La dérive de Stephen Harper
Sur fond de déficit record, Ottawa devra renégocier les arrangements fiscaux avec les provinces au cours des cinq prochaines années. Pour plusieurs, ce rendez-vous incontournable s'annonce comme l'occasion d'une réflexion plus large sur le fonctionnement de l'union sociale canadienne.
L'État providence est en net recul dans la plupart des pays industrialisés, et l'idéologie du gouvernement canadien actuel ne le prédispose pas à l'activisme social. Les libéraux de Michael Ignatieff affirment déjà que l'avenir des programmes sociaux canadiens dépendra beaucoup de l'identité du premier ministre qui représentera Ottawa à la table fédérale-provinciale après les prochaines élections.
Ce n'est cependant pas ce que laisse entendre la mise à jour budgétaire présentée la semaine dernière par le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty. Elle garde résolument le cap sur le statu quo.
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Le ministre ne promet pas de maintenir la croissance des transferts sociaux à son rythme actuel. Mais il affirme qu'il pourrait le faire. Selon les chiffres mis en avant par M. Flaherty, Ottawa pourrait à terme rééquilibrer le budget fédéral d'ici 2015-2016 sans imposer un régime minceur aux transferts sociaux.
Moins de 24 heures après la présentation de cette feuille de route gouvernementale la semaine dernière, l'ancien ministre Maxime Bernier y allait d'une tout autre proposition. Selon lui, il est temps de sortir Ottawa de la politique sociale en mettant fin au pouvoir fédéral de dépenser et en remplaçant les transferts aux provinces par des points d'impôt.
La proposition Bernier va à contre-courant du programme de son collègue des Finances. Mais elle reflète davantage les orientations que défendait Stephen Harper à son arrivée au pouvoir que l'énoncé de Jim Flaherty. L'approche décentralisatrice des conservateurs était alors un des traits fondamentaux qui distinguaient cette formation du Parti libéral.
À cette époque, pas si lointaine, l'élimination du pouvoir fédéral de dépenser, ou tout au moins son encadrement, était une priorité de M. Harper. Le désengagement d'Ottawa du front de la politique sociale correspond non seulement à une revendication de longue date de gouvernements québécois successifs, mais également à une vision du Canada que défendent plusieurs intellectuels influents au sein de la droite canadienne.
De toute évidence, l'idée d'aligner davantage l'action d'Ottawa sur le partage des responsabilités négocié par les pères de la Confédération s'est perdue dans les brumes fédérales depuis 2006. À l'instar de la stratégie de lutte contre la récession présentée en 2009, l'esprit du plan fiscal esquissé par Jim Flaherty est plus libéral que conservateur.
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Paul Martin ou encore John Manley n'auraient eu aucune difficulté à livrer le discours de leur successeur conservateur et, chaque jour davantage, l'ancien premier ministre Jean Chrétien semble parler par la bouche de Stephen Harper.
Après avoir affiché un grand scepticisme envers le multilatéralisme à la Pearson, le premier ministre a par exemple décidé de tenter de faire élire le Canada au Conseil de sécurité des Nations unies. Cette démarche (ratée) constituait une concession tardive à la culture libérale en matière de politique étrangère.
À son arrivée au pouvoir, Stephen Harper soutenait que le gouvernement Chrétien avait sacrifié les droits de la personne à son désir de cultiver l'amitié de la Chine. Il se faisait fort de faire les choses autrement. Mais, depuis, il est revenu à la case départ. Mardi dernier, le premier ministre a livré tout un discours sur les relations Canada-Chine sans faire la moindre allusion à la détention de Liu Xiaobo, le militant pour les droits de la personne qui vient tout juste d'obtenir le prix Nobel de la paix.
On retrouve les mêmes échos «chrétiennesques» dans la gestion conservatrice d'autres dossiers délicats. À son arrivée au pouvoir, Stephen Harper savait que le portefeuille des Travaux publics était celui de tous les dangers, surtout pour un ministre doté de responsabilités politiques particulières au sein du gouvernement. Comme Jean Chrétien avant lui, Stephen Harper a néanmoins confié ce ministère à son lieutenant québécois.
Aujourd'hui, Christian Paradis doit se dépêtrer d'allégations de collusion entre collecteurs de fonds conservateurs et entrepreneurs, et le premier ministre emprunte de grands pans du vocabulaire de Jean Chrétien pour défendre son ministre.
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Que ce soit sur la direction économique du Canada, le partage des responsabilités constitutionnelles, la politique étrangère ou la transparence, le gouvernement actuel offre de plus en plus une mauvaise copie de la direction libérale des affaires plutôt qu'une nouvelle approche.
Selon les témoignages recueillis par le journaliste Lawrence Martin pour Harperland, l'ouvrage qu'il vient de publier sur les années au pouvoir de Stephen Harper, le premier ministre actuel est animé par une haine viscérale des libéraux et un désir tout aussi viscéral de réduire l'influence du PLC à néant. À voir son gouvernement aller alors qu'il se rapproche de son cinquième anniversaire, on peut se demander: pour quoi faire?
