Christian Paradis choisit l'école anglaise

«Si j’avais voulu débattre de la loi 101, je serais sur la scène provinciale, je ne serais pas sur la scène fédérale», a dit hier au Devoir Christian Paradis.<br />
Photo: Agence Reuters Chris Wattie «Si j’avais voulu débattre de la loi 101, je serais sur la scène provinciale, je ne serais pas sur la scène fédérale», a dit hier au Devoir Christian Paradis.

Ottawa — Alors que le député conservateur Maxime Bernier estime que la loi 101 est inutile au Québec, son collègue ministre Christian Paradis prend les moyens pour la contourner. Le lieutenant québécois de Stephen Harper a déplacé sa famille à Ottawa, permettant à ses enfants de fréquenter l'école anglaise. M. Paradis explique qu'il voulait ainsi leur donner la chance d'apprendre l'anglais.

«Je suis libre d'envoyer mes enfants où je veux à l'école. Pour l'instant, ils vont à l'école anglaise. C'est un choix personnel que j'ai fait parce que je veux qu'ils apprennent l'anglais», a avoué M. Paradis au Devoir. Le ministre des Ressources naturelles insiste sur le fait qu'il y va d'un choix personnel ne regardant que lui et sa conjointe. «Parce que présentement, il n'y avait pas de possibilités d'apprendre l'anglais. Là, j'ai la chance de les envoyer en immersion pendant que je suis ici. Je pense que c'est un atout qu'ils ont, mais la base, c'est la préservation du français. Je suis de façon très serrée ce qu'ils font en français.»

M. Paradis ne voit pas en quoi cette question est du ressort public. D'autant moins qu'il est un politicien sur la scène fédérale. «Si j'avais voulu débattre de la loi 101, je serais sur la scène provinciale, je ne serais pas sur la scène fédérale. Je ne me suis pas investi en politique fédérale pour débattre de la loi 101. Mais personnellement, je pense que c'est une préservation de culture. Dans l'ensemble, c'est une bonne loi, mais je ne veux pas aller plus loin que cela dans le débat, ce n'est pas ma compétence.» Que pense-t-il de l'obligation faite d'envoyer ses enfants à l'école française? «J'ai mes propres pensées. Le système de l'éducation au Québec, est-ce qu'il y a moyen de l'améliorer ou pas? J'ai mes propres pensées.»

Paradoxalement, c'est M. Paradis qui lundi s'est levé à la Chambre des communes pour répondre des propos de son collègue Maxime Bernier. M. Bernier a déclaré sur les ondes d'une radio de Halifax qu'il jugeait la loi 101 inutile. Le Parti libéral a donc demandé au gouvernement conservateur si cet avis était partagé. «Les questions d'ordre linguistique sont de juridiction provinciale. Or, s'il y a bien un gouvernement qui respecte les juridictions provinciales, c'est le gouvernement conservateur», a répondu M. Paradis.

Cette réponse a fait sourciller certaines personnes dans les coulisses qui connaissent la situation personnelle du ministre-lieutenant. M. Paradis représente la circonscription de Mégantic-L'Érable et affirme encore vivre à Thetford Mines. Lors de la campagne électorale de 2008, il s'est d'ailleurs fait interroger à ce sujet. Il assure que sa maison d'Ottawa n'est pas sa résidence principale. M. Paradis se défend bec et ongles, justifiant qu'il voulait être proche de sa jeune famille. «J'ai dit dans mon comté qu'il n'y aurait pas un emploi qui justifierait que je me sépare de ma famille», a-t-il encore dit hier au Devoir.

En choisissant Ottawa plutôt que Gatineau, M. Paradis a obtenu le choix de langue d'enseignement pour ses enfants. L'Ontario laisse le choix de la langue d'enseignement. À Ottawa, il existe quatre commissions scolaires: l'école publique, l'école catholique, en anglais ou en français. N'importe qui peut s'inscrire à l'école anglophone.

