Afghanistan et politique 101
Le premier ministre Stephen Harper n'a pas souvent eu à se défendre de pécher par excès de charité, en particulier à l'égard de ses adversaires libéraux. Sa décision de ne pas soumettre sa décision de prolonger la présence militaire canadienne en Afghanistan au-delà de l'échéance de 2011 à un vote parlementaire est sans doute l'exception qui confirme la règle.
S'il saisissait la Chambre des communes de son projet d'affecter plusieurs centaines de soldats à la formation de l'armée afghane jusqu'en 2014, le premier ministre obtiendrait certainement l'aval d'une majorité de députés. L'idée est d'inspiration libérale. Le PLC, par l'entremise de son critique aux affaires étrangères, Bob Rae, et du chef Michael Ignatieff, en fait la promotion depuis le printemps dernier. Le gouvernement minoritaire conservateur a besoin de moins d'une vingtaine de voix d'opposition pour faire passer une résolution sur le dossier afghan aux Communes.
Ce sont surtout des failles dans la façade libérale qu'un tel vote risquerait d'exposer. Car la position libérale ne fait pas nécessairement l'unanimité au sein du caucus de l'opposition officielle. Au minimum, Michael Ignatieff aurait fort à faire pour éviter qu'une épidémie de grippe diplomatique ne décime ses rangs le jour du vote.
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Les divisions libérales sur l'Afghanistan ne datent pas d'hier. La base militante du parti a tendance à être plus à gauche que son caucus; elle ne partage pas l'engouement de sa direction actuelle pour l'engagement militaire du Canada à Kandahar. Après l'arrivée du parti dans l'opposition en 2006, tout semblait même militer pour un repositionnement libéral sur l'Afghanistan.
Lors d'un vote parlementaire sur une première prolongation de la mission de combat à l'automne de 2006, la majorité des aspirants à la direction du parti, dont le futur chef Stéphane Dion, avait voté contre la proposition du gouvernement Harper.
Une fois M. Dion devenu chef, le recrutement par Stephen Harper de John Manley, un ancien vice-premier ministre libéral, pour établir un argumentaire en faveur d'une autre prolongation de mission avait eu raison de ses objections. À l'époque, le chef libéral s'était laissé convaincre que dans l'état de son leadership dans le reste du Canada, il ne pourrait pas gagner un bras de fer avec le tandem Manley/Harper sur l'Afghanistan.
Contrairement à son prédécesseur, Michael Ignatieff a été partant pour toutes les prolongations de la mission de Kandahar. Mais, plus récemment, c'est Bob Rae — son ancien rival et un critique aux affaires étrangères que ses antécédents néodémocrates ne prédestinaient pas d'emblée à un rôle de faucon — qui est monté aux barricades pour prôner le maintien d'une présence militaire canadienne importante en Afghanistan.
La semaine dernière, M. Rae a joint sa voix à celle du premier ministre pour soutenir qu'un vote des Communes n'était pas nécessaire pour engager des soldats canadiens dans des activités de formation. Sa véhémence est compréhensible.
Comme critique libéral aux affaires étrangères, Bob Rae porte les cicatrices récentes d'un tir meurtrier en provenance de son propre camp.
Au début de l'année, une résolution de son cru destinée à forcer le premier ministre à inclure explicitement la contraception (et l'avortement) dans le projet conservateur de promotion de la santé maternelle dans les pays en développement a échoué... faute d'appuis libéraux.
***
Charité bien ordonnée commence tout de même par soi-même. Peu de temps après son arrivée au pouvoir, Stephen Harper s'est rendu à l'évidence que, sur le sujet de la mission afghane, il était dans son intérêt de partager généreusement sa tente avec le PLC. Cette fois-ci encore, il y trouve amplement son compte.
La minorité de Canadiens qui ne souhaitent pas la fin de la présence militaire en Afghanistan est majoritairement composée de partisans conservateurs. En prime, la décision de Stephen Harper a pour effet de consolider les appuis de Jack Layton et du NPD.
Chaque fois qu'un sondage montre — comme le plus récent sondage Ekos publié la semaine dernière — que les libéraux ne pourraient pas prendre le pouvoir sans l'aide explicite du NPD, la perspective de voir leur parti jouir d'une influence sans précédent sur un éventuel gouvernement minoritaire libéral donne de nouvelles raisons aux partisans néodémocrates de lui rester fidèles plutôt que de se coaliser derrière Michael Ignatieff.
La question afghane constitue une des principales lignes de démarcation entre le PLC et le NPD. Cela vaut également pour un nombre important de partisans du Bloc québécois. En embrassant la position libérale sur le rôle canadien en Afghanistan, Stephen Harper a joint l'utile à l'agréable. Il a fait plaisir à ses alliés de l'OTAN et à sa base militante et il a fourni de la colle à Jack Layton et Gilles Duceppe pour souder davantage leurs appuis aux dépens des libéraux.
