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    Une explication s'impose

    10 novembre 2010 | Manon Cornellier | Canada
    Ça y est. Le gouvernement conservateur revient à la lettre de la motion adoptée en 2008 au sujet de la présence militaire canadienne en Afghanistan. Cette résolution prévoyait la fin de la mission de combat dans la région de Kandahar en 2011, mais n'excluait pas une mission d'un autre ordre dans une autre région.

    Bien du monde avait toutefois conclu que cette décision du Parlement signifiait le retour au pays de tous les militaires, ou presque. Le premier ministre Stephen Harper a alimenté cette perception puisqu'il répétait encore, il y a quelques mois, que son gouvernement planifiait «la fin de la mission militaire en Afghanistan à la fin de 2011, selon la résolution parlementaire de 2008, et la transition de cette mission vers une mission civile de développement et d'aide humanitaire». Il a persisté même après que le chef libéral Michael Ignatieff eut, en juin dernier, ouvert la porte à une mission de formation de l'armée afghane d'une durée de trois ans, comme le désire depuis des mois l'OTAN.

    Au lieu de sauter sur l'occasion pour entamer un débat sur le rôle du Canada en Afghanistan après 2011, le gouvernement a esquivé la question. Pendant que ses alliés de l'OTAN le pressaient d'accepter de se joindre aux efforts de formation, il restait coi.

    Et là, soudainement, à quelques jours du sommet de l'OTAN à Lisbonne consacré à la mission afghane, des ministres et le porte-parole du premier ministre reconnaissent publiquement que le gouvernement examine la possibilité de maintenir une présence militaire en Afghanistan au-delà de juillet 2011. Une décision qui sent l'improvisation et la précipitation. Et on escamote au passage un débat plus que nécessaire. Le premier ministre n'a même pas daigné rencontrer la presse lundi pour s'expliquer.

    ***

    L'ouverture de Michael Ignatieff épargne aux conservateurs une confrontation partisane, maintenant et durant la prochaine campagne électorale, mais il ne s'agit pas d'un chèque en blanc. Le chef libéral l'a d'ailleurs souligné lundi. Il veut savoir à quoi s'en tenir sur une foule de détails avant d'opiner, et il n'est pas le seul.

    Les questions sont en effet nombreuses, certaines très fondamentales. Quel est le réalisme de cette mission? Servira-t-elle à former des soldats qui, mal payés, quitteront l'armée afghane pour gonfler à leur tour les rangs des insurgés ou encore simplement cesser de les combattre? Et cette formation peut-elle vraiment se faire sans accompagner les recrues au combat?

    Certains affirment que cela permettrait de terminer le travail. Mais quel travail? Au début de cette guerre, en 2001, le but avoué était de déloger les talibans et de capturer Oussama ben Laden. Dix ans plus tard, les talibans ne gouvernent plus, mais ils font la pluie et le beau temps dans plusieurs provinces, ont étendu leurs tentacules chez le voisin pakistanais et Ben Laden court toujours.

    Les raisons de la mission militaire ont évolué avec les années. Pendant des années, on nous a répété qu'elle était nécessaire pour assurer la sécurité des projets de développement et aider le pays, en particulier les femmes, à sortir de sa misère. Mais dans la région où le Canada s'est tant investi depuis presque cinq ans, celle de Kandahar, les progrès sont mitigés, sinon lilliputiens, et ce, malgré les 2 milliards dépensés chaque année pour la mission militaire. On n'ose imaginer ce qu'on aurait pu faire d'autre avec cet argent.

    ***

    On est loin des prétentieux objectifs du début de la guerre, lorsqu'on parlait de faire progresser l'Afghanistan à la vitesse grand V sur le chemin de la démocratie et de la modernité. La réalité a rattrapé tout le monde et nous poursuit. Selon le dernier rapport sur le développement humain du Programme des Nations unies sur le développement, rendu public la semaine dernière, l'Afghanistan reste un des dix pays les moins égalitaires au monde pour les femmes et un des derniers de peloton en ce qui concerne le développement humain.

    Cela n'est pas pour dire que certaines régions n'ont pas vu leur situation s'améliorer, mais le Canada a assez donné dans celles où la guerre perdure et le développement piétine. Si c'est vraiment au développement de l'Afghanistan qu'on veut contribuer, on doit examiner s'il est possible de le faire autrement et dans des régions où les investissements peuvent porter des fruits, à un coût moindre sur le plan humain.

    Les militaires canadiens, qui ont perdu 152 des leurs et en ont vu environ 1500 autres revenir blessés, méritent un répit. Les forces armées sont au bout de leur rouleau, le gouvernement traîne un lourd déficit et le gouvernement afghan est d'une fiabilité relative.

    Les guerres d'insurrection, comme celle qui sévit en Afghanistan, ont en commun d'être des guerres sans possibilité de victoire pour les forces étrangères. À preuve, on ne cherche plus maintenant à qu'à former une armée locale pour prendre le relais.

    L'Afghanistan a encore besoin d'aide. L'ONU voudrait que la formation des forces de l'ordre se poursuive, ce à quoi le Canada pourrait fort certainement contribuer, mais une majorité de Canadiens estime que le Canada en a fait assez sur le plan militaire. Et depuis un an, le gouvernement a entretenu cette perception. S'il est maintenant d'avis contraire, il lui revient de s'expliquer. Pour l'instant cependant, il n'a offert aucun argument qui puisse faire changer d'idée les Canadiens.

    ***

    mcornellier@ledevoir.com
     
     
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