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Revue de presse - La politique, différemment

Manon Cornellier   31 décembre 2010  Canada
Eva Ariak est première ministre. Elle n'est ni libérale, ni conservatrice, ni néodémocrate. Elle est seulement une députée que ses pairs, tous masculins à l'époque, ont choisie en 2008 pour diriger le gouvernement du plus jeune territoire canadien. Au Nunavut, c'est ainsi que les choses se font, sans parti et par consensus.

L'histoire d'Eva Ariak, que nous raconte Lisa Gregoire dans la dernière édition du magazine Walrus, est aussi celle du territoire et du peuple qu'elle gouverne. «Le Nunavut a été imaginé, conçu, négocié, légiféré et commémoré au cours de sa seule vie», écrit Gregoire. Ariak est aussi un éloquent exemple de la force des femmes inuites et du rôle prééminent qu'elles jouent dans l'arène politique du Nord.

Elle est aussi l'illustration d'une autre façon de gouverner devant des défis colossaux. Au Nunavut, le taux de chômage atteint 14,2 %, le taux de grossesse chez les adolescentes y est le plus élevé au Canada, le taux de diplomation, le plus bas. Le tiers de la population vit dans des logements surpeuplés. Les crimes violents, y compris les agressions sexuelles, sont fréquents. L'espérance de vie y est beaucoup plus courte. La population est jeune, la moitié ayant moins de 25 ans.

Ariak, raconte Gregoire, veut accélérer la marche vers l'autosuffisance en obtenant pour le Nunavut un statut similaire aux provinces en matière de contrôle des richesses naturelles. Le territoire en regorge et c'est l'Eldorado du futur. Il pourrait financer les services et surtout l'éducation, la clé de l'avenir, selon Ariak. Elle «sait que les changements sociaux les plus fondamentaux prennent des décennies» et parle de «vision à long terme», une formule qui détonnerait dans la bouche d'un politicien du Sud. «Alors que les autres premiers ministres n'ont qu'à se maintenir à flot entre les élections, écrit Gregoire, ceux du Nunavut doivent construire le bateau. Et l'amener quelque part [...], sans laisser quiconque derrière.»

Mise en marché

Il n'y a pas à dire, on est aux antipodes de la politique clientéliste qui prévaut actuellement à Ottawa et que décrivent Susan Delacourt et Don Lenihan dans un article fort intéressant de la revue Options politiques. Ils évoquent comment le contribuable a délogé le citoyen dans le discours public où les politiques sont réduites à des produits destinés à des niches bien ciblées. Personne ne nie que les contribuables doivent en avoir pour leur argent, disent-ils. «La question, cependant, est de savoir si c'est tout ce que les citoyens attendent de leurs gouvernements. Ou, dit autrement, sont-ils contents de voir leur gouvernement être à peine mieux qu'un centre commercial ou un marchand de beignes?»

À Ottawa, les conservateurs ont poussé cette approche très loin. Ils ne cherchent plus à unir les citoyens derrière des buts communs. Ils ont découpé la population en segments à qui ils offrent des politiques taillées sur mesure pour les séduire, la «transaction ultime» étant la victoire. «Le problème avec cette approche est que la transaction entre l'électeur et le politicien semble devoir être simple, une promesse facile à faire et à remplir.» Les problèmes complexes sont négligés ou passés sous silence, car leur solution exige esprit de compromis et vision à long terme.

Delacourt et Lenihan ne désespèrent pas pour autant. À leur avis, on voit poindre à l'horizon des expériences pour s'attaquer à des enjeux difficiles en faisant appel à la participation des citoyens. Cet engagement citoyen a été mis à l'épreuve, par exemple, au Nouveau-Brunswick, pour élaborer une stratégie antipauvreté que le nouveau premier ministre a décidé de poursuivre. Selon les deux auteurs, «les partis politiques et les citoyens devront choisir la voie qu'ils veulent suivre. La première les mène encore plus loin dans le monde technocratique du marketing politique et de la politique clientéliste. L'autre va vers un regain d'intérêt pour le rôle des idées, des valeurs et de la participation en politique, et ce, à travers un processus d'élaboration des politiques empreint d'un plus grand esprit de collaboration».

Risquer sa peau


Une autre façon de faire de la politique consiste à risquer le tout pour le tout afin de défendre ses convictions. Wayne Sumner, dans le Walrus, rappelle la lutte menée par Henry Morgentaler pour faire décriminaliser l'avortement. Il raconte les batailles juridiques qu'il a menées, les appuis qu'il a reçus, la sympathie du public dont il a bénéficié. «Le droit de choisir des femmes jouit d'un tel appui public que toute menace sérieuse à son endroit est écartée, même sous l'actuel gouvernement conservateur», poursuit-il.

Sumner fait ce rappel pour mieux établir un parallèle avec la lutte en faveur de la légalisation du suicide assisté. À son avis, cette cause avancera non seulement quand un patient de la trempe de Sue Rodriguez aura le courage de défier la loi, mais aussi quand un médecin acceptera de s'identifier sur la place publique. Aux Pays-Bas, c'est la multiplication des acquittements de médecins ayant aidé des patients à mourir qui, durant les années 1970, a forcé l'établissement de lignes directrices pour encadrer la pratique. La loi n'est venue qu'en 2002, mais après 30 ans d'une légalisation de fait par les cours.
 
