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Un embryon de dynastie?

24 janvier 2011 | Chantal Hébert | Canada
Dans n'importe quelles circonstances, la tâche de piloter un gouvernement minoritaire constitue un défi en soi. Y arriver pendant cinq ans est une plus grosse commande encore.

Prendre le pouvoir avec une équipe néophyte — dont les membres viennent de passer dix ans à se faire la guerre et parmi lesquels l'expérience est très souvent inversement proportionnelle au talent — constituerait tout un baptême du feu, même pour un gouvernement majoritaire.

Une fois ajouté à ce cocktail explosif l'ingrédient d'une récession, tous les éléments d'une mission que l'on pourrait normalement qualifier d'impossible sont réunis.

Pour toutes ces raisons, le cinquième anniversaire de Stephen Harper au pouvoir tient d'abord et avant tout du tour de force. Peu de ses contemporains auraient tiré leur épingle de ce genre de jeu, et l'on peut se demander combien seraient encore, à l'issue de cette expérience, en mesure d'envisager un troisième mandat.

C'est néanmoins le cas du premier ministre actuel à qui tous les sondages permettent, à l'occasion de cet anniversaire, non seulement d'être raisonnablement confiant dans la réélection de son gouvernement, mais également d'espérer la majorité qui lui a échappé lors des deux derniers scrutins.

Dans les faits, les conservateurs de Stephen Harper sont actuellement en meilleure posture dans les intentions de vote que la plupart des partis au pouvoir dans les capitales provinciales. Jean Charest au Québec, Dalton McGuinty en Ontario, Darrell Dexter en Nouvelle-Écosse et Ed Stelmach en Alberta pourraient tous avoir une plus grosse côte à remonter pour être reconduits au pouvoir que leur homologue fédéral.

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Majoritaire ou minoritaire, aucun gouvernement ne fonctionne en vase clos.

Au premier titre, la performance de la principale opposition fédérale n'est pas étrangère au succès de Stephen Harper.

Si l'attentisme conservateur dans le dossier des changements climatiques, le retour du déficit fédéral, la gestion du dossier afghan ou encore les nominations d'amis du régime au Sénat ne soulèvent pas de retour durable du balancier, c'est parce qu'une partie importante de l'électorat n'a pas le sentiment qu'à la même place, les libéraux de Michael Ignatieff agiraient très différemment.

Sur le front de la gestion de la récession par exemple, les dissensions libérales par rapport au plan économique conservateur se sont longtemps situées dans la marge de l'action gouvernementale. Sur le fond, le plan fédéral a bénéficié de l'appui implicite ou actif de l'opposition officielle aux Communes, et les provinces — tout autant néo-démocrates que libérales — ont collaboré sans rechigner au chantier de Stephen Harper.

Comme Jean Chrétien avant lui, le premier ministre actuel bénéficie des divisions de l'opposition. Mais là où Stephen Harper se distingue de ses prédécesseurs, c'est dans sa propre propension à diviser pour régner.

On a beaucoup vu que, quand cela fait son affaire, le premier ministre actuel n'hésite pas à tirer sur tout ce qui bouge. Au cours des cinq dernières années, les conservateurs ont notamment tiré à boulets rouges sur le gouvernement libéral de l'Ontario, les milieux culturels, les universitaires, la plupart des chiens de garde mis en place par le Parlement pour veiller aux abus et, dans le cas du premier ministre, sur le Bloc québécois.

Pendant la crise parlementaire qui a failli emporter son gouvernement il y a deux ans, les charges à fond de train du premier ministre contre le Bloc et son rôle de soutien dans le projet de coalition du PLC et du NPD ont été entendues dans bien des milieux du reste du Canada comme un appel aux barricades contre le Québec. Les séquelles de cet épisode perdurent encore aujourd'hui.

Sur le même front, la plus récente trouvaille conservatrice consiste à monter Québécois contre Québécois. La dernière fournée de publicités conservatrices décrit Gilles Duceppe comme trop montréalais pour bien représenter les régions. Dans tous les scénarios, un certain dérapage du discours politique fera partie de l'héritage de Stephen Harper.

Jusqu'à présent, la détérioration volontaire du climat public par le gouvernement actuel n'a pas contribué à élargir la clientèle conservatrice, mais elle ne l'a pas empêché non plus de conserver la faveur d'une pluralité d'électeurs.

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Dans un récent ouvrage intitulé Dynasties and Interludes, quatre experts universitaires, dont le professeur André Turcotte de l'Université Carleton, notent que parmi les cinq premiers ministres fédéraux qui ont connu le succès le plus durable, seul John A. Macdonald était conservateur.

Malgré des victoires électorales momentanément marquantes comme celles de Brian Mulroney en 1984 et 1988, les mandats conservateurs ont fini par être des intermèdes entre deux dynasties libérales (Pearson-Trudeau et Chrétien-Martin dans le cas des années Mulroney).

Selon les auteurs, il est trop tôt pour déterminer dans quelle catégorie l'histoire rangera à terme le règne de Stephen Harper. Le fait qu'après cinq années de gouvernement minoritaire, il soit encore candidat à devenir le premier conservateur depuis Macdonald à établir une dynastie fédérale témoigne de l'exceptionnelle résilience du premier ministre.

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Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.

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chebert@thestar.ca
 
 
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