dimanche 27 mai 2012 Dernière mise à jour 13h11
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Omar Khadr, persona non grata

Le gouvernement souffle le chaud et le froid pour garder ses distances de son ressortissant

Guillaume Bourgault-Côté   6 novembre 2010  Canada
Omar Khadr, pendant son procès<br />
Photo : Agence France-Presse Janet Hamlin
Omar Khadr, pendant son procès
Le gouvernement n'aura épargné aucun pied de nez à Omar Khadr. L'encre de l'accord de rapatriement du jeune homme n'était pas encore sèche cette semaine que les conservateurs s'appliquaient en coulisse à s'en dissocier. C'est pourtant Ottawa qui a négocié son retour. Alors quoi? Pour le gouvernement, le message est clair: Khadr demeure persona non grata.

Ottawa — Quand on lui demande s'il est possible que l'accord qui doit permettre à Omar Khadr de purger une partie de sa peine au Canada ait été négocié sans le consentement de Stephen Harper, l'ancien diplomate Gar Pardy lance: «That's bullshit!»

C'est pourtant la rumeur qu'ont laissée courir les conservateurs cette semaine. Mardi, l'agence SunMedia faisait ainsi état d'une orageuse réunion du cabinet où plusieurs ministres auraient fait part de leur mécontentement devant l'engagement de rapatrier Khadr dans un an. Entre les lignes, on accusait l'ambassade canadienne de Washington d'avoir signé une entente dans le dos du premier ministre, alors en déplacement en Europe. Jamais M. Harper n'aurait accepté cela, disait-on.

Mercredi, plusieurs députés conservateurs interrogés par Le Devoir ont aussi fait part de leur malaise. «Je ne vois pas pourquoi il ne pourrait pas purger sa peine aux États-Unis», a indiqué le député albertain Tim Uppal. Son collègue Jim Abbott (Colombie-Britannique) a ajouté que le transfert de Khadr était loin d'être garanti. «Je ne suis pas sûr qu'il reviendra un jour», a-t-il dit.

Pourtant, la note diplomatique échangée entre l'ambassade canadienne et les autorités américaines est limpide: après un an de prison purgé à Guantánamo, Omar Khadr pourra faire une demande de transfert vers le Canada, où il lui resterait sept ans de prison à faire. En vertu de la Loi sur le transfèrement international des délinquants, c'est le ministre de la Sécurité publique qui acceptera ou non le retour de Khadr. Mais la note diplomatique précise déjà que le Canada «est enclin à considérer favorablement» cette demande.

«Une note diplomatique, c'est un gouvernement qui parle à un autre gouvernement, au plus haut niveau», explique Gar Pardy, ancien directeur des services consulaires aux Affaires étrangères. «Dans ces sphères, c'est la façon de communiquer la plus formelle. Et personne à l'ambassade, personne même à Ottawa — y compris Lawrence Cannon —, n'aurait envoyé une telle note sans l'autorité du premier ministre.»

Plusieurs sources ont confirmé au Devoir cette semaine que la négociation a bel et bien été menée depuis Ottawa. L'ambassade à Washington n'a pas d'avocat dans son service: c'est le jurisconsulte des Affaires étrangères, Alan Kessel, qui a donc dirigé les négociations. Et tous les experts interrogés sont affirmatifs: Ottawa devra respecter l'engagement, sous peine de provoquer un conflit diplomatique avec Washington.

«C'est impossible de ne pas le respecter, dit Charles-Philippe David, titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l'Université du Québec à Montréal. Surtout qu'il y a depuis longtemps des pressions du département d'État américain pour que ce dossier se règle.»

Sans jamais avoir reconnu qu'il a participé à la rédaction de l'entente, le gouvernement a confirmé lundi et mardi qu'il en respecterait l'esprit et la lettre. Mais alors, pourquoi ces rumeurs de négociations secrètes? Un jeu politique, dit Gar Pardy. Une manière de se distancer d'un rapatriement désapprouvé par 49 % de la population (sondage Ipsos Reid). Mais surtout, une façon de signer l'acte final d'un feuilleton où tout a été «atroce», selon M. Pardy.

Le droit? Quel droit?

La reconnaissance de culpabilité de Khadr, l'énoncé de la sentence (huit ans de prison grâce à une entente de gré à gré, sinon le jury militaire en demandait 40) et le dévoilement de l'entente entre Washington et Ottawa met en théorie un point final à cette saga qui dure depuis le 27 juillet 2002.

Âgé de 15 ans, Omar Khadr était alors capturé au terme d'un violent affrontement entre les troupes américaines et des combattants afghans. Les Américains avaient obtenu l'information qu'un baraquement situé dans l'est du pays pourrait abriter des terroristes. Khadr s'y trouvait, envoyé par son père (qui avait des liens avec al-Qaïda).