 
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  • François Ricard - Abonné
    31 décembre 2010 05 h 36
    Il faut libérer nos élus du carcan de la ligne de parti
    La situation actuelle illustre fort bien les carences de notre système démocratique qui font de notre premier ministre un véritable dictateur pendant 5 ans, sans devoir tenir compte de l’avis des contribuables.
    En effet, la ligne de parti oblige les députés a entériné toutes les décisions du premier ministre; les ministres sont nommés et dégommés par le premier ministre, alors l’obligation pour eux d’être strictement solidaires de leur chef; le premier ministre, élu par une minorité de la population, peut décider, sans avoir pris ou sans prendre avis de l’opinion publique, des politiques majeures à implanter, comme dans le gaz de schiste ou les éoliennes.
    À quand un scrutin secret pour nos représentants de l’Assemblée nationale ? Scrutin secret qui les libérerait de cette obligation de suivre aveuglément la ligne de parti.
    Il n’est pas facile d’expliquer à un profane les ramifications extrêmement complexes du fonctionnement du parlementarisme d’inspiration britannique…Le Premier Ministre lance quelques opinions et regarde autour de lui, dans l’expectative. C’est le signal envoyé au béni-oui-oui , le ministre concerné, pour qu’il dise oui. Il est suivi, dans l’ordre de préséance, par le béni-oui-oui senior- ou Vice-Premier Ministre, comme on le nomme parfois- et du béni-oui-oui junior-le ministre délégué. Suivent les autres béni-oui-oui qui donnent leur accord en se levant à demi de leur banquette parlementaire. La démocratie en action….
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  • chat58 - Inscrit
    31 décembre 2010 20 h 52
    Scrutin secret.
    Bonjour.
    Je pensais justement a ca aujourd' hui, j' y pense même depuis longtemps. Les électeurs sont le dindon de la farce dans notre systeme. On élie notre député pour nous représenter et lui représente son parti et son chef contre celui qui l' a élu, Quel farce !!!
    De plus notre député cautionne certaines lois qui pénalise ses propres électeurs même , pire ils ne nous aident pas , il cautionne les injustices, c' est pourquoi il y a tant de cynisme en politique. Plus personne n' y croit.
    Gaston Dufour, Alma.
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  • Michaël Lessard (micles.biz) - Abonné
    1 janvier 2011 04 h 12
    Merci
    Merci pour cet article qui présente la et le politique sous un angle plus intelligent, au service d'une société.
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  • France Marcotte - Abonnée
    1 janvier 2011 15 h 05
    Marge de manoeuvre
    La politique clientéliste, si elle ne permet même pas au contribuable "d'en avoir pour son argent", on peut se demander à qui et à quoi elle est profitable tout compte fait...
    Elle est sans doute plus pratique à mener que celle qui s'occuperait d'enjeux plus difficiles exigeant une vision à long terme. Mais l'important n'est-il pas que le citoyen sache à quoi on renonce dans un cas comme dans l'autre, plutôt que de lui laisser croire qu'il n'y a pas d'alternative et que ce qu'on lui sert n'est pas le résultat d'un choix mais la seule façon de faire possible dans notre système parlementaire, ce que, grâce à madame Cornellier, on découvre comme étant un déplorable mensonge de plus.
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  • Pierre Rousseau - Inscrit
    2 janvier 2011 11 h 55
    Nunavut
    Le Nunavut a hérité du système parlementaire qui avait été élaboré dans les Territoires du Nord-Ouest avant la division d'avec le nouveau territoire du Nunavut et il fonctionne sur la base du « consensus », sans partis politiques. C'est la raison pour laquelle ce sont les députés qui élisent leur premier ministre et ensuite, c'est le premier ministre qui choisit les ministres (son cabinet). Les députés sont donc redevables de leurs décisions et de leurs actions à leurs électeurs respectifs.

    Par contre, le système électoral et politique du Nunavut est calqué sur les systèmes de la société dominante et comporte aussi ses faiblesses car, d'une part on a une assemblée législative qui fonctionne par consensus dans un modèle politique qui est calqué sur un système où on retrouve un gouvernement et une opposition. Dans le système du Nunavut, il n'y a pas d'opposition comme telle et souvent on la trouve dans la « rue » ou dans les média.

    En d'autres termes, on a un peu manqué le bateau en préparation de la naissance du Nunavut et on a tenté de faire un hybride de deux systèmes qui ne fonctionnent pas nécessairement bien ensembles. Il aurait valu la peine de voir comment les Inuit auraient pu construire leur propre système politique basé sur leurs culture et traditions, dont l'élément essentiel est le consensus.

    Autre exemple, on a répliqué un système judiciaire qu'on sait non fonctionnel, en particulier pour les peuples autochtones, sans tenter de créer un nouveau système qui répondrait plus aux aspirations du peuple inuit, majoritaire. Ce sont évidemment les réticences d'Ottawa à faire des accommodements aux Inuit et le peu de capacité chez les Inuit pour négocier ces éléments avec le fédéral qui sont les causes de ce rendez-vous partiellement manqué avec l'histoire.
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