Malhonnêteté... intellectuelle
Serrer la vis aux délinquants est sûrement le refrain le plus populaire dans les rangs conservateurs, mais il l'est encore plus quand il est accompagné de l'éternel couplet accusant l'opposition d'avoir un faible pour les criminels. Et quand la fin de session approche, la chanson s'allonge pour blâmer les partis d'opposition de la lenteur avec laquelle la Chambre étudie certains projets de loi. Le reproche est souvent sans fondement, mais qu'importe les faits, l'important est de marquer des points tout en imposant, lentement mais sûrement, une perception des événements qui avantage le gouvernement.
Fidèle à ses habitudes, le gouvernement cherche depuis quelques jours à faire mal paraître l'opposition parce qu'elle refuse d'adopter à toute vapeur un projet de loi limitant l'accès au pardon et qu'elle promet de défaire le projet de loi s'attaquant aux passeurs de migrants. Dans les deux cas, le gouvernement tient un discours extrêmement populiste pour pourfendre ses adversaires, brouiller les cartes et faire fi d'objections auxquelles il s'abstient de répondre.
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Quand il défend son projet de loi sur le pardon — plus précisément sur la suspension du casier judiciaire — le gouvernement ne parle que des délinquants sexuels ayant agressé des mineurs et à qui on refuserait enfin, et pour toujours, la mise en veilleuse de leur casier judiciaire. Le hic est que le projet de loi va beaucoup plus loin. Il barre entre autres la route à toute personne condamnée pour «plus de trois infractions dont chacune a fait l'objet d'une poursuite par voie de mise en accusation». Ce jargon cache un très large filet jeté sur quiconque est reconnu coupable de plus de trois actes criminels pouvant aller du vol à l'étalage au meurtre. Pour les partis d'opposition, cela manque de nuance et exige une étude plus approfondie en comité.
De l'avis du gouvernement, les objections de l'opposition démontrent seulement qu'elle fait «passer les droits des criminels avant ceux des victimes», une affirmation qu'a encore répétée le ministre de la Sécurité publique, Vic Toews, lundi en réponse à une question «plantée» d'un député conservateur. Hier, il invitait le député libéral Mark Holland «à faire preuve d'autant de compassion envers les victimes que les auteurs de crimes».
Ces mêmes partis d'opposition ont pourtant accepté le printemps dernier de resserrer à toute vapeur les règles du pardon pour en refuser l'accès à Karla Homolka. Pour obtenir cette coopération, le gouvernement avait dû accepter de scinder un projet de loi inspiré par le cas de l'entraîneur de hockey mineur Graham James, qui a obtenu un pardon en 2007 pour une condamnation pour délits sexuels contre deux joueurs, dont Sheldon Kennedy, un ancien joueur de la Ligue nationale de hockey.
Le cas Homolka résolu, le gouvernement ne ressent plus la nécessité de s'entendre avec l'opposition sur le deuxième volet de son projet. La logique de l'intimidation a repris ses droits. Si l'opposition cède, le gouvernement aura ce qu'il veut. Sinon, il pourra l'accuser d'avoir favorisé les criminels.
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Dans le cas du projet de loi sur les passeurs, le gouvernement suit la même logique. Le projet C-49 vise les passeurs, ce que personne ne conteste, mais aussi leurs victimes. Le gouvernement présente ces dernières comme des immigrants clandestins qui cherchent à contourner le système. Certains le sont peut-être, mais on ne peut le savoir avant d'entendre leur demande d'asile. Le gouvernement en convient, mais il persiste à vouloir traiter avec plus de sévérité les vrais réfugiés arrivés en groupe et de façon «irrégulière». Ces «étrangers désignés» seront automatiquement détenus et pourront l'être jusqu'à un an sans contrôle judiciaire. Et même si leur demande d'asile est acceptée, ils devront attendre cinq ans avant de pouvoir quitter le pays ou de parrainer un proche.
Dans le fond, on punit ceux qui fuient réellement la persécution et qui n'ont pas abusé du système en demandant, comme le prévoit la loi, la protection du Canada. C'est pour cela que les partis d'opposition et plusieurs organisations dénoncent le projet et pensent qu'il enfreint la Charte des droits et libertés.
La réplique du gouvernement: «Nous n'allons pas laisser les libéraux récompenser ceux qui violent nos lois sur l'immigration et qui court-circuitent le processus. Nous allons agir», a déclaré lundi le ministre de l'Immigration, Jason Kenney, en réponse à une question d'un député. Il avait l'air furieux, indigné, pressé. Pourtant, le projet de loi n'est pas à l'ordre du jour de la Chambre cette semaine, un choix qui revient au gouvernement et qui signifie que rien ne bougera pendant presque deux mois.
Mais le ton a été donné et on a maintenant une idée du genre de discours que tiendront les députés conservateurs durant leur congé hivernal: des slogans populistes, qui jouent sur les émotions et les réflexes primaires des gens.
