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Afghanistan et politique 101

Chantal Hébert   15 novembre 2010  Canada
Le premier ministre Stephen Harper n'a pas souvent eu à se défendre de pécher par excès de charité, en particulier à l'égard de ses adversaires libéraux. Sa décision de ne pas soumettre sa décision de prolonger la présence militaire canadienne en Afghanistan au-delà de l'échéance de 2011 à un vote parlementaire est sans doute l'exception qui confirme la règle.

S'il saisissait la Chambre des communes de son projet d'affecter plusieurs centaines de soldats à la formation de l'armée afghane jusqu'en 2014, le premier ministre obtiendrait certainement l'aval d'une majorité de députés. L'idée est d'inspiration libérale. Le PLC, par l'entremise de son critique aux affaires étrangères, Bob Rae, et du chef Michael Ignatieff, en fait la promotion depuis le printemps dernier. Le gouvernement minoritaire conservateur a besoin de moins d'une vingtaine de voix d'opposition pour faire passer une résolution sur le dossier afghan aux Communes.

Ce sont surtout des failles dans la façade libérale qu'un tel vote risquerait d'exposer. Car la position libérale ne fait pas nécessairement l'unanimité au sein du caucus de l'opposition officielle. Au minimum, Michael Ignatieff aurait fort à faire pour éviter qu'une épidémie de grippe diplomatique ne décime ses rangs le jour du vote.

***

Les divisions libérales sur l'Afghanistan ne datent pas d'hier. La base militante du parti a tendance à être plus à gauche que son caucus; elle ne partage pas l'engouement de sa direction actuelle pour l'engagement militaire du Canada à Kandahar. Après l'arrivée du parti dans l'opposition en 2006, tout semblait même militer pour un repositionnement libéral sur l'Afghanistan.

Lors d'un vote parlementaire sur une première prolongation de la mission de combat à l'automne de 2006, la majorité des aspirants à la direction du parti, dont le futur chef Stéphane Dion, avait voté contre la proposition du gouvernement Harper.

Une fois M. Dion devenu chef, le recrutement par Stephen Harper de John Manley, un ancien vice-premier ministre libéral, pour établir un argumentaire en faveur d'une autre prolongation de mission avait eu raison de ses objections. À l'époque, le chef libéral s'était laissé convaincre que dans l'état de son leadership dans le reste du Canada, il ne pourrait pas gagner un bras de fer avec le tandem Manley/Harper sur l'Afghanistan.

Contrairement à son prédécesseur, Michael Ignatieff a été partant pour toutes les prolongations de la mission de Kandahar. Mais, plus récemment, c'est Bob Rae — son ancien rival et un critique aux affaires étrangères que ses antécédents néodémocrates ne prédestinaient pas d'emblée à un rôle de faucon — qui est monté aux barricades pour prôner le maintien d'une présence militaire canadienne importante en Afghanistan.

La semaine dernière, M. Rae a joint sa voix à celle du premier ministre pour soutenir qu'un vote des Communes n'était pas nécessaire pour engager des soldats canadiens dans des activités de formation. Sa véhémence est compréhensible.

Comme critique libéral aux affaires étrangères, Bob Rae porte les cicatrices récentes d'un tir meurtrier en provenance de son propre camp.

Au début de l'année, une résolution de son cru destinée à forcer le premier ministre à inclure explicitement la contraception (et l'avortement) dans le projet conservateur de promotion de la santé maternelle dans les pays en développement a échoué... faute d'appuis libéraux.

***

Charité bien ordonnée commence tout de même par soi-même. Peu de temps après son arrivée au pouvoir, Stephen Harper s'est rendu à l'évidence que, sur le sujet de la mission afghane, il était dans son intérêt de partager généreusement sa tente avec le PLC. Cette fois-ci encore, il y trouve amplement son compte.

La minorité de Canadiens qui ne souhaitent pas la fin de la présence militaire en Afghanistan est majoritairement composée de partisans conservateurs. En prime, la décision de Stephen Harper a pour effet de consolider les appuis de Jack Layton et du NPD.

Chaque fois qu'un sondage montre — comme le plus récent sondage Ekos publié la semaine dernière — que les libéraux ne pourraient pas prendre le pouvoir sans l'aide explicite du NPD, la perspective de voir leur parti jouir d'une influence sans précédent sur un éventuel gouvernement minoritaire libéral donne de nouvelles raisons aux partisans néodémocrates de lui rester fidèles plutôt que de se coaliser derrière Michael Ignatieff.