Une fois le cheminement scolaire débuté en anglais au Canada, il est possible par la suite de s'inscrire à l'école anglaise publique au Québec. La Charte de la langue française stipule qu'un enfant de parents canadiens «ayant reçu un enseignement en anglais au Canada» a droit à l'école anglaise au Québec «pourvu que cet enseignement constitue la majeure partie de l'enseignement primaire reçu au Canada». C'est le cas si l'enfant a commencé son cheminement en anglais. Autrement, il faut comptabiliser les années passées dans chacune des deux langues.

Jusqu'à présent, il n'y a que le ministre conservateur Jean-Pierre Blackburn qui se soit aussi prononcé sur la pertinence de la loi 101. «Je pense que tout le monde convenait que c'était important de protéger la langue française au Québec», a-t-il dit. Selon M. Blackburn, «il faut penser aux générations futures. C'est important de protéger cette caractéristique fondamentale qui est la langue au Québec».
24 commentaires
  • Guy Fauteux - Abonné 10 février 2011 01 h 35

    loi 101 et la periode dite grande noirceur

    j'y vois la un parallele d'une cinquantaine d'annee.
    Avec de tel lois nos concitoyens vont rester pauvre au sens literal et figure du mot.
    Notre elite le moindrement alume prendra les moyens pour voir a ce que leurs enfants soit bien outille pour fonctionner dans le monde.

  • Nasboum - Abonné 10 février 2011 07 h 36

    anglais à l'école

    quelle épine dans les pieds du PQ! L'anglais est mal enseigné à l'école, le français l'est encore plus! Plutôt que de se battre sur des symboles, le PQ (et le PLQ) feraient mieux de travailler sur l'amélioration de l'enseignement de ces deux langues dans les écoles publiques du Québec. La vérité est toute là, sans vouloir généraliser, ce sont des analphabètes bilingues que nous formons dans là-bas. Décourageant tout ça.

  • - Abonné 10 février 2011 08 h 32

    La vraie grande noirceur

    Tous les Québécois inscrits à l'école française apprennent l'anglais, même si la plupart d'entre eux n'auront jamais à l'utiliser pour gagner leur vie. Et non seulement est-ce bien ainsi, mais s'ils ont la chance d'en apprendre d'autres, tant mieux.
    Par contre, faire choix d'aller à l'école anglaise, c'est choisir d'ignorer la littérature québécoise et française, c'est choisir d'ignorer le cinéma québécois et français, c'est choisir d'ignorer la culture d'ici. En un mot, c'est choisir de se couper de ses propres racines.
    Pour vous en convaincre, allez citer un écrivain, un chanteur, un penseur, un cinéaste québécois devant un groupe d'anglophones d'ici. Vous citeriez un auteur tamoul que vous obtiendriez autant d'impact.
    À l'inverse, allez citer un écrivain, un chanteur, un penseur, un cinéaste anglophone devant un groupe de Québécois et vous verrez la différence.
    Revendiquer le droit d'envoyer mes enfants à l'école anglaise, c'est revendiquer le droit d'être colonisé !

  • France Marcotte - Abonnée 10 février 2011 08 h 44

    Recrutement

    Est-il vraiment besoin d'être ministre pour parler ainsi? Ses réponses ressemblent à celles qu'une radio communautaire aurait obtenues de plusieurs quidams en surgissant à l'improviste rue Ste-Catherine.

    Parlant de la Catherine, on y trouve aussi des téléphones intelligents qui feraient d'excellents ministres...

  • Roland Berger - Inscrit 10 février 2011 08 h 59

    Les choix des élites

    Les élites québécoises, financières ou culturelles, n'ont aucun d'intérêt à ce que les Québécois et Québécoises des classes moyenne et populaire parlent un français plus compatible avec la langue des Français. Cette différence permet à leurs membres de se distinguer du peuple, des menus crétins qui peinent à survivre alors que les riches s'enrichissent. Même attitude destructrice pour ce qui est de la maîtrise de l'anglais, laquelle, elle aussi, permet d'accentuer cette différence. Autrefois trahi par ses curés, le Québec l'est maintenant par ses élites. Dans ce contexte, qui peut honnêtement reprocher au député Paradis d'assurer à ses enfants la maîtrise de la langue des conquérants, tout en suivant « de façon très serrée ce qu'ils font en français ».
    Roland Berger