Bouleversement politique en Alberta
En une semaine, la province a perdu son premier ministre, son ministre des Finances et son chef de l'opposition officielle
Photo : Agence Reuters Ed Stelmach
La province la plus riche du pays est en ébullition politique. La montée de la Wildrose Alliance, un parti de droite, et de l'Alberta Party, une formation au centre de l'échiquier, a forcé des départs en cascade qui pourraient transformer la province.
Les observateurs politiques albertains les plus aguerris sont sous le choc. «Toutes les pièces importantes du jeu d'échecs bougent en même temps! Clairement, la dynastie du Parti conservateur, qui règne depuis 40 ans, est en danger», lance David Taras, politologue à la Mount Royal University, à Calgary.
Le 25 janvier dernier, le premier ministre Ed Stelmach a annoncé, à la surprise générale, qu'il démissionnait. Malmené dans les sondages par le nouveau parti de droite Wildrose Alliance, de la charismatique chef Danielle Smith, Ed Stelmach est parti avant de se faire éjecter par ses députés et militants inquiets. Le premier ministre était aussi en froid avec son ministre des Finances, Ted Morton, faucon fiscal, qui souhaitait présenter un budget équilibré dès cette année, au prix de nombreuses compressions. Ed Stelmach voulait attendre une année de plus avant de renouer avec les surplus.
Ed Stelmach restera en poste jusqu'à la fin de la course à la direction qui s'amorce chez les conservateurs. Dès le lendemain de l'annonce du premier ministre, Ted Morton a décidé de quitter son poste pour se lancer dans la course à la succession... sans avoir l'odieux de présenter un autre budget déficitaire dans une province habituée de nager dans les surplus.
Mardi, une semaine après le choc conservateur, c'était au tour de David Swann, le leader du Parti libéral, de démissionner. Chef de l'opposition officielle depuis deux ans, il n'aura même pas eu le temps de mener ses troupes en campagne électorale. Le Parti libéral, qui a perdu les 23 dernières élections et qui a huit députés au Parlement (les conservateurs en ont 67), est menacé par la naissance d'un nouveau parti, l'Alberta Party, qui cherche à le remplacer comme force au centre de l'échiquier politique. L'Alberta Party vient d'aller chercher son premier député, Dave Taylor, un transfuge libéral qui avait perdu face à David Swann dans la précédente course à la direction libérale. Plusieurs députés menaçaient de le suivre. David Swann a préféré partir avant de diriger un parti déchiré.
Les organisateurs du nouveau Alberta Party proviennent surtout de l'entourage du nouveau maire de Calgary, Naheed Nenshi, qui avait causé la surprise cet automne en devenant maire de la ville du pétrole.
«Les Albertains sont tannés des mêmes leaders, ils souhaitent un changement de génération, dit David Taras. Et ça bouge vite. Le Parti conservateur est déstabilisé par la force de la Wildrose Alliance et le Parti libéral, par celle de l'Alberta Party.»
Dans le cas du Parti libéral albertain, la menace est immédiate, affirme Frédéric Boily, de l'Université de l'Alberta, à Edmonton. «Le jeu politique est ouvert comme jamais. Et le Parti libéral est le plus en danger. Il n'a jamais réussi à s'imposer et, disons-le franchement, quand tu portes le nom "libéral" en Alberta, tu as deux prises contre toi! L'image de ce parti est mauvaise et la montée de l'Alberta Party pourrait signifier sa fin. Une fusion de gré ou de force est fort possible», dit-il.
Le Nouveau Parti démocratique, avec ses deux députés, resterait alors la voix de la gauche, tandis que l'Alberta Party pourrait aller chercher les voix du centre. «Soyons clairs, le centre en Alberta est plus à droite qu'au Québec, dit David Taras. N'empêche, il y a trop de joueurs au centre et à gauche, il va se passer quelque chose.»
Un PC usé
La situation est différente au Parti conservateur, qui a pris le pouvoir il y a 40 ans. Après 11 majorités consécutives, l'usure du pouvoir semble s'installer. L'impopularité d'Ed Stelmach, peu charismatique, et la récession ont permis à la Wildrose de faire le plein d'appuis à droite du spectre politique. Le parti de la jeune chef Danielle Smith est à égalité dans les sondages avec le Parti conservateur. «Stelmach était un bon atout, c'est dommage de le voir partir!», dit Link Byfield, qui sera candidat aux élections pour la Wildrose dans la circonscription de Barrhead, à une heure au nord-ouest d'Edmonton. «Le PC a perdu beaucoup de crédibilité depuis deux ans. Je ne pense pas que le départ de Stelmach sera suffisant pour eux», ajoute-t-il.
Est-ce que Ted Morton est la solution? Réussira-t-il où il a échoué lors de la dernière course au leadership? «Beaucoup de ses appuis sont partis à la Wildrose dans les dernières années, alors ce n'est pas gagné pour lui», dit Frédéric Boily.
Des rumeurs persistantes laissent entendre que l'ancien ministre fédéral de l'Environnement, Jim Prentice, pourrait être sur les rangs. «S'il fait le saut, il va l'emporter. Il est très populaire chez les militants. Il est probablement le seul qui peut empêcher les conservateurs de perdre les prochaines élections», dit David Taras.
Le choix du chef et la stratégie qui en découlera auront une grande importance. «Si le Parti conservateur bouge vers la droite afin d'aller chercher les électeurs déçus qui se sont tournés vers la Wildrose, il va laisser le champ libre au centre pour l'Alberta Party. S'il ne fait rien, la Wildrose va continuer à l'embêter», dit David Taras.