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Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.
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chebert@thestar.ca
L'État providence est en net recul dans la plupart des pays industrialisés, et l'idéologie du gouvernement canadien actuel ne le prédispose pas à l'activisme social. Les libéraux de Michael Ignatieff affirment déjà que l'avenir des programmes sociaux canadiens dépendra beaucoup de l'identité du premier ministre qui représentera Ottawa à la table fédérale-provinciale après les prochaines élections.
Ce n'est cependant pas ce que laisse entendre la mise à jour budgétaire présentée la semaine dernière par le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty. Elle garde résolument le cap sur le statu quo.
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Le ministre ne promet pas de maintenir la croissance des transferts sociaux à son rythme actuel. Mais il affirme qu'il pourrait le faire. Selon les chiffres mis en avant par M. Flaherty, Ottawa pourrait à terme rééquilibrer le budget fédéral d'ici 2015-2016 sans imposer un régime minceur aux transferts sociaux.
Moins de 24 heures après la présentation de cette feuille de route gouvernementale la semaine dernière, l'ancien ministre Maxime Bernier y allait d'une tout autre proposition. Selon lui, il est temps de sortir Ottawa de la politique sociale en mettant fin au pouvoir fédéral de dépenser et en remplaçant les transferts aux provinces par des points d'impôt.
La proposition Bernier va à contre-courant du programme de son collègue des Finances. Mais elle reflète davantage les orientations que défendait Stephen Harper à son arrivée au pouvoir que l'énoncé de Jim Flaherty. L'approche décentralisatrice des conservateurs était alors un des traits fondamentaux qui distinguaient cette formation du Parti libéral.
À cette époque, pas si lointaine, l'élimination du pouvoir fédéral de dépenser, ou tout au moins son encadrement, était une priorité de M. Harper. Le désengagement d'Ottawa du front de la politique sociale correspond non seulement à une revendication de longue date de gouvernements québécois successifs, mais également à une vision du Canada que défendent plusieurs intellectuels influents au sein de la droite canadienne.
De toute évidence, l'idée d'aligner davantage l'action d'Ottawa sur le partage des responsabilités négocié par les pères de la Confédération s'est perdue dans les brumes fédérales depuis 2006. À l'instar de la stratégie de lutte contre la récession présentée en 2009, l'esprit du plan fiscal esquissé par Jim Flaherty est plus libéral que conservateur.
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Paul Martin ou encore John Manley n'auraient eu aucune difficulté à livrer le discours de leur successeur conservateur et, chaque jour davantage, l'ancien premier ministre Jean Chrétien semble parler par la bouche de Stephen Harper.
Après avoir affiché un grand scepticisme envers le multilatéralisme à la Pearson, le premier ministre a par exemple décidé de tenter de faire élire le Canada au Conseil de sécurité des Nations unies. Cette démarche (ratée) constituait une concession tardive à la culture libérale en matière de politique étrangère.
À son arrivée au pouvoir, Stephen Harper soutenait que le gouvernement Chrétien avait sacrifié les droits de la personne à son désir de cultiver l'amitié de la Chine. Il se faisait fort de faire les choses autrement. Mais, depuis, il est revenu à la case départ. Mardi dernier, le premier ministre a livré tout un discours sur les relations Canada-Chine sans faire la moindre allusion à la détention de Liu Xiaobo, le militant pour les droits de la personne qui vient tout juste d'obtenir le prix Nobel de la paix.
On retrouve les mêmes échos «chrétiennesques» dans la gestion conservatrice d'autres dossiers délicats. À son arrivée au pouvoir, Stephen Harper savait que le portefeuille des Travaux publics était celui de tous les dangers, surtout pour un ministre doté de responsabilités politiques particulières au sein du gouvernement. Comme Jean Chrétien avant lui, Stephen Harper a néanmoins confié ce ministère à son lieutenant québécois.
Aujourd'hui, Christian Paradis doit se dépêtrer d'allégations de collusion entre collecteurs de fonds conservateurs et entrepreneurs, et le premier ministre emprunte de grands pans du vocabulaire de Jean Chrétien pour défendre son ministre.
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Que ce soit sur la direction économique du Canada, le partage des responsabilités constitutionnelles, la politique étrangère ou la transparence, le gouvernement actuel offre de plus en plus une mauvaise copie de la direction libérale des affaires plutôt qu'une nouvelle approche.
Selon les témoignages recueillis par le journaliste Lawrence Martin pour Harperland, l'ouvrage qu'il vient de publier sur les années au pouvoir de Stephen Harper, le premier ministre actuel est animé par une haine viscérale des libéraux et un désir tout aussi viscéral de réduire l'influence du PLC à néant. À voir son gouvernement aller alors qu'il se rapproche de son cinquième anniversaire, on peut se demander: pour quoi faire?
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Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.
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chebert@thestar.ca
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