Le combat engagé, les Américains ont rapidement demandé du renfort pour contenir l'attaque. Des hélicoptères Appache ont alors attaqué le bâtiment à coups de mitrailleuses et de missiles. Des bombardiers l'ont ensuite pilonné, avant que deux F-18 ne largue des cargos entiers de munitions et de puissantes bombes (500 livres). La poussière retombée, un groupe des Forces spéciales américaines est entré dans le bâtiment pour voir s'il restait des survivants. C'est à ce moment qu'une grenade a été lancée: elle a tué le soldat Christopher Speer.

La question a toujours été de savoir qui avait lancé cette grenade. La version officielle veut qu'Omar Khadr ait été le seul survivant de l'attaque. Mais le soldat qui a pénétré le premier dans le baraquement a déjà démenti cette version: il a lui-même achevé un autre survivant, avant de voir Khadr, lourdement blessé, la poitrine déchirée par des éclats d'obus.

Connaître le fin mot de l'histoire de cette journée risque d'être impossible, déplore Fannie Lafontaine, professeure de droit international à l'Université Laval et ex-assistante de la haute-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Louise Arbour. Parce que ce dossier n'a rien à voir avec le droit: ni canadien, ni américain, ni international, dit-elle.

«Ça s'est réglé de manière politique par un compromis entre le clan Khadr, qui ne croyait pas du tout au processus des commissions militaires, et les autorités américaines, qui savaient qu'elles n'avaient pas la preuve et qui avaient cette patate chaude entre les mains, un enfant soldat, explique-t-elle. C'est un dossier qui a été manié politiquement depuis le début, et le droit a très peu à voir là-dedans. Dans un système ordinaire, quelqu'un commet un crime, on le poursuit avec des preuves légales. Ce qui n'était pas le cas ici [le juge a accepté des aveux de culpabilité faits sous la torture], et c'est désolant.»

Dans ce dossier, une bonne partie de l'inexplicable «s'explique» par le fait que les Américains l'ont catalogué comme combattant ennemi illégal. Dans ces conditions, impossible de faire valoir qu'il était un enfant soldat (et ainsi favoriser la réhabilitation plutôt que la condamnation). Impossible aussi de prétendre que, s'il a lancé la grenade, c'était dans le cadre d'une réplique à une attaque. «Le soldat qu'il a possiblement tué avait le droit de tuer, mais Khadr ne pouvait qu'encaisser, ou être jugé comme criminel de guerre s'il répliquait», remarque le réalisateur Patricio Henriquez, coauteur du documentaire You Don't Like the Truth.

En somme, Khadr était une cible légitime, mais un combattant illégitime. Or «ce statut de combattant illégal, Khadr n'a jamais pu le contester, rappelle Fannie Lafontaine. On a manipulé les systèmes juridiques pour faire jouer le droit de manière unilatérale», pense-t-elle.

Au bout du fil, Mme Lafontaine a le ton vif: comme plusieurs spécialistes qui s'y sont penchés, ce dossier l'indigne. Le déni de considérer Khadr comme un enfant soldat, le refus obstiné du Canada de demander son rapatriement, les circonstances du procès, rien n'a respecté le bon sens du droit, dit-elle. «Et là, on apprend qu'il devra passer son année à Guantánamo dans le camp 5, où il n'a pas le droit de lire. Voulez-vous bien me dire qui ça dérange qu'Omar Khadr lise Harry Potter?».

Un autre pied de nez, de la part du petit sorcier cette fois.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires  Chargement ...
  • Jacques Morissette Jacques Morissette - Abonné
    6 novembre 2010 11 h 16
    Ceux qui jugent Khadr coupable seront eux-mêmes jugés par l'histoire.
    Ils se croient tout permis de juger à l'avenant des gens et des choses selon leur convenance. Ils ont la vision limitée par l'étroitesse des intérêts qu'ils défendent.

    Même Khadr s'est plié lui-même à leur propre façon de voir, en cessant de se battre pour sauver sa peau. Cependant, ceux qui jugent Khadr seront eux aussi jugés un jour par l'histoire. Leurs enfants seront alors pointés du doigt.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Pierre Rousseau - Inscrit
    6 novembre 2010 11 h 33
    Manipulation
    Le député Abbott n'est pas certain que Khadr reviendra au Canada... Il doit en fumer du bon dans son coin de BC! Khadr est citoyen canadien et il est certain qu'il va pouvoir revenir au moins quand il aura purgé sa peine, que le fasciste Abbott aime ça ou pas. Mais l'insignifiance dans tout ça c'est que s'il purge toute sa peine aux États-Unis, il va revenir au Canada officiellement sans dossier judiciaire et il ne pourra pas être suivi par les autorités canadiennes.

    Par contre, s'il est transféré au Canada pour y purger une partie de sa peine, son dossier de cour est aussi transféré au Canada et il sera dès lors considéré comme ayant un casier judiciaire au Canada. Ces hypocrites conservateurs ne cesseront jamais de faire des gestes qui discréditent le Canada et les Canadiens et qui n'ont aucun sens et ont souvent pour conséquence de rendre la situation encore plus précaire pour tout le monde. Tout ça à des fins électorales, par une grande manipulation des électeurs.