Les courses au leadership qui s'amorcent dans les prochaines semaines vont accaparer l'attention. «Le visage politique de l'Alberta sera différent cet automne. La transformation sera importante. Mais à quel point et dans quel sens? Impossible de le prédire pour l'instant», affirme David Taras.
Les observateurs politiques albertains les plus aguerris sont sous le choc. «Toutes les pièces importantes du jeu d'échecs bougent en même temps! Clairement, la dynastie du Parti conservateur, qui règne depuis 40 ans, est en danger», lance David Taras, politologue à la Mount Royal University, à Calgary.
Le 25 janvier dernier, le premier ministre Ed Stelmach a annoncé, à la surprise générale, qu'il démissionnait. Malmené dans les sondages par le nouveau parti de droite Wildrose Alliance, de la charismatique chef Danielle Smith, Ed Stelmach est parti avant de se faire éjecter par ses députés et militants inquiets. Le premier ministre était aussi en froid avec son ministre des Finances, Ted Morton, faucon fiscal, qui souhaitait présenter un budget équilibré dès cette année, au prix de nombreuses compressions. Ed Stelmach voulait attendre une année de plus avant de renouer avec les surplus.
Ed Stelmach restera en poste jusqu'à la fin de la course à la direction qui s'amorce chez les conservateurs. Dès le lendemain de l'annonce du premier ministre, Ted Morton a décidé de quitter son poste pour se lancer dans la course à la succession... sans avoir l'odieux de présenter un autre budget déficitaire dans une province habituée de nager dans les surplus.
Mardi, une semaine après le choc conservateur, c'était au tour de David Swann, le leader du Parti libéral, de démissionner. Chef de l'opposition officielle depuis deux ans, il n'aura même pas eu le temps de mener ses troupes en campagne électorale. Le Parti libéral, qui a perdu les 23 dernières élections et qui a huit députés au Parlement (les conservateurs en ont 67), est menacé par la naissance d'un nouveau parti, l'Alberta Party, qui cherche à le remplacer comme force au centre de l'échiquier politique. L'Alberta Party vient d'aller chercher son premier député, Dave Taylor, un transfuge libéral qui avait perdu face à David Swann dans la précédente course à la direction libérale. Plusieurs députés menaçaient de le suivre. David Swann a préféré partir avant de diriger un parti déchiré.
Les organisateurs du nouveau Alberta Party proviennent surtout de l'entourage du nouveau maire de Calgary, Naheed Nenshi, qui avait causé la surprise cet automne en devenant maire de la ville du pétrole.
«Les Albertains sont tannés des mêmes leaders, ils souhaitent un changement de génération, dit David Taras. Et ça bouge vite. Le Parti conservateur est déstabilisé par la force de la Wildrose Alliance et le Parti libéral, par celle de l'Alberta Party.»
Dans le cas du Parti libéral albertain, la menace est immédiate, affirme Frédéric Boily, de l'Université de l'Alberta, à Edmonton. «Le jeu politique est ouvert comme jamais. Et le Parti libéral est le plus en danger. Il n'a jamais réussi à s'imposer et, disons-le franchement, quand tu portes le nom "libéral" en Alberta, tu as deux prises contre toi! L'image de ce parti est mauvaise et la montée de l'Alberta Party pourrait signifier sa fin. Une fusion de gré ou de force est fort possible», dit-il.
Le Nouveau Parti démocratique, avec ses deux députés, resterait alors la voix de la gauche, tandis que l'Alberta Party pourrait aller chercher les voix du centre. «Soyons clairs, le centre en Alberta est plus à droite qu'au Québec, dit David Taras. N'empêche, il y a trop de joueurs au centre et à gauche, il va se passer quelque chose.»
Un PC usé
La situation est différente au Parti conservateur, qui a pris le pouvoir il y a 40 ans. Après 11 majorités consécutives, l'usure du pouvoir semble s'installer. L'impopularité d'Ed Stelmach, peu charismatique, et la récession ont permis à la Wildrose de faire le plein d'appuis à droite du spectre politique. Le parti de la jeune chef Danielle Smith est à égalité dans les sondages avec le Parti conservateur. «Stelmach était un bon atout, c'est dommage de le voir partir!», dit Link Byfield, qui sera candidat aux élections pour la Wildrose dans la circonscription de Barrhead, à une heure au nord-ouest d'Edmonton. «Le PC a perdu beaucoup de crédibilité depuis deux ans. Je ne pense pas que le départ de Stelmach sera suffisant pour eux», ajoute-t-il.
Est-ce que Ted Morton est la solution? Réussira-t-il où il a échoué lors de la dernière course au leadership? «Beaucoup de ses appuis sont partis à la Wildrose dans les dernières années, alors ce n'est pas gagné pour lui», dit Frédéric Boily.
Des rumeurs persistantes laissent entendre que l'ancien ministre fédéral de l'Environnement, Jim Prentice, pourrait être sur les rangs. «S'il fait le saut, il va l'emporter. Il est très populaire chez les militants. Il est probablement le seul qui peut empêcher les conservateurs de perdre les prochaines élections», dit David Taras.
Le choix du chef et la stratégie qui en découlera auront une grande importance. «Si le Parti conservateur bouge vers la droite afin d'aller chercher les électeurs déçus qui se sont tournés vers la Wildrose, il va laisser le champ libre au centre pour l'Alberta Party. S'il ne fait rien, la Wildrose va continuer à l'embêter», dit David Taras.
Les courses au leadership qui s'amorcent dans les prochaines semaines vont accaparer l'attention. «Le visage politique de l'Alberta sera différent cet automne. La transformation sera importante. Mais à quel point et dans quel sens? Impossible de le prédire pour l'instant», affirme David Taras.
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