Et cette insistance sur la loi et l'ordre a le grand mérite de mobiliser la base du parti tout en exerçant un attrait auprès de citoyens inquiets pour leur sécurité. Avant d'être idéologique, cette stratégie qui carbure au simplisme est pragmatique et tristement électoraliste. Qu'elle fasse des victimes au passage est sans importance, car ces dernières sont impopulaires et pas de celles dont les conservateurs cherchent l'appui.
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mcornellier@ledevoir.com
Fidèle à ses habitudes, le gouvernement cherche depuis quelques jours à faire mal paraître l'opposition parce qu'elle refuse d'adopter à toute vapeur un projet de loi limitant l'accès au pardon et qu'elle promet de défaire le projet de loi s'attaquant aux passeurs de migrants. Dans les deux cas, le gouvernement tient un discours extrêmement populiste pour pourfendre ses adversaires, brouiller les cartes et faire fi d'objections auxquelles il s'abstient de répondre.
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Quand il défend son projet de loi sur le pardon — plus précisément sur la suspension du casier judiciaire — le gouvernement ne parle que des délinquants sexuels ayant agressé des mineurs et à qui on refuserait enfin, et pour toujours, la mise en veilleuse de leur casier judiciaire. Le hic est que le projet de loi va beaucoup plus loin. Il barre entre autres la route à toute personne condamnée pour «plus de trois infractions dont chacune a fait l'objet d'une poursuite par voie de mise en accusation». Ce jargon cache un très large filet jeté sur quiconque est reconnu coupable de plus de trois actes criminels pouvant aller du vol à l'étalage au meurtre. Pour les partis d'opposition, cela manque de nuance et exige une étude plus approfondie en comité.
De l'avis du gouvernement, les objections de l'opposition démontrent seulement qu'elle fait «passer les droits des criminels avant ceux des victimes», une affirmation qu'a encore répétée le ministre de la Sécurité publique, Vic Toews, lundi en réponse à une question «plantée» d'un député conservateur. Hier, il invitait le député libéral Mark Holland «à faire preuve d'autant de compassion envers les victimes que les auteurs de crimes».
Ces mêmes partis d'opposition ont pourtant accepté le printemps dernier de resserrer à toute vapeur les règles du pardon pour en refuser l'accès à Karla Homolka. Pour obtenir cette coopération, le gouvernement avait dû accepter de scinder un projet de loi inspiré par le cas de l'entraîneur de hockey mineur Graham James, qui a obtenu un pardon en 2007 pour une condamnation pour délits sexuels contre deux joueurs, dont Sheldon Kennedy, un ancien joueur de la Ligue nationale de hockey.
Le cas Homolka résolu, le gouvernement ne ressent plus la nécessité de s'entendre avec l'opposition sur le deuxième volet de son projet. La logique de l'intimidation a repris ses droits. Si l'opposition cède, le gouvernement aura ce qu'il veut. Sinon, il pourra l'accuser d'avoir favorisé les criminels.
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Dans le cas du projet de loi sur les passeurs, le gouvernement suit la même logique. Le projet C-49 vise les passeurs, ce que personne ne conteste, mais aussi leurs victimes. Le gouvernement présente ces dernières comme des immigrants clandestins qui cherchent à contourner le système. Certains le sont peut-être, mais on ne peut le savoir avant d'entendre leur demande d'asile. Le gouvernement en convient, mais il persiste à vouloir traiter avec plus de sévérité les vrais réfugiés arrivés en groupe et de façon «irrégulière». Ces «étrangers désignés» seront automatiquement détenus et pourront l'être jusqu'à un an sans contrôle judiciaire. Et même si leur demande d'asile est acceptée, ils devront attendre cinq ans avant de pouvoir quitter le pays ou de parrainer un proche.
Dans le fond, on punit ceux qui fuient réellement la persécution et qui n'ont pas abusé du système en demandant, comme le prévoit la loi, la protection du Canada. C'est pour cela que les partis d'opposition et plusieurs organisations dénoncent le projet et pensent qu'il enfreint la Charte des droits et libertés.
La réplique du gouvernement: «Nous n'allons pas laisser les libéraux récompenser ceux qui violent nos lois sur l'immigration et qui court-circuitent le processus. Nous allons agir», a déclaré lundi le ministre de l'Immigration, Jason Kenney, en réponse à une question d'un député. Il avait l'air furieux, indigné, pressé. Pourtant, le projet de loi n'est pas à l'ordre du jour de la Chambre cette semaine, un choix qui revient au gouvernement et qui signifie que rien ne bougera pendant presque deux mois.
Mais le ton a été donné et on a maintenant une idée du genre de discours que tiendront les députés conservateurs durant leur congé hivernal: des slogans populistes, qui jouent sur les émotions et les réflexes primaires des gens.
Et cette insistance sur la loi et l'ordre a le grand mérite de mobiliser la base du parti tout en exerçant un attrait auprès de citoyens inquiets pour leur sécurité. Avant d'être idéologique, cette stratégie qui carbure au simplisme est pragmatique et tristement électoraliste. Qu'elle fasse des victimes au passage est sans importance, car ces dernières sont impopulaires et pas de celles dont les conservateurs cherchent l'appui.
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