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Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.
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chebert@thestar.ca
S'il saisissait la Chambre des communes de son projet d'affecter plusieurs centaines de soldats à la formation de l'armée afghane jusqu'en 2014, le premier ministre obtiendrait certainement l'aval d'une majorité de députés. L'idée est d'inspiration libérale. Le PLC, par l'entremise de son critique aux affaires étrangères, Bob Rae, et du chef Michael Ignatieff, en fait la promotion depuis le printemps dernier. Le gouvernement minoritaire conservateur a besoin de moins d'une vingtaine de voix d'opposition pour faire passer une résolution sur le dossier afghan aux Communes.
Ce sont surtout des failles dans la façade libérale qu'un tel vote risquerait d'exposer. Car la position libérale ne fait pas nécessairement l'unanimité au sein du caucus de l'opposition officielle. Au minimum, Michael Ignatieff aurait fort à faire pour éviter qu'une épidémie de grippe diplomatique ne décime ses rangs le jour du vote.
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Les divisions libérales sur l'Afghanistan ne datent pas d'hier. La base militante du parti a tendance à être plus à gauche que son caucus; elle ne partage pas l'engouement de sa direction actuelle pour l'engagement militaire du Canada à Kandahar. Après l'arrivée du parti dans l'opposition en 2006, tout semblait même militer pour un repositionnement libéral sur l'Afghanistan.
Lors d'un vote parlementaire sur une première prolongation de la mission de combat à l'automne de 2006, la majorité des aspirants à la direction du parti, dont le futur chef Stéphane Dion, avait voté contre la proposition du gouvernement Harper.
Une fois M. Dion devenu chef, le recrutement par Stephen Harper de John Manley, un ancien vice-premier ministre libéral, pour établir un argumentaire en faveur d'une autre prolongation de mission avait eu raison de ses objections. À l'époque, le chef libéral s'était laissé convaincre que dans l'état de son leadership dans le reste du Canada, il ne pourrait pas gagner un bras de fer avec le tandem Manley/Harper sur l'Afghanistan.
Contrairement à son prédécesseur, Michael Ignatieff a été partant pour toutes les prolongations de la mission de Kandahar. Mais, plus récemment, c'est Bob Rae — son ancien rival et un critique aux affaires étrangères que ses antécédents néodémocrates ne prédestinaient pas d'emblée à un rôle de faucon — qui est monté aux barricades pour prôner le maintien d'une présence militaire canadienne importante en Afghanistan.
La semaine dernière, M. Rae a joint sa voix à celle du premier ministre pour soutenir qu'un vote des Communes n'était pas nécessaire pour engager des soldats canadiens dans des activités de formation. Sa véhémence est compréhensible.
Comme critique libéral aux affaires étrangères, Bob Rae porte les cicatrices récentes d'un tir meurtrier en provenance de son propre camp.
Au début de l'année, une résolution de son cru destinée à forcer le premier ministre à inclure explicitement la contraception (et l'avortement) dans le projet conservateur de promotion de la santé maternelle dans les pays en développement a échoué... faute d'appuis libéraux.
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Charité bien ordonnée commence tout de même par soi-même. Peu de temps après son arrivée au pouvoir, Stephen Harper s'est rendu à l'évidence que, sur le sujet de la mission afghane, il était dans son intérêt de partager généreusement sa tente avec le PLC. Cette fois-ci encore, il y trouve amplement son compte.
La minorité de Canadiens qui ne souhaitent pas la fin de la présence militaire en Afghanistan est majoritairement composée de partisans conservateurs. En prime, la décision de Stephen Harper a pour effet de consolider les appuis de Jack Layton et du NPD.
Chaque fois qu'un sondage montre — comme le plus récent sondage Ekos publié la semaine dernière — que les libéraux ne pourraient pas prendre le pouvoir sans l'aide explicite du NPD, la perspective de voir leur parti jouir d'une influence sans précédent sur un éventuel gouvernement minoritaire libéral donne de nouvelles raisons aux partisans néodémocrates de lui rester fidèles plutôt que de se coaliser derrière Michael Ignatieff.
La question afghane constitue une des principales lignes de démarcation entre le PLC et le NPD. Cela vaut également pour un nombre important de partisans du Bloc québécois. En embrassant la position libérale sur le rôle canadien en Afghanistan, Stephen Harper a joint l'utile à l'agréable. Il a fait plaisir à ses alliés de l'OTAN et à sa base militante et il a fourni de la colle à Jack Layton et Gilles Duceppe pour souder davantage leurs appuis aux dépens des libéraux.
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Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.
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chebert@thestar.ca
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