratiques est celle-là même qui dirige une organisation vouée entre autres à la promotion de la démocratie à l'étranger. En agissant comme elle l'a fait, Oda a miné une des forces traditionnelles du Canada, et ce, à un bien mauvais moment, alors que le monde arabe est en ébullition, dit-il.
***
mcornellier@ledevoir.com
James Travers, du Toronto Star, note que pour sauver la face, le premier ministre répète que les ministres sont responsables de l'utilisation des fonds publics et que sa ministre n'a fait que son travail. Travers ne le conteste pas, mais rappelle que responsabilité se conjugue avec reddition de comptes. Oda avait le droit de s'opposer à la recommandation des fonctionnaires, mais «là où elle a complètement et fatalement manqué à ses responsabilités, c'est quand elle a tout fait pour éviter de répondre de sa décision». Le chroniqueur avoue cependant ne pas être surpris, le gouvernement actuel ayant pris l'habitude de se cacher derrière les fonctionnaires pour éviter d'expliquer leurs décisions. Toute cette affaire et la réaction du premier ministre montrent combien «le pouvoir a corrompu les conservateurs», écrit-il, avant de demander la démission de la ministre.
Selon le Star-Phoenix, de Saskatoon, les gestes posés par Oda sont le symptôme de problèmes plus profonds au sein de ce gouvernement. «Il y a une tendance chez les ministres de ce gouvernement conservateur à ignorer les conseils, à cacher l'information pertinente et à blâmer ensuite les fonctionnaires pour des virages politiques impopulaires ou inexplicables.» Dans le cas de Kairos, le Star-Phoenix pense que le gouvernement a erronément associé l'organisation à un groupe palestinien du même nom et que, au lieu de reconnaître son erreur, il a opté pour la tromperie. Le quotidien déplore que cela n'émeuve pas les Canadiens, car ils devraient s'inquiéter «du recours systémique par ce gouvernement à la tromperie, au brouillage, à la modification de documents, à l'obstruction et aux attaques personnelles contre les fonctionnaires et les opposants politiques». Le gouvernement est de moins en moins transparent, au point de rendre difficile pour les députés de faire leur travail.
Le Halifax Chronicle-Herald estime que «M. Harper ne fait que jeter un doute sur son propre jugement éthique et sa crédibilité» en défendant la ministre et en évitant de se prononcer sur l'altération du document et les mensonges qui ont suivi. «Si le premier ministre tient à garder Mme Oda au sein du cabinet, il doit aux Canadiens une réponse à deux questions. Combien grave doit être la déformation des faits avant qu'il ne congédie un ministre? Quand est-il acceptable de trafiquer des documents et quand est-ce que ce ne l'est plus? Bref, où trace-t-il la ligne éthique si ces transgressions ne sont pas des raisons incontournables pour écarter un ministre?»
Toute cette affaire amène Andrew Coyne, du Macleans, à se demander si «ce gouvernement peut être à la hauteur des normes de base d'un comportement démocratique et civilisé». Les faits, dit-il, sont connus et ne laissent pas de doute. Il y a eu mensonges. Par le passé, du moins avant le gouvernement Chrétien, cela aurait été un ticket vers la sortie. Mais ce gouvernement, qui ne nie pas que la ministre ait menti, ne le reconnaît pas non plus, évitant le sujet pour nous parler du pouvoir de décision des ministres. Tout le monde en convient, dit Coyne, mais cela ne leur donne pas le droit de manipuler les faits et de mentir. La réplique du premier ministre est maintenant l'enjeu, croit-il, car cette affaire réunit tous les ingrédients caractérisant les méthodes de son gouvernement, c'est-à-dire «un refus de faire preuve d'ouverture avec le public, d'expliquer les raisons de ses gestes et d'en prendre l'entière responsabilité». Et tout cela parce qu'on ne veut pas admettre que les décisions reposent sur «des motifs, une intention sous-jacente, un but, une philosophie, une idéologie». Si ce genre de conduite peut perdurer, dit-il, «c'est non seulement le gouvernement qui deviendra une farce sur le plan moral, mais aussi le Parlement, dont c'est le travail de contrôler ce genre de choses». Et quand le Parlement est berné, ce sont tous les électeurs qui le sont, ce qui amène Coyne à demander à Michael Ignatieff ce qu'il fera maintenant.
Le National Post note que le gouvernement Harper se rend vulnérable par sa propre faute. La responsabilité ministérielle, rappelle le Post, ne se limite pas à prendre des décisions; elle exige aussi de le faire avec éthique et dans la vérité. L'Ottawa Citizen parle d'agissements qui laissent transparaître «un mépris sérieux pour le système parlementaire et, par ricochet, pour le public». Le Globe and Mail note tristement que la ministre qui a fait fi des processus démocratiques est celle-là même qui dirige une organisation vouée entre autres à la promotion de la démocratie à l'étranger. En agissant comme elle l'a fait, Oda a miné une des forces traditionnelles du Canada, et ce, à un bien mauvais moment, alors que le monde arabe est en ébullition, dit-il.
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