    Un gouvernement doit normalement faire respecter la loi et l'ordre mais ici on en a un qui viole délibérément les lois autant nationales qu'internationales à des fins électorales. C'est très déplorable.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Claude Archambault - Inscrit
    6 novembre 2010 13 h 42
    @ P Rousseau
    Depuis quand le fait de purger toute sa peine efface le dossier criminel, rien même pas un pardon ne peu effacer un dossier criminel. Le pardon ne fait que le rendre invisible, mais il reste, la preuve c'est que les USA ne reconnait pas le pardon.

    Et pour revenir au Canada il lui faudra un passeport...... et cela peu être extrêmement compliqué à recevoir, si le gouvernement si met.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Claude Archambault - Inscrit
    6 novembre 2010 13 h 46
    Le seul survivant!
    Pourquoi dire qu'il n'est pas le seul survivant? Oui un soldat avait vue un survivant qu'il a abattu, donc il ne peu avoir lancé la grenade et il a laissé vivre Khadr, probablement à cause de son jeune age, mais c"était la son erreur le petit jeune avait une grenade à sa porté et au lieu d'être reconnaissant il la lance. Je suppose qu'aujourd'hui avec ce que l'on sait lui aussi aurait été achevé.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Claude Archambault - Inscrit
    6 novembre 2010 13 h 50
    M. Morissette ...Leurs enfants seront alors pointés du doigt.
    Commençons maintenant, pointons du doigts les enfant de Khadr sénior le père d'Omar. Pointons Omar pour les actions de son père membre d'al-Qaïda Comme cela tout sera selon VOS règle ...
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Jacques Morissette Jacques Morissette - Abonné
    6 novembre 2010 18 h 04
    La question de la granade lancée par Khadr.
    D'abord, je cite L,auteur de ce texte Guillaume Bourgault-Côté:
    «La question a toujours été de savoir qui avait lancé cette grenade. La version officielle veut qu'Omar Khadr ait été le seul survivant de l'attaque. Mais le soldat qui a pénétré le premier dans le baraquement a déjà démenti cette version: il a lui-même achevé un autre survivant, avant de voir Khadr, lourdement blessé, la poitrine déchirée par des éclats d'obus.»

    Il y a plusieurs versions qui circulent à propos de ce qui est vraiment arrivé. Par exemple, des rumeurs disent qu'un soldat américain avait lancé cette grenade et qu'elle était revenue sur eux en frappant un obstacle. C'est une rumeur assez sérieuse pour la prendre en considération. J'ai vu cette interprétation dans un documentaire de Radio-Canada, peut-être Enquête ou Une heure sur terre. Avec l'état de santé de Khadr quand c'est arrivé, certains disent qu'il n'aurait pas été en état pour même lancé une grenade.

    Pour répondre à M. Archanbault, il semble que ceux qui considèrent Khadr coupable ont le monopole de l'interprétation des événements. C'est pour cette raison que l'histoire jugera des événements comme il se doit et que ce sont les enfants de ceux qui le considèrent coupable qui seront pointés du doigt.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Pierre Rousseau - Inscrit
    6 novembre 2010 19 h 16
    Casier judiciaire
    Un casier judiciaire au Canada c'est une condamnation par une cour du Canada et ça ne comprend pas les condamnations faites par un tribunal étranger, pour des raisons évidentes. Par contre, dans le cadre d'un traité bilatéral, comme celui entre le Canada et les États-Unis, les deux états peuvent reconnaître une condamnation survenue dans l'autre pays pourvu qu'une partie de la sentence soit purgée au Canada. Pour que Khadr ait un casier judiciaire au Canada, il doit nécessairement purger une partie de sa peine ici - sinon, il n'aura pas de casier judiciaire au Canada.

    On ne peut refuser l'accès au Canada à un citoyen canadien, avec ou sans passeport.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Claude Archambault - Inscrit
    6 novembre 2010 23 h 04
    M Jacques Morissette
    `ce sont les enfants de ceux qui le considèrent coupable qui seront pointés du doigt.`

    et bien nous savons que ses parents sont des terroristes, alors pointons le LUI ce jeune terroriste du doigt.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Claude Archambault - Inscrit
    6 novembre 2010 23 h 08
    Rousseau
    "On ne peut refuser l'accès au Canada à un citoyen canadien, avec ou sans passeport."


    Essayez d'entrer au Canada sans passeport, vous trouverez que c'est très difficile. Il devra prouver sa citoyenneté, document en main. Quand une personne est indésirable il y a beaucoup de moyen pour prévenir son entrée. De plus à la fin de sa peine, les USA pourrait tout simplement le retourner au lieu de sa capture ce qui serait absolument logique et acceptable pour les canadiens.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Jacques Morissette Jacques Morissette - Abonné
    8 novembre 2010 17 h 13
    M. Archambault, vous êtes doctrinaire, comme c'est pas possible.
    Avec votre intolérance, vous vous faites plus de mal à vous qu'à n'importe quoi d'autres. Je vous plains!
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
10 réactions
5 votes Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012