La question afghane constitue une des principales lignes de démarcation entre le PLC et le NPD. Cela vaut également pour un nombre important de partisans du Bloc québécois. En embrassant la position libérale sur le rôle canadien en Afghanistan, Stephen Harper a joint l'utile à l'agréable. Il a fait plaisir à ses alliés de l'OTAN et à sa base militante et il a fourni de la colle à Jack Layton et Gilles Duceppe pour souder davantage leurs appuis aux dépens des libéraux.

***

Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.

***

chebert@thestar.ca
 
 
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  • Socrate - Inscrit
    15 novembre 2010 07 h 19
    autobus
    L'autobus des idées de ce pauvre Igny se dirige inéluctablement vers la voie de garage aux dernières nouvelles et c'est probablement très bien ainsi.
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  • Democrite101 - Inscrit
    15 novembre 2010 07 h 58
    Si on s'est battu pour les Juifs en 1939-45, il faut se battre pour les femmes afghanes en 2010

    L'impérialisme libéral occidental (les armes au service du renforcement et de l'expansion de la démocratie) est très risqué dans le monde arabe. Pourquoi?

    Parce qu'on veut lui faire avaler, en même temps que cette belle pilule civilisatrice, le sionisme colonialiste, vicieusement antisémite et anti-juif, oui anti-juif.

    Bref, l'arrière-pensée historique des Occidentaux de se débarrasser des Juifs sur une terre palestinienne spoliée est la corruptrice de cette bonne intention de débarrasser les Afghans de ces ordures talibanes qui coiffent leurs femmes comme on n'oserait même pas le faire pour nos vaches en hiver.

    Vive la démocratie afghane, et au plus vite. Au plus vite signifie avec le moins de morts possibles.
    Et rapatrions nos frères juifs aux USA et au Canada.

    Jacques Légaré, héritier et défenseur des Lumières
    Ph.d, en philosophie politique
    Voir «Page Web Jacques Légaré»
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  • Pierre Rousseau - Inscrit
    15 novembre 2010 11 h 07
    Cause désespérée?
    Ça fait 9 ans que l'armée canadienne est en Afghanistan et ça fait presqu'aussi longtemps que cette armée entraîne les soldats afghans dans les techniques occidentales. Faut croire que ça ne marche pas... tout en espérant que les gens éventuellement formés ne se retrouvent pas dans les rangs des combattants talibans... De plus, il est impossible pour les occidentaux d'imposer par la force leur conception de la démocratie et leur vision du monde à des peuples aussi différents que les Afghans et cette mission était vouée à l'échec dès le début.

    Alors quand on voit les Libéraux dans le même lit que les Conservateurs, on voit vraiment que la différence entre les deux n'est que cosmétique et que fondamentalement ils sont sur la même page. En effet, la question de l'occupation de l'Afghanistan est un des sujets les plus importants en politique canadienne et ces deux partis mangent à la même auge.

    Pas étonnant donc que le NPD et le Bloc qui s'en tiennent à leurs principes profitent d'une augmentation de leur appui, quand on voit les Libéraux manquer de jugement et, surtout, de principes.
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  • Gravelon - Inscrit
    15 novembre 2010 13 h 19
    porte de sortie
    Le Canada comme tous les pays de la coalition est en train de chercher une porte de sortie honorable, car la mission en Afghanistan est tout simplement un echec, et ce n'est pas dans 2 ou 3 ans qu'on va stabiliser le pays. Si à l'origine, on est intervenu pour sauver les petites filles afghanes, on s'est comporté en réalité comme tout autre colonisateur. L'afghan qui vivaient dans le misère, n'a vu aucune amélioration de son sort, le minimum de sécurité requis pour vivre une vie normale n'est pas assuré, ceux qui ont profité de la présence de la coalition, se sont les seigneurs de la guerre, les corrompu proche de Karzai, et les talibans qui ont augmenté leu emprise sur une large partie du pays. Quant à la majorité des citoyens, ils vivent toujours dans la dèche.
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  • oracle - Abonné
    15 novembre 2010 17 h 38
    Un peu plus de sérieux, Mme l'éditorialiste.
    Pour commettre un tel éditorial-potins sur un sujet aussi sérieux que l'Afghanistan, madame notre analyste doit certainement ignorer que Amid Karzai a récemment demandé aux Américains de modérer leurs ardeurs dans leurs bombardements sur son territoire, ce, pour lui permettre d'étreindre plus affectueusement ses bons vieux frères talibans.

    Pierre-Michel Sajous
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